Rompre la dépendance à l'automobile
Les freins au développement de lusage des transports publics et des modes doux se fondent, du moins en partie, sur notre dépendance à lautomobile.
Au cours des XVIIIes Rencontres du GART à Bordeaux, les quelque 1 500 participants se sont interrogés sur les causes de cette dépendance et les solutions pour la vaincre.
Selon lenquête réalisée par la Sofres* pour le GART à loccasion des Rencontres du transport public, les trois quarts des habitués de la voiture se déclarent dépendants de celle-ci, alors que des études du Certu montrent que, objectivement, un tiers de la population française est réellement captive de lautomobile. Périurbanisation, avantages de la voiture et insuffisance des transports publics sont évoqués par les Français parmi les raisons principales de cette dépendance* (voir la Lettre du GART N° 177). Au total, conclut la Sofres, dans un contexte de développement des couronnes suburbaines et périurbaines, lattachement à la fonction utilitaire de la voiture est très fort. Ce qui pointe bien une des causes profondes du développement de lusage de la voiture en ville et montre quil sagit dabord dinverser la tendance lourde de la périurbanisation... dailleurs encouragée par notre chère voiture. Qui, pour Vincent Kaufmann, sociologue, Laboratoire techniques, territoires et sociétés de lENPC (LATTS), nest pas un objet neutre, mais lexpression dune culture, un objet de propriété privée permettant
la vitesse et la flexibilité. Cette dépendance subjective, révélée aussi par le sondage, complique la rupture avec la dépendance objective qui, elle, relève des politiques publiques.
Repenser la ville
Le président du Gart, Michel Destot, ne dit pas autre chose quand il considère quil faut repenser la ville pour que ses habitants puissent se sevrer de leur voiture. Cest-à-dire, revenir à un urbanisme mixte, peut-être plus compact, permettant une meilleure desserte en transport public. Mais aussi développer les modes doux (vélo, marche,...) et le transport public et celui-là fortement et rapidement, dans le sens dune meilleure qualité de service, dun plus grand confort, de plus fortes fréquences et dune intermodalité efficace pour améliorer et réduire les ruptures de charge.
Alain Juppé, député-maire de Bordeaux, insiste lui aussi sur la nécessité de mettre fin à lurbanisation en tâche dhuile. Cependant, estime-t-il, dans la reconquête du centre-ville, il ne sert à rien de faire appel au civisme des Français notamment en matière de stationnement si on naménage pas la ville en conséquence. A Bordeaux, avec le tramway, on redessine lespace public et à cette occasion, il a été décidé cest dailleurs une des ambitions du PDU que la partie consacrée à la voiture ne pourra pas excéder
50 % dans toutes les rues réaménagés et sur toute voirie nouvelle. Aménager est certes important, estime Dominique Bussereau, député de Charente-Maritime, mais une simplification de la chaîne de transport simpose, que ce soit en matière daccès ou de passage dun mode à un autre, de disponibilité de linformation sur les transports publics ou de tarification commune urbaine et interurbaine, puisque hors agglomération aussi une alternative à la voiture doit être trouvée.
Des pistes daction possibles
Pour Vincent Kaufmann, sociologue, la rupture de la dépendance automobile passe par une rupture du lien entre urbanisme et voiture, linstauration dun vrai système de transport public qui couvre tout lespace-temps des agglomérations et non seulement les heures de pointe et enfin la mise en uvre dune politique de stationnement et de gestion des vitesses pour limiter le trafic automobile. Il considère que des marges de manuvre existent pour faire revenir les gens en ville puisque cest un ensemble de critères, de contraintes et doccasions et non une aspiration forte qui les poussent vers lhabitat périurbain et lusage de la voiture. Enfin, souligne-t-il, Mobiscopie (voir ci-contre) montre deux ouvertures que lon peut exploiter pour mettre fin à la dépendance automobile. Dune part, la grande majorité des Français pense quil faut reconsidérer la place de la voiture en ville pour des raisons environnementales. Dautre part, pour eux, lavenir de la ville ce sont non seulement les transports publics, mais aussi la marche et le vélo.
Selon Xavier Fels, PSA Peugeot-Citroën, président de lInstitut Ville en mouvement, la politique de transports doit être différenciée selon les territoires, et aussi selon les temps et les populations. Cest une des pistes qui na pas encore été suffisamment explorée. Celle du transport à la demande non plus. Il ne sagit pas de mettre des voitures à la place des transports en commun, mais de faire du transport public avec des véhicules différenciés. A Poitiers, indique Jacques Santrot, maire de la ville, nous fondons précisément notre réflexion sur lutilisation du temps autour de lutilisation de la voiture. Pour lui, dailleurs, les solutions proposées pour vaincre la dépendance à lautomobile ne seront par les mêmes dans les villes à faible densité et très étalées et dans les agglomérations à forte densité où il sera plus aisé dadapter les transports publics.
Un sentiment de liberté
Pour Michel Destot, président du GART, lintérêt du transport public, en ville comme en région, nest plus à démontrer. Que ce soit sur le plan de laménagement du territoire, de la recomposition dune ville plus compacte ou de lenvironnement et de la sécurité routière.
Très en amont, il estime que, comme y invitent la loi sur lair à travers les PDU et la loi solidarité et renouvellement urbains, il est nécessaire de coordonner davantage les politiques de déplacement et celles daménagement du territoire et durbanisme, y compris en matière de grandes surfaces et dutilisation des friches industrielles. En aval, outre lindispensable développement des transports publics, massif et continu, le président du GART insiste beaucoup sur la nécessité daméliorer encore et toujours la qualité intrinsèque des transports publics et leur intermodalité pour amener vers le transport collectif toujours plus de voyageurs, En ville comme dans les départements où les efforts des conseils généraux, par exemple, pour améliorer la qualité de service offerte sur les lignes départementales ont été couronnés de succès et récompensés par les Qualidor remis lors de ces rencontres. En matière dintermodalité, il sagit non seulement de rendre plus cohérents entre eux les différents modes de transport et de rapprocher les territoires, mais aussi dharmoniser et de simplifier les politiques tarifaires pour séduire de nouvelles clientèles et faciliter la vie quotidienne des voyageurs. Ce qui demande une concertation accrue et un véritable partenariat entre les différentes collectivités territoriales.
Le président du GART estime, cependant, que lon ne réussira à réduire la place de lautomobile et à rompre la dépendance des citoyens à la voiture quen allant bien au delà de ces efforts matériels pour rendre plus efficace, plus confortable et plus sûr, objectivement, lensemble du système de transport public et des modes doux avec lintermodalité voulue. De manière plus subjective peut-être, mais tout aussi indispensable, il sagit pour lui de faire en sorte que les voyageurs qui prennent bus, tramway, train et métro puissent éprouver demain le même sentiment de liberté et de plaisir quen prenant leur voiture aujourdhui.
Une clôture sous le signe du financement
Accueillant le ministre Jean-Claude Gayssot venu clore les rencontres du GART, le président du GART Michel Destot rappelle que le développement des transports publics et en particulier ceux en site propre (TCSP) a été sans précédent au cours de ces dernières années. Actuellement 19 agglomérations de province en sont dotées mais les besoins identifiés sont en augmentation. 33 agglomérations hors Ile-de-France ont ainsi des projets de construction de TCSP totalisant 671 km de ligne, dont la moitié concernent des tramways.
Pour des transports publics plus performants...
Nous constatons, cependant, que la dotation de lÉtat, prévue au projet de loi de finances 2002, reste stable, alors que la demande augmente. Rappelant quun tiers des citadins sont prêts à avoir recours au transport public sil était plus performant*, Michel Destot, estime que réduire les déplacements automobiles car développer les transports publics ne suffit pas améliorer la vie dans les premières couronnes de nos banlieues en y aménageant des axes structurants de transport public et mettre fin à la ségrégation sociale et spatiale dont souffrent la plupart de nos agglomérations demande dimportants moyens. Le législateur nous a donné les moyens organisationnels pour y parvenir, que ce soit avec les compétences obligatoires des communautés dagglomération et des communautés urbaines ou le cadre souple des schémas
de cohérence territoriale. Nous comptons sur le soutien financier du Gouvernement pour relever ensemble le défi daménagement de nos territoires dans une perspective de développement durable.
...des budgets en hausse
Dans sa réponse, le ministre de lÉquipement, des Transports et du Logement, Jean-Claude Gayssot, souhaite rassurer les élus du GART : la dotation de lÉtat prévue au projet de loi de finances de 2002 pour encourager les transports collectifs de province, en constante augmentation depuis 1997, devrait permettre de couvrir lensemble des besoins en matière de subventions lannée prochaine. Pour la province, le budget prévoit une somme de 157 millions dEuros, ce qui correspond approximativement à un doublement des crédits par rapport à 1997, tandis que, pour lIle-de-France, avec une somme de 143 millions dEuros les autorisations dengagement sont en augmentation de 78 %... ce qui paraît répondre aux préoccupations du Gart. Et jen suis heureux, car je suis convaincu que les transports publics ont un rôle de premier plan à jouer dans la recomposition urbaine et la reconstruction dune ville plus conviviale et plus solidaire.

Politique tarifaire
Le temps des questions
Réduction de prix pour les personnes à faibles revenus, tarification intégrée : la loi SRU ouvre de nouveaux chantiers tarifaires pour les autorités organisatrices. Si les principes sont clairs, leur mise en uvre pose questions
Mettant en uvre larticle 123 de la loi SRU qui ouvre droit à une réduction tarifaire dau moins 50 % pour les personnes à faibles ressources, le Syndicat des Transports dIle-de-France proposera, dès le début de lannée 2002, une carte baptisée Solidarité transport à tous les bénéficiaires de la CMU complémentaire. Elle devrait concerner 850 000 individus.
Cette carte, a expliqué Marie-Odile Mounier, de la mission institutions et économie des transports au Syndicat des Transports dIle-de-France, sera remise aux demandeurs, sur présentation de la copie de lattestation papier accompagnant la carte Vitale. Elle leur permettra dacheter les titres existants à demi-tarif (tickets à lunité ou carnets). Le choix de ne pas pratiquer de réduction sur les abonnements (carte Orange) ou de ne pas créer un titre spécifique est motivé par le fait que ces clients ont un comportement identique à celui des inactifs, cest-à-dire quils se déplacent peu et effectuent principalement des déplacements monomodaux. La réduction devant sappliquer quel que soit le lieu de résidence de lusager, la carte conçue par le STIF a vocation à être interopérable par acceptation mutuelle des cartes entre les réseaux.
Quid du surcoût ?
Cette initiative constitue sans doute un premier pas vers lharmonisation de la tarification sociale, selon Lucette Courrèges, directrice du service Transports du Conseil général de Charente-Maritime. En la matière, les situations sont aujourdhui très disparates. Ainsi, la plupart des communes du District de Reims accordent la gratuité aux personnes âgées et aux personnes défavorisées, ce qui représente un coût annuel de 1,37 million deuros (9 MF), a expliqué Bernard Desoize, premier vice-président. Ce coût sélève à 2,29 millions deuros (15 MF) pour la communauté dagglomération Rennes Métropole, qui pratique une politique sociale allant bien au-delà de larticle 123, selon Daniel Delaveau, président de la Commission transports.
Reste que lapplication de cet article va générer un surcoût non négligeable pour les AO, notamment pour celles ne pratiquant pas encore de tarification sociale, a souligné Eric Quiquet, président de la Commission transports du Syndicat mixte de la communauté urbaine de Lille. Or, en dépit de multiples interventions du GART, lEtat ne semble pas avoir prévu un complément daides.
Le rôle des syndicats mixtes
En revanche, lÉtat fixe clairement pour objectif prioritaire la création dune tarification coordonnée, mise en uvre par des syndicats mixtes de transport (article 111 de la loi SRU).
Plusieurs exemples de tarification intégrée existent déjà, à limage du titre Unipass créé dès 1999 sur lagglomération de Rennes et en cours de généralisation. Grâce à celui-ci, les clients peuvent indifféremment utiliser le TER, le car, le bus et bientôt le VAL. Un projet du même type va être testé au printemps 2002 en Charente-Maritime : il portera sur un système de billetique unique pour les réseaux urbains de La Rochelle et de Rochefort et pour le réseau départemental. Une initiative identique devrait voir le jour dans le Nord, une étude lancée en 1998 venant de déboucher sur une proposition de nouveaux tarifs intégrés.
Dans ces trois cas, lorigine des actions relève dune coopération entre différentes autorités organisatrices. Pour les exemples charentais et nordiste, les autorités organisatrices urbaines et départementales se sont regroupées dans des syndicats mixtes. A Rennes, la formule retenue est celle dun comité stratégique, réunissant AO urbaine, Conseil général et Conseil régional.
Cette diversité de structures a suscité des interrogations de la part de Daniel Delaveau et Eric Quiquet. Quel pourrait être, à Rennes, lobjet du syndicat mixte SRU ? Un Conseil régional peut-il intégrer un syndicat mixte existant ou faut-il créer une nouvelle structure ? Et quid du VT additionnel ? Une question qui est restée en létat, faute de temps pour y répondre, mais qui va constituer un sujet de réflexion majeur dans les mois qui viennent.

Service public de transport
Vous avez dit concurrence ?
Gestion directe ou délégation de service public ? Si le Parlement européen a préservé le libre choix des élus, le débat reste ouvert sur la notion même de concurrence
Le 21 novembre 2000, lassemblée générale du GART condamnait fermement les dispositions du projet de règlement européen remettant en cause le droit des collectivités locales à gérer, sans mise en concurrence, leur réseau de transport urbain, via une régie. Un an plus tard, le 14 novembre 2001, le Parlement européen modifiait le texte et rétablissait le libre choix des élus en la matière.
Attention au double jeu
Sil est encore bien trop tôt pour crier victoire, une première bataille a donc été gagnée dans ce combat important pour lautonomie des collectivités locales, selon Gilles Savary, député européen. Un combat dans lequel le GART a fait montre dun engagement constant, a-t-il souligné, en défendant le principe de subsidiarité auprès de nombreuses instances : gouvernement, groupes parlementaires, députés européens, Conseil des régions européennes, Direction générale des transports de la Commission européenne,...
Si le droit de gérer directement un réseau, sans appel doffres, a été rétabli par le Parlement, il reste à être validé dabord par la Commission puis par le Conseil des ministres européens. Mais ce droit est assorti dune règle de réciprocité : protégées sur leur territoire, les régies ne peuvent pas participer à des appels doffres sur dautres territoires.
Selon Gilles Savary, cette règle a peu de chance dêtre admise et maintenue par le Conseil des ministres puisque, juridiquement parlant, elle est en contradiction avec le principe de concurrence ouverte, défini par le projet de règlement. Ladoption de cette règle doit donc se lire comme un signal politique adressé par le Parlement européen aux Français. En clair, le double jeu français consistant à vouloir se protéger à lintérieur tout en se positionnant à lextérieur ne pourra pas tenir encore bien longtemps. Sont particulièrement visées ici, par les Européens, les entreprises publiques nationales RATP et SNCF.
Voie ouverte au service public
Tout le monde étant daccord sur le libre choix, comme la fait remarqué Michel Cornil, président de lUTP, le véritable débat sur la concurrence doit porter, en fait, sur la recherche de performance des entreprises. Mais comment la mesurer et la stimuler ? Pour Renaud Muselier, vice-président de Marseille Provence Métropole, le premier critère à prendre en compte est la satisfaction, ou non, de lobjectif principal des élus, à savoir le meilleur service possible offert aux clients. A partir de là, libre aux élus de choisir le système quils souhaitent, régie ou délégation de service public.
Sauf que, selon Gilles Savary, si les délégations de service public sont à peu près concurrentielles à lentrée, elles ne le sont pas à la sortie, a-t-il estimé. Et de dire quil était sûr que le taux de renouvellement des délégataires était très faible, au point que lon utilise maintenant lexpression de capture du régulateur.
Les autorités organisatrices otages des exploitants ? Laffirmation a fait vigoureusement réagir Michel Cornil, selon qui aucun délégataire ne considère un appel doffres comme gagné davance. Réaction également de la part de Christian Philip, 1er vice-président du GART, pour témoigner que les discussions ne sont pas toujours faciles, certes. Mais, à Lyon, lautorité organisatrice a pu obtenir de lexploitant tous les éléments dinformations dont elle avait besoin lors de lappel doffres.
Au-delà de cet échange un peu vif mais courtois, tous les intervenants se sont retrouvés pour souligner le fait que le projet de règlement européen marquait une reconnaissance de la notion de service public, telle quon lentend en France. Une notion qui, selon Christian Philip, permet de maintenir la qualité de service à laquelle tiennent les élus.
Pour Gilles Savary, de véritables opportunités souvrent donc pour les entreprises françaises sur les marchés extérieurs, dans la mesure où le système ultra-libéral tel que pratiqué au Royaume-Uni ou aux Pays-Bas a montré ses limites.

Interview J. Chauvineau
Régionalisation : un tournant dans la décentralisation
Le Conseil économique et social a adopté un avis sur la régionalisation ferroviaire. Interview de son rapporteur Jacques Chauvineau
La Lettre du GART : Le CES a voté un avis sur la régionalisation. Vous en étiez rapporteur. Quapporte cet avis ?
Jacques Chauvineau : Il souligne que cest dabord dune réforme politique dont il sagit et non pas, comme il est dit parfois, dune réforme de la SNCF. Elle donne aux régions une compétence nouvelle pour la vie quotidienne, les transports, lenvironnement, laménagement régional
notions qui deviennent très concrètes lorsquelles sont appréhendées au niveau régional. La région articule le global et le local, le quotidien et le long terme. En cela la réforme constitue un tournant de la décentralisation. Cest parce quelle répond à des attentes profondes, quelle offre à la SNCF une opportunité historique pour ce que Louis Gallois appelle une révolution culturelle.
LDG : Nêtes-vous pas un peu trop optimiste ?
J.C. : Je ne crois pas. Il reste encore beaucoup à faire, mais plusieurs régions ont commencé à tisser un réseau dintermodalité, intermodalité capillaire du côté des zones émettrices de trafic, intermodalité entre les TER, les transports routiers interurbains et les transports urbains. Tout le monde sait au GART que la difficulté de lintermodalité cest avant tout la mise en réseau des acteurs locaux qui sont les seuls à pouvoir la concrétiser, du garage à vélo sécurisé à la connexion avec les tramways en passant par des tarifications intermodales. Pourquoi ce qui est amorcé dans certaines régions ne sétendrait-il pas à tout le territoire ?
LDG : Lavis du CES accorde beaucoup dimportance à lappropriation citoyenne.
J.C. : Oui. Une délégation du CES est allée en Alsace. Elle a rencontré les animateurs dun comité de ligne et a été impressionnée par les effets de la mise en réseau, de limplication des élus et des alsaciens, utilisateurs et cheminots. Mais lAlsace nest pas la seule région où ce processus est engagé. Dautres régions ont inventé leurs instances de proximité. Ce sont des lieux dexpression et découte du marché. Le client/citoyen y dialogue avec le cheminot/citoyen. Le trafic augmente. Ces laboratoires où se mixent marketing et démocratie participative peuvent illustrer lefficacité de la conception française du service public.
LDG : Le CES sest exprimé sur les mouvements sociaux à répétition qui décrédibilisent les discours officiels sur la renaissance du transport ferroviaire.
J.C. : Oui. Cest un point de lavis qui a été longuement discuté et a reçu une large approbation. Le CES sest exprimé en sortant des clivages habituels. Il met en garde la SNCF et les cheminots contre la répétition dinterruptions de service qui, quelle quen soit lorigine, sont un obstacle à la relance ferroviaire. Il recommande instamment à la direction de lentreprise et aux représentants du personnel, comme cela sest fait dans dautres entreprises, de se mettre daccord sur des procédures rendant exceptionnelles les interruptions de service pour cause de conflit.
LDG : On entend parfois dire que les régions et les TER sont responsables des difficultés du fret.
J.C. : Cest vrai, cela se dit. Pourtant le CES fait lanalyse que limplication ferroviaire des régions, qui sengage avec le TER, est aussi une chance pour le fret ferroviaire car, elles aussi, sont favorables à un rééquilibrage modal. Et puis, il y dautres explications aux difficultés du fret. La période du tout TGV, jusquen 1995, sest traduite par un sous investissement pour tout ce qui nétait pas le TGV et un endettement colossal. Le fret en a été la première victime, le manque de locomotives est une séquelle de cette période. En outre, tant que la question de la dette, portée par RFF, ne sera pas réglée, le système ferroviaire sera handicapé et les relations entre RFF et la SNCF resteront difficiles. Les régions, elles aussi, ont intérêt à voir cette question traitée.
LDG : La régionalisation semble en difficulté ; lARF parle de report.
J.C. : Huit ans après le rapport Haenel et après que lexpérimentation a été menée à son terme, aucune voix ne sélève contre cette réforme. Depuis très longtemps, le GART la demande. Les cheminots et leurs organisations syndicales sont favorables. Le public est satisfait. Cest une contribution originale à lEurope. Il ne faut donc plus perdre de temps. Je rappelle quelques noms associés à cette réforme, Olivier Guichard, Pierre Mauroy, Charles Fiterman, Anne Marie Idrac, Hubert Haenel, Jean-Claude Gayssot, autrement dit tous les courants politiques républicains. Il est inconcevable quun accord politique ne puisse être trouvé.

Stationnement,
un enjeu politique pour les déplacements
Loi SRU aidant, plusieurs AO s'attaquent à la question du stationnement. Témoignages.
Puisque le stationnement est un outil de régulation des déplacements, élus et professionnels en ont débattu pour la première fois au sein dun congrès du GART.
Sil sagit bien, pour Denis Baupin, adjoint au maire de Paris, de réduire le stationnement déviter surtout que les actifs viennent travailler en voiture en ville il sagit aussi de mieux utiliser les places existantes
(30 000 places non-utilisées dans lhabitat social parisien par exemple). Jacques Chiron, maire adjoint de Grenoble, estime quil vaut mieux mutualiser ces places en centre-ville par une gestion publique, plutôt que de laisser se construire des places dans les nouveaux immeubles de bureaux pour lesquels, le PDU peut dorénavant fixer des normes plafond. Ce qui illustre bien, pour Jacques Legaignoux, Certu, la nécessité dintervenir simultanément sur loffre privée et publique, sur et hors voirie et la tarification.
La limitation des surfaces de stationnement dans les équipements commerciaux et multiplexes, rendue possible par la loi SRU, a incité la Ville dAnnecy, dont Jean-Luc Rigaut est le premier maire adjoint, à autoriser la construction dun cinéma multiplexe devant la gare, plutôt quen périphérie.
La tarification est à moduler selon le type dusagers que lon souhaite favoriser. A Paris, le tarif résidentiel a été ramené de 2,29 E/j à 0,50 E/j ; le rotatif, au contraire, a été augmenté de 30%, tout en maintenant une modulation selon la localisation. A Grenoble, la tarification est attrayante pour les résidents (100 F/ mois), mais aussi pour les pendulaires qui utilisent les parcs-relais.
Enfin, Philippe Taithe, avocat, rappelle que, dans un souci de cohérence, la loi SRU a donné à létablissement public de coopération intercommunale ou à lautorité organisatrice la compétence de déterminer les lieux et tarifs du stationnement, tout en maintenant le pouvoir de police des maires en la matière. Malgré cette remontée de compétence au niveau de lagglomération, les élus des villes-centre souhaitent conserver une certaine maîtrise de loutil stationnement.

Sécurité
Un bilan nécessaire
Quels effets ont eu les 12 mesures du colloque de Villepinte ? Les élus souhaitent un bilan.
Après le colloque de Villepinte en 1997 et lannonce des 12 mesures pour prévenir la violence dont deux concernent directement les transports publics, de nombreux élus ont affirmé la nécessité de faire le bilan précis des actions réalisées.
À ce jour, a reconnu Patrick Labia, sous-directeur des transports collectifs au ministère, il est difficile de mesurer limpact des dispositions mises en uvre depuis cette date. A savoir, 547 contrats locaux de sécurité, comprenant presque tous un volet Transport ;
190 MF de subventions accordés par lÉtat aux réseaux de province pour financer des équipements de sécurité ; création de sept unités de police dédiées à la sécurité des transports,... Bénéficiant de lune delles et ayant signé un CLS en février 1998, lagglomération nantaise a vu baisser le nombre des incidents dans un premier temps. Mais, a constaté Albert Mahé, conseiller communautaire et président de la SEMITAN, depuis le début de lannée 2001, la courbe est repartie à la hausse. Ce que confirme une enquête de lUTP pour lannée 2000, avec une augmentation de plus de 21% du nombre dagressions sur conducteurs, suivies dun arrêt de travail. Pour autant, a tempéré Jean-Jacques Paris, vice-président du Conseil général de Gironde, il ne faut pas accréditer lidée que la vie est insupportable dans les transports publics.
M. Mossa, nommé en juillet 2001 par le ministère des Transports pour suivre le dossier sécurité, a indiqué que pour répondre aux préoccupations des élus, il proposera à Jean-Claude Gayssot de consacrer une journée aux questions de sécurité dans les transports. Pour Olivier de Hillerin, chargé des affaires sociales à lUTP, certains faits ne relèvent pas seulement de clients ou de bandes de jeunes, plus de 10 % des agressions actuelles contre les conducteurs ont trait à un conflit avec les automobilistes. Selon Jean-Marie Bockel, député-maire de Mulhouse, le nud du problème nest plus tant, aujourdhui, dans les mesures de prévention que dans la résolution de limpunité. Il a ainsi estimé quil faut élaborer une échelle de graduation des réponses selon les incidents constatés, tout fait délictueux devant être puni.

Habitat non-motorisé, E-commerce
L'indépendance sans automobile
L'innovation à l'honneur dans les cafés du même nom : comment faire pour concevoir et habiter des quartiers à faible présence de voitures ? Quels impacts sur la ville peut-on attendre des livraisons à domicile ?
Favoriser lhabitat sans voiture
Pour combattre létalement urbain, des villes allemandes pratiquent de plus en plus une densification des pôles urbains secondaires autour des transports publics et limitent la croissance dans les zones périurbaines. En même temps, explique Patricia Gout, chercheuse à lInstitut de recherche du développement urbain et régional du Land de Rhénanie-Westphalie, à léchelle des quartiers, un habitat sans voiture, est proposé aux ménages non-motorisés (près dun tiers des ménages dans les villes allemandes de plus de 100 000 habitants). Daprès une enquête menée à Dortmund, léconomie réalisée à la construction de ces résidences, pratiquement sans stationnement, permet aux locataires déconomiser 1 Euro par m2 habitable sur le loyer mensuel et aux acheteurs de réaliser une économie de 12 000 à 15 000 Euros. Dans ces projets, les normes de stationnement pratiquées ne prévoient que 0,2 à 0,5 places par logement pour les visiteurs, livraisons, transport dobjets lourds,... Un contrôle social, des clauses de renonciation à lusage dune voiture dans le quartier incluses dans les contrats de location ou les actes de vente, parfois des garages en bordure de quartier,... permettent datteindre lobjectif recherché. En contrepartie, dans ce type de quartiers, tout est prévu dès lorigine pour faciliter la vie sans voiture : une très bonne desserte en transport public (notamment par tramway), cheminements pratiques et sûrs pour atteindre les arrêts à pied et à vélo, commerces et équipements à proximité immédiate. Et sur place, des services tels que garages à vélo, système dautopartage, locations de vélo,... sont définis très en amont avec les associations dhabitants qui sont souvent porteuses de ces projets auprès des pouvoirs publics.
Contrairement à ce quon pourrait penser, ajoute Patricia Gout, il y a, parmi les habitants de ces quartiers, outre des adultes et des actifs, une forte proportion de familles avec enfants (75 % à Fribourg). Des gens qui seraient partis en zone périurbaine avec 1 ou 2 voitures et qui trouvent intérêt à rester en ville dans ces conditions ! Dans un premier temps, il sagit surtout de répondre à une demande.
Achats en ligne et commerce de centre-ville
20 à 30 % des véhicules-kilomètres parcourus en agglomération sont liés au transport de marchandises. La moitié dentre eux relève des déplacements pour achats des particuliers, estimés à 17,7 millions par jour, selon Danièle Patier, ingénieur de recherche au Laboratoire déconomie des transports de Lyon.
Loi sur lair et loi SRU aidant, des collectivités ont décidé de sattaquer à la problématique des livraisons en ville, pour à la fois décongestionner la circulation et redynamiser le commerce de centre-ville. A Béziers, par exemple, deux actions ont été initiées : la promotion de la livraison à domicile, la création de consignes de proximité, en centre-ville. Selon Emile Chiffre, conseiller municipal, elles devraient permettre daméliorer la position concurrentielle des commerçants du centre-ville et créer des effets positifs pour le réseau urbain, en réduisant le flux de circulation.
A en croire Pierre Bouriez, PDG du cybermarché houra.fr qui assure 30 000 livraisons par semaine en France, cette réduction est réelle : une camionnette effectuant 12,5 livraisons équivaut à 25 voitures faisant un aller-retour vers un hypermarché. Et le potentiel de transfert nest pas mince puisque dici à cinq ans, lE-commerce devrait représenter 5 à 15 % des achats alimentaires en zone urbaine. Ce qui implique que les collectivités aménagent des zones de livraison et fixent de nouveaux horaires.
La Communauté urbaine de Bordeaux y travaille, au sein dun comité de pilotage réunissant transporteurs et commerçants. Selon Christian Boyer, directeur des études à la Chambre de commerce et dindustrie, un consensus commence à se dégager pour réaménager les horaires de livraison. Par ailleurs, le comité réfléchit à la création de plates-formes de groupage et dégroupage des marchandises, à proximité des rues touchées par le chantier du tramway. Pour les livraisons à domicile (marchandises sortantes), elles répondent à un besoin réel. Les expériences tentées par les commerçants sont de véritables réussites car elles augmentent le panier moyen.
Dautres pistes de réflexion ont été évoquées par Danièle Patier : centres de distribution urbains desservis par des véhicules électriques comme à La Rochelle ; instauration de livraisons de nuit,... Autant de pistes qui ne pourront aboutir quen développant la concertation, a conclu Christian Boyer.
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