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Mai 2000

 LA LETTRE DU GART

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Rapport Bergougnoux : mode d'emploi pour la régulation

Accélérer, mais en douceur, ouvrir à la concurrence, mais en transparence et sans déclencher les passions. Le défi n'est pas aisé, mais la France, contrainte par le rythme des réformes imposé par l'Europe, doit passer à la vitesse supérieure en matière de fin des monopoles et d'ouverture à la concurrence dans les services publics en réseau. Le commissariat général au Plan vient de publier un rapport, sous la direction de Jean Bergougnoux, ancien président de la SNCF, intitulé "Services publics en réseau : perspectives de concurrence et nouvelles régulations". Ce rapport fait le point sur l'état d'avancement du processus en France, notamment pour les transports ferroviaires et apporte quelques recommandations sur la marche à suivre.
Selon ce rapport du Plan, les perspectives d'évolution pour le transport ferroviaire sont assez claires :
o suite au Conseil des ministres des Transports du 28 mars, le fret se transformera en un réseau transeuropéen ouvert à la concurrence, c'est-à-dire aux grandes entreprises nationales à travers toute l'Europe, et à des nouveaux "entrants" ;
o dans le domaine du transport de voyageur, c'est l'activité régionale qui se prête le mieux à l'ouverture du marché. Pour les auteurs du rapport, les régions, lorsqu'elles seront pleinement autorité organisatrice, aspireront au choix de leur prestataire. Les réflexions de la Commission européenne sur le sujet semblent pour l'instant écarter le ferroviaire.
Un des problèmes rencontrés en France et dans d'autres pays européens, est que l'Europe réclame une clarification dans les rapports entre les entreprises de ser-vice public et l'État, garant du service public et principal actionnaire et financeur. Il lui est donc difficile d'assurer une ouverture à la concurrence en douceur et en transparence. C'est pourquoi, le rapport "Bergougnoux" préconise vivement la création d'un organisme de régulation indépendant, comme cela est déjà le cas dans les télécommunications, l'audiovisuel et l'électricité. Il s'avère, de plus, que l'ouverture des marchés régionaux devra s'accompagner d'une parfaite transparence entre le rôle du gestionnaire de réseau, celui de l'entreprise de transport et celui de l'organisme de régulation ; il n'est donc pas souhaitable, d'après le rapport, que l'État contrôle ces trois niveaux.
Le rapport Bergougnoux définit les fonctions principales du régulateur : le contrôle du gestionnaire d'infrastructure (RFF) - dans le domaine de la tarification, de l'allocation des sillons entre les activités grandes lignes, fret et régionales et du maintien de la qualité du réseau - la diffusion des informations sur le secteur et son développement, notamment dans le domaine de la concurrence et de la qualité, et l'instruction des demandes de licences des opérateurs ferroviaires désirant accéder au réseau français. Une analyse qui rejoint des propositions du GART. Attendons maintenant la réponse de l'État. M.D.

Jacques Auxiette, président du GART
"Lancer un nouveau projet pour les transports publics"

1980-2000 : le GART a 20 ans. Fort de ces acquis, il entend à cette occasion lancer le débat afin de construire un nouveau projet pour les transports publics. Explications avec son président, Jacques Auxiette.

La Lettre du GART : Le GART a 20 ans. Quelles sont, selon vous, les principales avancées enregistrées par les transports publics pendant ces 20 années ?
Jacques Auxiette : Je vois trois acquis majeurs.
Le premier est la prise en compte par les élus du rôle qui était le leur, grâce à la LOTI qui a défini la notion d'autorité organisatrice (AO). Grâce également au GART, créé pour permettre une meilleure identification des rôles entre responsables politiques et entreprises de transport.
Le deuxième acquis réside dans le fait que le dossier transports est devenu planétaire. Il y a vingt ans, c'était un dossier local traité par quelques avant-gardistes ; aujourd'hui, c'est un problème sociétal, partagé par une grande majorité de l'opinion publique.
Le troisième acquis a trait au développement durable. Le travail que le GART a mené pendant vingt ans pour organiser une véritable filière du transport constitue, à mon sens, une illustration de ce qu'est le développement durable. C'est-à-dire la prise en compte des objectifs politiques par l'économie.

Quel dossier a nécessité, ou nécessite encore, le plus d'efforts pour faire avancer la "cause" des TC ?
C'est celui des moyens financiers. Des progrès ont été faits récemment par l'État mais ce n'est pas encore suffisant. Et il ne faut pas limiter la question au transport urbain ; le périurbain, les territoires départementaux et régionaux nécessitent des moyens considérables.

Et pourquoi, selon vous, l'État n'accepte-t-il pas l'affectation d'une partie de la TIPP aux transports publics ?
C'est vrai que cette proposition n'a pas encore eu d'écho, mais le GART continuera à la préconiser, au nom du principe "pollueur-payeur". Nous savons qu'elle touche à un problème fiscal de fond : la non-affectation d'avance des recettes. Il existe également d'autres moyens de taxer l'usage de la voiture.
On pourrait imaginer également un système d'abattements fiscaux, comme pour le secteur du logement, ou un système de compensation. Le transport routier en bénéficie déjà, mais pas les transports collectifs : c'est incohérent. Cela étant, je constate que lors de la discussion du projet de loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU), l'idée de l'exonération de la TIPP a été évoquée.

L'ordre du jour du GART justement, pour les dix années à venir, comprend quatre grands chantiers parmi lesquels la réussite de l'intermodalité, la gestion des livraisons en ville et la constuction de l'Europe des transports". Comment les envisagez-vous ?
Sur le thème de l'intermodalité, compte tenu de la concentration des opérateurs de transport, si les AO ne s'organisent pas elles-mêmes, ce sont à nouveau les opérateurs qui définiront la politique et nous retournerons ainsi vingt ans en arrière.
Nous sommes pour le maintien des différents niveaux de compétences, mis en place par la LOTI. Mais, pour moi, c'est la région qui, sans exercer de tutelle, doit être le chef de file de l'intermodalité parce que c'est elle qui a la vision la plus globale de l'aménagement du territoire.
Sur le plan de marchandises, nous estimons que la réhabilitation des centres-villes ne peut se faire sans prendre en compte les livraisons et le transport de marchandises. Or, cette problématique est juste émergente dans les PDU. Enfin, concernant l'Europe, elle doit désormais définir une véritable politique pour les territoires urbains.

Vous entendez enfin promouvoir des déplacements citoyens, faire en sorte que les Français utilisent davantage les transports publics. De quelle façon ?
C'est un travail de persuasion qui s'inscrit dans la durée : il faut démontrer, par des opérations de sensibilisation, que tous les modes de déplacement peuvent cohabiter. C'est aussi un effort important de la part des élus : il faut réparer l'organisation de la ville. La loi SRU nous met en situation de prévoir un fonctionnement de la ville permettant aux habitants d'utiliser davantage les transports publics, en réduisant le stationnement sur voirie par exemple. Aujourd'hui, déjà, les vrais projets urbains tournent autour de projets transport : preuve qu'ils sont une nécessité absolue pour la compétitivité urbaine. C.G.

Communautés d'agglomération
Un premier bilan

Devenue la règle, l'intercommunalité fédérative s'impose pour la mise en uvre des politiques structurantes du développement local. Dont les transports.

Principale innovation de la loi Chevènement du 12 juillet 1999, la formule des communautés d'agglomération connaît un franc succès : fin mars 2000 on en dénombrait déjà 51 sur les 141 aires urbaines* visées. Il est vrai que les communautés d'agglomération, créées ou transformées avant le 1er janvier 2005, bénéficient d'une dotation d'intercommunalité de 250 francs par habitant pendant
5 ans.

Une intercommunalité plus intégrée
Conçues pour renforcer et simplifier la coopération intercommunale, ces nouvelles communautés d'agglomération exercent de plein droit quatre compétences obligatoires : développement économique, aménagement de l'espace communautaire - dont l'organisation des transports urbains - équilibre social de l'habitat et politique de la ville. Elles devront, en outre, exercer au moins trois des cinq compétences suivantes : création ou aménagement et entretien de voirie d'intérêt communautaire, assainissement, eau, protection et mise en valeur de l'environnement et du cadre de vie et création-aménagement-gestion d'équipements culturels et sportifs d'intérêt communautaire.

Les transports urbains au-delà des murs...
À Périmètre de transport urbain (PTU) égal, il y aura peu de changement pour les autorités organisatrices (AO) qui se transforment en communautés d'agglomération, surtout pour celles qui disposaient déjà de plusieurs compétences. Toutefois, intégrée à un plus large éventail de domaines d'intervention, la politique "transport" ne pourra être que plus cohérente avec l'action économique, le développement, l'aménagement et la politique sociale. Les Plans de déplacements urbains (PDU) bénéficiant de l'ap-proche transversale de leur maître d'ouvrage gagneront en légitimité, en particulier vis-à-vis des compétences qui restent communales (stationnement, voirie...).
Mais l'extension des périmètres de transport urbain n'est pas sans poser quelques questions juridiques. Ainsi, alors que l'échéance du 30 juin 2000 inscrite dans la loi sur l'air se rapproche, comment adopter la démar-che PDU qui aura été initiée sur un territoire plus restreint ?

Un VT bonifié mais pour quelles dessertes ?
L'incitation du législateur à la création de nouvelles communautés ne s'est pas traduite uniquement par une bonification de la DGF. Le taux du versement transport (VT) peut en effet être bonifié de 0,05 points par rapport au taux habituel. Un apport financier non négligeable pour de nombreuses communautés d'agglomération dont le périmètre s'étend et où les besoins de financement de nouveaux services en périurbain seront importants.
On touche ici au cur du problème et, un des mérites de la loi Chevènement, est sans doute d'inciter les responsables politiques des transports à répondre à des questions, telle la desserte des zones périurbaines ou la rationalisation des transports scolaires, que les uns et les autres se posaient depuis des années. L'articulation des compétences, entre structures intercommunales urbaines et départements, devra donc s'étudier de près, et les conventions entre les nouvelles AO urbaines et les départements seront sans doute d'actualité avec comme enjeu la desserte de nouveaux territoires où le périurbain aura été "urbanisé", par une extension de périmètre...
Cette nouvelle organisation administrative aura, enfin, une incidence sur les contrats avec les entreprises de transport tant urbain qu'interurbain, dont on commence seulement à prendre conscience. F.L.

* Selon la définition de l'Insee, une aire urbaine est un espace comptant au moins 5 000 emplois et où au moins 40 % de la population résidente a un emploi ; pour les communautés d'agglomération, la loi Chevènement impose un minimum de 50 000 habitants regroupés sur un territoire d'un seul tenant et sans enclave et une commune-centre d'au moins 15 000 habitants.

Le "Minhibou" à la demande au Plessis-Robinson
La ville du Plessis-Robinson (Hauts-de-Seine) lance un nouveau service de minibus à la demande, le "Minhibou". Il remplacera, pendant les heures creuses, un service déjà existant, le Hibou, pour assurer les déplacements vers le marché et les commerces et services de la ville. Le Minhibou se réserve à l'avance par téléphone en précisant l'heure et le lieu de prise en charge, le lieu de dépose et le titre de transport utilisé. Grâce à sa rampe d'accès, le Minhibou est accessible aux personnes à mobilité réduite, y compris aux fauteuils roulants.

Creil : opération "En avant toute"
Depuis le 1er septembre 1999, le Service des transports de l'agglomération creilloise (STAC) a mis en place l'opération "En avant toute", destinée à diminuer le sentiment d'insécurité et à garantir un meilleur confort pour les voyageurs. Dans ce but, trois messages principaux ont été diffusés auprès de la clientèle : obligation de montée par l'avant du bus, présentation systématique de son titre de transport au conducteur et descente du véhicule uniquement par les portes arrières. En plus d'assurer un meilleur flux de voyageurs, ces mesures permettent de lutter contre la fraude et de créer un climat plus sécurisant.
Cette opération a été lancée avec l'appui de nouveaux agents commerciaux d'accompagnement, "les stewards". Pendant la première semaine, ils ont informé les clients, ont assisté les conducteurs dans leur fonction de vérification, et ont persuadé les clients de respecter les règles en vigueur (achat et oblitération du titre). Devant le succès immédiat de l'opération, une équipe de 10 "stewards" a été maintenue sur le réseau. Résultats, depuis septembre, les ventes de titres ont progressé de 75 % et les oblitérations de 67 %. Le trafic a lui progressé de 46 % grâce à un nouveau climat plus sécurisant.

Semaine du transport public : des nouveautés !
La Semaine du transport public 2000 démarre sur les chapeaux de roue. En effet, près de 200 réseaux de transport ont à ce jour confirmé leur participation. Parmi les nouveaux réseaux souhaitant participer à l'édition 2000, notons ceux de Mitry-Mory, Rosny-sous-Bois, Albi, Soissons et Montpellier. La Semaine 2000 sera placée cette année sous le signe de la convivialité avec l'opération phare "des livres et vous, en transport public". Cette opération consiste en la distribution auprès du grand public d'un ouvrage de nouvelles et de brèves autour du transport public. Près de 150 réseaux souhaitent déjà participer à cette opération.
Parmi les nouveautés en termes d'organisation, le Comité de promotion des transports publics a ouvert une boîte à idées dans la Lettre de la Semaine, disponible prochainement sur le site Internet
www.semaine-tp.org. Des conseils, des opérations à organiser pour
promouvoir le transport public sont proposés aux réseaux, par thème : expérimentations, animations, informations et débats.
Autre nouveauté : la Lettre de la Semaine et le site Internet s'ouvrent aux petites annonces de la Semaine du transport public afin de faciliter
la communication entre les réseaux. Pour en savoir plus, rendez-vous dans les colonnes de la Lettre d'avril.
Contact : CPTP - Sébastien FOURNIER - Tél. 01 53 69 05 43 - Fax 01 47 83 53 56 - E.mail : cptp@imaginet.fr

"Escal'Atlantique", la navette électrique nazairienne
Le réseau des transports de Saint-Nazaire vient de lancer une nouvelle navette entre le centre-ville et le port, "l'Escal'Atlantic". Cette ligne est équipée d'un véhicule électrique à gabarit réduit, un Oreos 55 commercialisé par Gépébus. Ils se caractérisent par une grande accessibilité grâce à un plancher bas et à une rampe d'accès pour les fauteuils roulants. Pour lancer l'exploitation de cette ligne, la Société des transports de l'agglomération nazairienne (STAN) a conclu un partenariat avec EDF pour la mise à disposition de batteries de traction pour une durée de 5 ans.
Silencieuse et non-polluante, la navette assure une desserte 7 jours sur 7, tous les quarts d'heure.


22, rue de Palestro - 75002 PARIS - Tél. : 01 40 41 18 19 - Fax : 01 40 41 18 11

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