[Anciens numéros]

Janvier 2000

 LA LETTRE DU GART

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Urbanisme et transport : ce que la loi pourrait changer

Le projet de loi Gayssot relatif à la solidarité et au renouvellement urbain est soumis à concertation. Quels devraient être les changements en matière de déplacements ?
Tout d'abord, pour renforcer les liens entre documents de planification urbaine et de planification des déplacements, le projet de loi insère véritablement le PDU dans la hiérarchie des documents d'urbanisme : il devra être compatible avec les nouveaux schémas de cohérence territoriale (qui prennent la place des schémas directeurs). Quant aux plans locaux d'urbanisme, ils devront être rendus compatibles avec le PDU dans les trois ans après son adoption.
Le PDU pourra aussi être beaucoup plus précis sur les mesures relatives à la politique de stationnement sur voirie et dans les parcs publics, ainsi que sur la limitation de la construction des places de stationnement pour les zones bien accessibles en TC. Plus précis également sur le transport et la livraison de marchandises. Les actes pris en la matière par les maires devront se conformer au PDU dans un délai à fixer. En revanche, le pas du transfert de compétences à l'échelle intercommunale n'a toujours pas été franchi.
L'innovation essentielle réside dans la possibilité de créer à l'intérieur d'une aire urbaine un syndicat mixte regroupant région, département et une ou plusieurs AO urbaines. Mais les limites de l'aire urbaine ne sont-elles pas trop étroites ? Ce syndicat pourra a minima coordonner les services de transport à l'intérieur de son périmètre et mettre en place un système d'information global. Mais il pourrait aussi se voir transférer par ses membres tout ou partie de leur compétence en matière de transport. Côté ressource, il pourrait percevoir le versement transport dans la limite de 0,5 %. Des pistes innovantes donc, sauf en matière de financement où l'imagination fait décidément défaut...

Quand l'éco-fiscalité pénalise les bus propres...
Lors de la discussion sur la loi de Finances au Parlement, le gouvernement a supprimé l'amendement adopté par les parlementaires visant à étendre aux transports publics la neutralisation de la hausse du diesel déjà accordée au transport routier de marchandises. Dans les 96 mesures contre l'effet de serre, la proposition d'exonération émise par la mission interministérielle n'a pas été reprise. Pourtant, cette hausse a déjà coûté 48 millions de francs aux transports publics urbains et interurbains en 99. Il en coûtera le double en 2000.
Bien entendu, avec cette revendication des transports publics, il ne s'agit pas de favoriser le diesel. Au contraire ! À terme, les coûts supplémentaires dus à la hausse régulière du diesel équivaudront au coût d'achat de 600 bus propres. Comment alors dégager des marges de manoeuvre pour acheter du matériel roulant propre si dans le même temps la fiscalité grève le budget transport des collectivités locales ?

Tramway de Bordeaux
Conséquences sous surveillance

Pour mesurer les effets économiques du tramway sur les entreprises, la communauté urbaine de Bordeaux et la Chambre de commerce ont créé un Observatoire chargé de réaliser le suivi de la situation pendant cinq ans. Explications.

Des "inquiétudes" certes mais "très peu de réactions viscérales contre le tramway" : telle est, selon Christian Boyer, directeur de la Direction "Tramway et projets urbains" de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux, l'impression générale qui ressort d'une enquête menée auprès de mille entreprises par la CCI.
Ces mille entreprises constituent un panel représentatif des 5 000 qui sont directement riveraines ou situées dans un corridor de 300 mètres autour du futur réseau tramway de l'agglomération bordelaise, composé de trois lignes et long de 43 km.

Premières inquiétudes
Chaque année, jusqu'en 2003, chaque entreprise du panel sera soumise à un questionnaire portant sur son activité, la typologie de sa clientèle, son accessibilité et ses modes de livraison, ses perspectives d'avenir, ses commentaires sur le tramway. But de cette enquête, réalisée dans le cadre de l'Observatoire des effets économiques du tramway, créé en juin dernier par la communauté urbaine et la CCI : "assurer un suivi permanent et un état des lieux annuel" des entreprises situées sur le tracé du futur réseau.
Achevée en décembre 1999, la première enquête - dont le dépouillement complet sera achevé en février 2000 - a essuyé un "taux de refus de 8 % seulement", selon Christian Boyer. Une première lecture fait apparaître trois thèmes soulevant "beaucoup d'inquiétudes" : la durée et la façon dont seront menés les travaux ; l'accès des fournisseurs ; l'évolution de la clientèle. Sur ce dernier point, "les interrogations les plus importantes émanent des entreprises implantées près des voies pénétrantes et dont l'activité est très liée au passage des voitures". Pour les entreprises situées en hyper centre-ville, en revanche, "leurs craintes les plus fortes touchent aux travaux mais elles ne remettent pas en cause pour autant le projet de tramway".

Une référence pour d'autres projets ?
Cette enquête annuelle de terrain va être complétée par l'analyse de statistiques existantes, fournies par plusieurs organismes avec lesquels la CCI a signé des conventions : le Centre de formalités des entreprises, pour repérer les taux de création et de fermeture des entreprises, par ligne de tramway et par tronçon ; l'URSSAF, pour déterminer les évolutions de la masse salariale des entreprises ; l'Observatoire de l'immobilier d'entreprise, pour analyser l'état des transactions immobilières.
On constate ainsi d'ores et déjà sur le tracé de la première ligne, note Christian Boyer, un taux de création d'entreprises inférieur à celui enregistré pour l'ensemble de la communauté urbaine. Mais, précise-t-il, ce n'est pas tant en raison des futurs travaux que parce que le secteur concerné - les quais de la Garonne - est actuellement "déprimé". Le passage du tramway devrait modifier cet état de fait puisqu'il doit justement contribuer à "relancer l'activité économique de ce secteur".
En attendant, la CCI souhaite élargir ses bases d'analyse statistique : elle espère notamment pouvoir "développer des relations avec les services fiscaux", ce qui permettrait "d'augmenter encore la crédibilité" de l'Observatoire. Les outils méthodologiques, mis en place par la CCI, constituent en tout cas une référence qui pourrait être utilement reprise pour les futurs projets de TCSP. C.G.

Grenoble : la grève indigne les commerçants
La grève du réseau urbain de Grenoble a provoqué "l'indignation" des commerçants de l'Union commerciale Grenette-Les Vitrines de Grenoble, regroupant des commerces du centre-ville.
Dans un communiqué publié le 27 décembre par "Le Dauphiné Libéré", l'association estime que cette grève des transports urbains participe, après la grève des éboueurs, "d'une véritable organisation de mise à mort du commerce grenoblois". Se disant "solidaire de la détermination" des responsables de la SEMITAG, l'association "en appelle au maire, Michel Destot, afin que sa politique favorable au transport public s'accompagne de l'instauration d'un service minimum pour celui-ci".
L'association estime que la grève du réseau urbain a déjà provoqué une "perte de 30 % du chiffre d'affaires" pour les commerçants du centre-ville. Comme quoi, les transports collectifs apportent bien une clientèle pour le commerce...

Coûts de logement et de transport
Attention aux effets pervers

Si le fait de résider en zone périurbaine répond souvent à une contrainte liée au coût du logement, il semble induire, selon une étude de l'INRETS*, un effet pervers : l'accroissement du budget transport.

Comment les dépenses de logement et de transport varient-elles d'une localisation à une autre ? Existe-t-il des phénomènes de compensation entre le budget logement et le budget transport (budget monétaire et budget-temps) ?
Pour répondre à ces questions, l'INRETS a analysé la situation en Ile-de-France sur la base des données fournies par l'enquête globale transport (EGT), réalisée dans la région en 1991, et par l'Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne (OLAP) pour 1994. Si les résultats de cette analyse sont qualifiés "d'exploratoires" par les auteurs - les observations de l'OLAP ne portent ainsi que sur les ménages en location privé et sur ceux en accession à la propriété - ils permettent néanmoins de dégager certaines tendances fortes.

Un logement moins cher...
L'Ile-de-France peut être découpée en neuf zones, selon le prix moyen du logement en location privé, avec une dégressivité allant du centre à la périphérie : le coût moyen du loyer par ménage varie ainsi de 3 000 F en zone 9 à 5 000 F en zone 1, soit un écart de 66 %. En revanche, la part du revenu consacrée au logement par les ménages varie faiblement autour d'une moyenne de 26 %. On constate également, en s'éloignant du centre, que la taille moyenne des ménages croît et que le revenu moyen des ménages décroît.
Si l'accession à la propriété est quasiment inexistante dans les zones 1 et 2, elle va en augmentant vers la périphérie. Comme pour les locataires, il s'avère que la taille des ménages accédants croît avec les zones
(+ 49 % entre les zones 3 et 9) et que leur revenu décroît (de 31 %). La part du budget logement de ces ménages (coût de l'accession) représente en moyenne 28 % de leurs revenus.
Le budget-temps de transport est peu différencié d'une zone à l'autre : il s'établit en moyenne à 82 mn, alors que la distance moyenne parcourue va de 12 km/jour en zone 1 à 34 km/jour en zone 9.

...mais un coût transport plus élevé
Le budget monétaire des déplacements, lui, est plus contrasté. Calculées d'après une hypothèse moyenne de coût complet de déplacement en voiture, les variations de dépenses des ménages vont de 1 000 F/mois en zones 1 à 3 à 3 000 F/mois en zones 7 à 9. Ces dépenses sont systématiquement supérieures pour les accédants (elles atteignent ainsi 4 000 F/mois en zones 7 à 9). Ramenées au revenu des ménages, ces dépenses en représentent environ 6 à 7 % dans les zones 1 à 3 et plus de 20 % dans les zones 7 à 9. Pour les accédants en zone 9, elles peuvent aller jusqu'à 30 %, soit du même ordre que leurs dépenses de logement.
Les dépenses de logement et de transport pèsent un tiers du revenu dans les zones centrales et plus de la moitié dans les zones périphériques. Pour les auteurs, ce constat montre le "rôle pervers" que peuvent avoir les régulations limitant les dépenses d'accession à une certaine fraction du revenu : "elles peuvent orienter des ménages vers des zones aux coûts d'accession plus faibles mais aux coûts totaux de logement et de transport plus élevés". Voilà matière à réflexion. C.G.

* "Dépenses pour le logement et pour les transports en Ile-de-France" - A. Polacchini et JP. Orfeuil - Janvier 1998.

Vivre sans voiture, c'est possible !
La réduction du taux de motorisation des ménages impliquerait-elle une diminution des déplacements ? Menée dans le cadre du PREDIT, une étude réalisée par Beauvais Consultants montre que les familles non-motorisées font autant de déplacements par jour ouvrable que les familles bi-motorisées : trois. La non-possession d'une voiture n'empêche donc pas d'avoir des activités !
Si les familles bi-motorisées consacrent 19 % de leur budget en moyenne à la voiture, les familles non motorisées, qui n'y consacrent que 1 %, utilisent ces économies à des dépenses supplémentaires en logements (+ 5 %) et en alimentation (+ 4 %) notamment.
"Mobilité locale, emploi du temps, dépenses du ménage : comparaison des familles non motorisées, mono-motorisées, bi-motorisées". Recherche menée par Jean-Marie Beauvais et Jean-Philippe Fouquet, Beauvais Consultants, octobre 1999.

Le réseau stéphanois passe à la CGEA
Le Syndicat intercommunal pour l'organisation des transports collectifs de l'agglomération stéphanoise a confié, le 15 décembre dernier, l'exploitation de son réseau à la CGFTE, filiale du groupe CGEA (Vivendi).
Les trois grands groupes français étaient candidats à la succession de Transdev, aux commandes depuis 1987. Le nouveau contrat de marché public sera une convention à coût forfaitaire pour un chiffre d'affaires de 220 millions de francs (33,5 millions d'euros) par an. La CGFTE a assuré que les effectifs de la STAS seraient maintenus.

Argenteuil : une gare multimodale en Ile-de-France
La ville d'Argenteuil a inauguré à l'automne sa nouvelle gare routière. Située dans la continuité de la gare SNCF, elle doit constituer pour Argenteuil une "Entrée de ville". Le conseil régional d'Ile-de-France, le conseil général du Val d'Oise et le Syndicat des transports parisiens se sont associés à la municipalité pour la réalisation de cette nouvelle gare. En effet, 40 000 voyageurs par jour transitent par la gare SNCF, dont les deux tiers utilisent également le bus. 16 lignes de bus (dont une ligne Noctambus) et leurs quatre exploitants (RATP, TVO,
R Bus et les Cars Lacroix), desservent la gare d'Argenteuil. C'est pourquoi un hall commun d'accueil et d'information a été créé, incluant un espace commun de vente des billets. Les quais sont désormais abrités, éclairés et accessibles aux personnes à mobilité réduite, grâce à des ascenseurs et à une hauteur d'accès étudiée. Les espaces piétons ont également été aménagés et un hall accueille commerces et services. Pour l'instant, seuls des plans de réseaux sont accessibles, mais ils devraient être complétés en 2001 par un système de vidéo information. Les places de parking à proximité ont été augmentées. Sont venus s'y ajouter une station de taxis,
un local pour les deux roues et des places de parking réservées aux
personnes à mobilité réduite.
La gare routière est gérée, pour l'ensemble de ses activités, par un groupement constitué de la SNCF et de TVO, principal opérateur routier. Compte tenu de la réussite de cette opération, ils espèrent pour 2001 obtenir la certification AFNOR.

TCSP infos

  • Les premiers essais de rame ont été effectués sur la ligne B du tramway de l'agglomération strasbourgeoise en décembre. Sa mise en service est prévue en septembre prochain.
  • À Montpellier, le dernier rail du tramway a été symboliquement soudé par Georges Frêche, député-maire et président du district. Cinq premières rames du Citadis effectuent des tests. L'inauguration aura lieu le 30 juin prochain et sera suivie d'une semaine de gratuité pour les Montpelliérains.
  • Suite à la prise en considération du projet de tram-train par le ministère des transports le 24 novembre dernier, le Syndicat intercommunal des transports de l'agglomération mulhousienne a décidé une augmentation du Versement transport. De 0,98 % actuellement, il passera à 1,40 % au 1er juillet 2000 et à 1,45 % au 1er janvier 2001.
  • Le prolongement de la ligne B du tramway de l'agglomération grenobloise a été inauguré fin novembre. Deux nouvelles stations sont apparues : Saint-Bruno et Palais-de-Justice. Cette dernière dessert le centre d'affaire, l'École supérieure de commerce et le nouveau Palais de Justice. Une deuxième tranche de travaux va encore prolonger la ligne jusqu'à la Cité internationale en 2001.
  • L'enquête publique concernant le projet de tramway de l'agglomération toulonnaise a été lancée début novembre. La déclaration d'utilité publique est attendue pour fin 2000/début 2001. Une première tranche de 10 kilomètres pourrait voir le jour en 2004, suivis de 20 kilomètres supplémentaires à l'horizon 2007.


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