tram : l'éternel retour
Maîtriser les déplacements pour maîtriser l'énergie
La crise déclenchée par la hausse des prix du carburant a réveillé des interrogations sur notre politique énergétique et fiscale. Les transports publics de voyageurs ont, comme les transports routiers de marchandises, obtenu une exonération partielle de TIPP de 35 centimes par litre à compter du 1er juillet 2000, puis de 25 centimes à compter du 1er janvier 2001, ainsi que des mesures fiscales réduisant la hausse du coût du diesel de 40 %. Le carburant professionnel pour les transports de voyageurs est né et nous pouvons nous en féliciter. On peut cependant regretter qu'il ait fallu qu'une nouvelle crise intervienne et que la force soit devenue une méthode de négociation.
Au-delà de cette indispensable mesure ponctuelle, c'est une politique globale de la maîtrise de l'énergie qu'il faut désormais envisager. Des crises du pétrole, nous en rencontrons ponctuellement depuis 30 ans sans que la dépendance énergétique de notre pays soit résolue. Plus la demande de pétrole est forte, plus il est cher ; plus on consomme de pétrole, plus on pollue. Sans une politique de long terme, nous aboutirons à une situation où les États devront d'une part, compenser le prix du pétrole et la réduction de la croissance économique et, d'autre part, payer le prix de la pollution et de ses conséquences environnementales.
Réduire la dépense énergétique par habitant passe par une meilleure maîtrise des déplacements et une réduction de l'usage de la voiture et des camions. Pour donner aux citoyens les moyens de réduire leur consommation de carburant, il faut leur proposer des solutions alternatives. C'est pourquoi les politiques mises en uvre localement dans le cadre des plans de déplacements urbains sont un outil de maîtrise de notre consommation d'énergie. Rappelons qu'un bus pollue 10 à 20 fois moins qu'une voiture par voyageur transporté. Les modes alternatifs à l'automobile, en particulier les transports publics, ont donc un rôle important à jouer en matière de maîtrise de l'énergie, tout comme les énergies alternatives au pétrole : gaz, électricité, biocarburants.
Après que les professionnels ont obtenu gain de cause, les citoyens se sont manifestés. Le Gouvernement vient de réduire les taxes sur la TIPP de 20 centimes. N'est-ce pas conforter l'usage de la voiture ? N'est-ce pas contradictoire avec la relance annoncée des économies d'énergie ? La rédaction

Michel Cornil, président de l'UTP
"Le transport est une activité commerciale"
Donner aux entreprises le rôle qui leur revient dans la gestion des transports publics : c'est l'idée-maîtresse de l'UTP pour son prochain congrès à Lille, du 25 au 27 octobre. Explications avec Michel Cornil, son président.
La Lettre du GART : Que signifie, concrètement, le thème retenu par l'UTP pour son congrès : "Les entreprises de transport s'engagent" ?
Michel Cornil : Nous voulons mettre en avant une idée-maîtresse, les entreprises doivent jouer pleinement leur rôle dans la gestion et le développement des transports publics. Un équilibre de responsabilités entre autorités organisatrices et entreprises doit être trouvé, dans un souci d'efficacité économique. Les entreprises étant au contact quotidien des clients, quel que soit leur statut, doivent prendre des initiatives et des engagements. Nous voulons, à travers le thème de notre congrès, rappeler que le développement du transport public exige une volonté politique mais aussi une forte capacité à le mettre en uvre sur les plans technique et commercial.
Le risque de l'oublier existe-t-il ?
Dans un passé lointain, le transport public était de la responsabilité économique des entreprises. Suite à la LOTI, les autorités organisatrices ont pris conscience de son rôle social et de nouvelles formes de coopération avec les entreprises se sont développées. Les années 90 ont été marquées par une prise de conscience forte de la place du transport public dans l'aménagement et le fonctionnement de la ville, d'où un renforcement du poids politique de cette activité. Il faut s'en réjouir car le développement du service public doit être porté par cette volonté collective mais, dans le même temps, il faut, je le répète, que les entreprises puissent jouer pleinement leur rôle.
Selon vous, l'efficacité commerciale est-elle suffisante actuellement ?
Un développement quantitatif du transport public a été réalisé, ce qui a permis de combler, pour l'essentiel ou en partie, le retard de la France par rapport à d'autres pays européens. Des progrès importants ont également été faits sur le plan de la qualité. Avec la reprise économique, des croissances de clientèle sont venues récompenser ces efforts mais rien n'est acquis, d'autant que des ressources supplémentaires sont nécessaires pour poursuivre le développement et accroître les recettes commerciales.
Ce problème de développement concerne notamment le périurbain...
Effectivement, le développement des agglomérations nécessite que des efforts importants soient faits sur leurs dessertes périurbaines. Il nous faut trouver les moyens de concilier dessertes de zones de faible densité et transports collectifs. Les solutions passent par la souplesse et la flexibilité ainsi que par l'intermodalité. L'optimisation des moyens de transport dans des zones de plus en plus en larges, constitue l'enjeu des dix prochaines années. Elle suppose de nouveaux modes de coopération entre les entreprises.
L'UTP a l'ambition d'être moteur dans ce domaine mais, bien évidemment, les autorités organisatrices devront adapter leurs structures et leurs modes de fonctionnement, comme le leur permet la loi SRU, car les périmètres de compétence correspondant à des types de transport seront, bien évidemment, ignorés par les clients.
Quels sont les autres chantiers prioritaires que se fixe l'UTP ?
Je voudrais insister sur celui de la sécurité qui reste une préoccupation forte, même si on observe des évolutions favorables. En effet, on note ainsi moins d'agressions contre les voyageurs mais davantage contre les salariés des entreprises et davantage de dégradations sur les matériels. Il n'en demeure pas moins que, en tant qu'entreprises, nous devons rester très vigilants sur un problème qui concerne autant nos personnels que nos clients.
Que pensez-vous du projet de règlement du transport de voyageurs présenté en juillet par la Commission de Bruxelles ?
Le débat sur la concurrence dans les transports publics est maintenant largement ouvert. Nous sommes soucieux de trouver, là aussi, un équilibre de façon à ce que les conditions dans lesquelles s'exercera cette concurrence permettent une amélioration des performances et suscitent l'innovation.
Mais, en France, la concurrence ne semble pas toujours très présente.
Effectivement, à première vue, on constate peu de changements d'entreprise à l'issue des appels d'offres. Cela est moins vrai si on observe une période de temps plus longue : sur vingt ans, nombre de réseaux ont changé d'exploitant.
Les évolutions, tant au niveau européen que français - je pense à la loi SRU -, vont redynamiser le panorama de la concurrence. Et les entreprises n'ont jamais eu peur de la concurrence, qu'elles pratiquent d'ailleurs au-delà des frontières. C.G.


Vélo
Un mode à part entière
Les PDU ont eu le mérite de créer une réflexion sur la ville et de faire émerger une nouvelle culture des déplacements. L'un des points forts en la matière est certainement la place accordée au vélo.
Grâce aux PDU, le vélo est, pour la première fois, considéré comme "un moyen de transport à part entière", note ainsi Michel Gilbert, président du Club des villes cyclables.
À preuve, la quasi-totalité des PDU approuvés, arrêtés ou en voie de l'être, comprend la mise à l'étude et la réalisation de plans ou schémas directeurs "vélo", visant à donner à celui-ci une part de marché de 4 à 10 % d'ici à 2010, et même de 25 % à Strasbourg. Pour ce faire, les agglomérations concernées retiennent trois axes majeurs d'actions : création d'un réseau d'itinéraires identifié, allant de 20 à 400 km ; mise en place d'une politique de stationnement et de lutte contre le vol ; développement de l'intermodalité avec les transports collectifs.
Ces actions, de par leur cohérence, marquent sans nul doute "un changement d'ère" quant à la prise en compte et la "crédibilité" du vélo, selon Geneviève Laferrère, du département sécurité, voirie et espace public du CERTU. Une cohérence et une prise en compte qu'Armand Jung, député du Bas-Rhin et président du groupe "vélo" à l'Assemblée, souhaite voir renforcées au travers d'une proposition de loi qu'il devrait prochainement déposer. Cette proposition vise, entre autres, à rendre obligatoires plusieurs procédures : l'élaboration d'un PDU simplifié et d'un schéma directeur vélo pour les agglomérations de plus de 50 000 habitants ; la définition d'itinéraires cyclables lors de travaux de voirie ; la compatibilité entre POS et schéma directeur vélo. Lors de la discussion du projet de loi SRU, le député a déjà pu faire adopter, en amendement, une disposition contenue dans sa proposition : le financement, par le versement transport, des opérations visant à améliorer l'intermodalité TC-vélo.
Les objectifs fixés restent "modestes", selon Michel Gilbert, et les PDU montrent deux faiblesses : le manque de précisions quant aux moyens financiers dégagés en faveur du vélo et la quasi-absence de campagnes d'accompagnement promotionnelles, éducatives, pédagogiques. Le Club des villes cyclables, qui tiendra son congrès à Amiens du 5 au 7 octobre, entend sensibiliser les élus à ces aspects et, au-delà, "développer sa mission pédagogique auprès d'eux", pour faire en sorte que le vélo devienne partie intégrante de leur culture des déplacements. F.L.


Inauguration
Le Premier ministre conquis par le tramway
Le tramway avait déjà conquis le cur de ses promoteurs, de ses usagers et de ses riverains. C'est à présent le Premier ministre qui a révélé son penchant pour le tramway lors de l'inauguration de la seconde ligne strasbourgeoise. "La construction du tramway a été l'occasion d'améliorer le cadre de vie, de restructurer et de reconquérir l'espace urbain" a-t-il déclaré le 1er septembre à Strasbourg. Les nouvelles lignes de tramway "retissent une trame urbaine par endroit fragilisée".
Les élus strasbourgeois, et à leur tête Catherine Trautmann et Roland Ries, se sont vu chaudement félicités : "La politique que vous avez conduite est d'une efficacité exemplaire".
Peu après Strasbourg, des inaugurations ont eu lieu à Nantes (troisième ligne de tramway) et à Lyon (prolongement vers Gerland de la ligne B du métro). Lionel Jospin s'est d'ailleurs félicité de la vague de projets de TCSP : "C'est à un véritable renouveau des transports collectifs en site propre que nous assistons. C'est là le fruit d'une politique volontariste de maires et d'élus que le Gouvernement a soutenue depuis trois ans, en aidant ces modes de transport à s'affirmer dans le paysage des villes". Ces mots ont sans doute sonné comme un encouragement pour les élus porteurs de projets de TCSP. M.D.


Ile-de-France : nouvelle contractualisation
Le 12 juillet dernier, Louis Gallois, président de la SNCF et Jean-Paul Bailly, P.-D.G. de la RATP ont signé avec Jean-Pierre Duport, président du STP, les nouveaux contrats entre l'autorité organisatrice francilienne et les deux entreprises publiques. Cette nouvelle forme de contractualisation fait partie du projet de réforme des transports en Ile-de-France lancé l'an dernier par Jean-Claude Gayssot.
Les nouveaux contrats prévoient, sur une période triennale, de privilégier la qualité de service et récompenser les résultats de l'entreprise. Ainsi, la formule de l'indemnité compensatrice qui équilibrait systématiquement les comptes des entreprises sans tenir compte des résultats qualitatifs a été supprimée, au profit d'un système d'intéressement. Un service de référence, demandé par le STP, est décrit dans le contrat. Par exemple, pour l'année 2000, il est demandé un volume d'offre fixé en véhicules par kilomètres pour les différents réseaux (RER, métro, bus, train...), mais aussi, pour la SNCF, un nombre de gares ouvertes jusqu'au dernier train.
Trois mécanismes d'intéressement interviendront dès la fin de la première année : un intéressement lié au volume des ventes, un système de bonus-malus lié à la qualité du service et une réduction de la rémunération en cas de non-réalisation de l'offre.


Bombardier rachète Adtranz
La concentration se poursuit dans l'industrie ferroviaire internationale. Après la prise de contrôle de Fiat Ferroviaria par Alstom, c'est au tour d'Adtranz, filiale du groupe DaimlerChrysler, d'être racheté par Bombardier. Le montant de ce rachat s'élève à 4,7 milliards de francs (790 millions d'euros). Ce coût sera réduit par la revente immédiate des activités d'installations fixes et de signalisation d'Adtranz. Ce nouveau groupe associe la compétence de Bombardier en construction mécanique et celle d'Adtranz en équipements de traction. Le groupe Bombardier devient ainsi numéro un mondial sur le marché mondial ferroviaire avec 24,5 % des parts de marché, contre 18 % à Alstom (Fiat compris) et 13 % à Siemens.


38 PDU finalisés mi-juillet
Au 20 juillet, 38 PDU étaient finalisés dont 10 PDU étaient adoptés : Bordeaux, Grenoble, Lille, Lyon, Nancy, Orléans, Rouen, Saint-Étienne, Strasbourg et Troyes.
Parution : "Bonnes pratiques pour des villes à vivre : à pied, à vélo..."
Le développement de la marche à pied doit être le socle d'un système équilibré orienté vers le développement durable des agglomérations. C'est en construisant les conditions de son développement que l'on créera le terreau favorable au vélo, au roller, aux transports en commun, au taxi... bref, à l'ensemble de ses relais.
C'est pourquoi, le GART, avec l'ADEME, le CERTU et EDF, a conçu l'ouvrage "Bonnes pratiques pour des villes à vivre : à pied, à vélo", véritable "boîte à outils".
Des réalisations exemplaires existent en France, ou chez nos voisins européens, et méritent d'être mieux connues voire imitées. Cet ouvrage réunit donc 31 fiches de bonnes pratiques, correspondant à trois axes d'intervention : planifier, organiser ; aménager ; communiquer, promouvoir. La seconde partie complète ces fiches par des approches thématiques : les enjeux de sécurité des modes de proximité, les piétons et l'aménagement de l'espace public urbain, le roller et enfin, un éclairage sur le réseau "Car Free Cities".
"Bonnes pratiques pour des villes à vivre : à pied, à vélo...", GART, 128 p.,
350 francs TTC.


TCSP Infos
o La première rame du VAL a fait son arrivée à Rennes en juillet dernier. Les premiers essais sur voie auront prochainement lieu en attendant une mise en service début 2002.
o La première ligne de tramway à peine mise en service, l'agglomération de Montpellier a déjà décidé du lancement de la seconde. Le projet, voté à l'unanimité, prévoit de relier Jacou à Saint-Jean-de-Védas sur un axe est-ouest. Pour l'instant, il comporte deux options soit de 18,5 soit de 20,5 kilomètres, avec une option pour 13 kilomètres supplémentaires empruntant une emprise ferroviaire existante. Ce projet de 33 kilomètres au total est évalué à 3,569 milliards de francs (544 millions d'euros). Cette seconde ligne pourrait voir le jour en 2005.
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