Covoiturage, vélopartage, autopartage : que nous révèle la première enquête nationale du GART sur les mobilités partagées ? Derrière les chiffres, quelles réalités pour les territoires ? Quels enseignements en tirer et quelles perspectives pour les autorités organisatrices de la mobilité (AOM) ? Raphaël Krug, directeur intermodalité et aménagement de l’espace public, et Siriman Coulibaly, chargé de mission mobilités partagées et transition énergétique, se sont livrés sur les principaux enseignements de cette enquête inédite, les défis auxquels sont confrontées les AOM et les pistes à explorer pour accompagner le développement des mobilités partagées.
Pourquoi le GART a-t-il souhaité lancer cette première enquête nationale sur les mobilités partagées ?
Raphaël Krug : Avec mon collègue Siriman nous avons constaté une carence en matière de disponibilité des données caractérisant les différents services de mobilités partagées : vélopartage, autopartage et covoiturage. Nous avons en effet rencontré l’ensemble des acteurs nationaux concernés, à savoir l’ADEME, le Cerema les associations ainsi que les opérateurs. De ces échanges, nous avons identifié des difficultés à agréger les données tant dans leur nature que dans leur couverture territoriale. Les informations existantes étaient dispersées, hétérogènes et rarement comparables selon les territoires, les modes ou les opérateurs.
Siriman Coulibaly : Partant de ce constat, le GART a lancé cette première enquête nationale afin de répondre à un double enjeu de concaténation et de standardisation des données recueillies. Notre démarche vise ainsi à établir une photographie nationale des services de covoiturage, d’autopartage et de vélopartage, sous l’angle de leur gouvernance, de leur fonctionnement et de leur exploitation. Un important travail d’harmonisation des terminologies a également été nécessaire afin de garantir une lecture commune des résultats.
Sur le terrain, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la manière dont les AOM abordent aujourd’hui l’articulation entre mobilités partagées et transports collectifs ?
SC : Ce qui marque avant tout, c’est la diversité des approches selon les territoires. L’intégration tarifaire entre mobilités partagées et transports collectifs reste encore limitée, en particulier pour le covoiturage et l’autopartage. Ces services semblent souvent être considérés comme des services complémentaires plutôt que pleinement intégrés aux réseaux. Le vélopartage apparaît toutefois plus avancé sur ce sujet avec un taux d’intégration plus important.
RK : Si l’intégration en matière servicielle semble devoir encore progresser, notamment sur la facilitation du parcours usagers, il faut noter en revanche que les territoires avancent en matière d’infrastructure. Une multitude d’AOM développe une logique d’intermodalité. Notre enquête l’illustre très bien dans la mesure où les territoires accompagnent généralement le déploiement des services avec le stationnement vélo, des emplacements réservés à l’autopartage, des bornes de recharge ou encore des aires de covoiturage à proximité de noeuds routiers identifiés ou de pôles d’échanges multimodaux. Cette approche traduit donc une volonté claire de compléter l’offre de transport public et d’élargir les solutions de déplacement proposées aux usagers.
38% des offres de covoiturage sont aujourd’hui intégrées ou en cours d’intégration à une plateforme MaaS. Parmi les AOM interrogées, avez-vous identifié des pratiques particulièrement intéressantes ou inspirantes en la matière ?
SC : En plus de l’intégration à une plateforme MaaS, l’enquête a permis d’identifier plusieurs démarches innovantes. Certaines AOM expérimentent par exemple des dispositifs de covoiturage avec incitation financière afin d’encourager les usages. D’autres s’appuient sur des plateformes mutualisées à l’échelle de plusieurs collectivités, offrant des outils de suivi adaptés à chaque territoire. Plusieurs territoires combinent également covoiturage planifié et lignes de covoiturage dynamique.
RK : Il convient également de rappeler que le covoiturage informel représente plus de 96% des pratiques réelles de covoiturage ce qui complexifie l’appréciation réelle de cette pratique au niveau local et constitue donc un défi pour les AOM afin de mieux appréhender l’intégralité de la demande de mobilité, au-delà des seuls services organisés. C’est précisément là que ces démarches d’intégration prennent tout leur sens. En rendant l’offre plus visible et mieux articulée, les collectivités se donnent les moyens de capter progressivement ces usages. La dynamique est lancée, et ces solutions prennent peu à peu leur place dans les politiques locales de mobilité.
