[Anciens numéros]

Septembre 1999

 LA LETTRE DU GART  

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Une fiscalité anti-écologique

Plus d'un milliard de francs (152 millions d'euros) pourraient être économisés par les transports collectifs. Coupable ? La taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) qui, contrairement à l'exonération en vigueur dans 9 pays de l'Union européenne, s'applique en France au principal moyen de lutte contre la pollution, les transports publics.
Outre cette flagrante anomalie, les récentes initiatives prises par le gouvernement en matière d'écofiscalité ne bénéficient pas aux transports publics, mais, contre toute logique, les pénalisent. Le rattrapage des retards sur la TIPP, avec l'augmentation de 7 centimes par an pendant 5 ans du prix du diesel, ne favorise en rien le développement des transports publics. Cette écotaxe sera utilisée pour le financement de la réduction du temps de travail.
Pire ! Alors qu'on pourrait s'attendre à un traitement adéquat, les transports publics ne sont pas exonérés de cette augmentation, alors que les transporteurs routiers, principaux responsables de la pollution, le sont. C'est l'invention du principe pollueur-non payeur. Coût pour les transports publics au terme des 5 ans d'augmentation : près de 200 millions de francs. L'application de l'écofiscalité par le gouvernement dans un cas pénalise et dans l'autre ne bénéficie pas aux transports publics. Bref, une fiscalité anti-écologique.
Pourtant la nécessité de ressources stables pour les transports publics se fait particulièrement sentir. Rien qu'en province, pour les 10 prochaines années, 66 milliards de francs sont nécessaires pour financer les quelques 62 projets de transports en commun en site propre (TCSP). Même si d'importants efforts ont été faits depuis deux ans par le ministère des Transports, la subvention de l'État aux investissements pour la province dans le budget 2000 n'atteint que 748 millions de francs, alors que le GART estime les besoins à plus d'un milliard de francs.
Si l'on s'appuyait simplement sur le principe pollueur-payeur, l'affectation de 10 centimes sur la taxe intérieure sur les produits pétroliers - c'est-à-dire à peine 2 % du produit de cette taxe, permettrait d'assurer l'avenir des transports publics en France.

Semaine record !

Un succès inattendu et sans précédent... La Semaine du Transport Public 1999 a mobilisé 283 participants, villes, agglomérations, départements et régions dans toute la France. Aussi différentes que soient ces autorités organisatrices et ces sociétés de transport, elles avaient un objectif commun : faire connaître leur service, valoriser leurs réalisations et leurs nouveautés et attirer de nouveaux utilisateurs vers les transports publics.
Comme chaque année, tous les participants ont créé l'évènement en local autour de la fête et de la convivialité (distributions de petits déjeuners, animations dans les bus), mais aussi, et de plus en plus, autour de l'information du public (présentation de nouvelles technologies, nouveaux réseaux...) et de l'éducation du citoyen, en particulier des jeunes (actions sur la civilité). L'opération "10 000 projets de classe sur les transports publics" a été lancée auprès de nombreuses classes de CE2, CM1 et CM2. La mallette pédagogique qui leur a été distribuée sera toute cette année le support d'un véritable travail scolaire autour des transports publics et les déplacements.

Claude Martinand : "Aucun élu ne paiera deux fois"

Responsable des infrastructures ferroviaires, Réseau Ferré de France (RFF) se trouve au coeur de deux dossiers majeurs : la régionalisation du transport ferroviaire et les projets de tram-trains. Perspectives avec Claude Martinand, président de RFF.

La Lettre du GART : Vous avez déclaré récemment vouloir contribuer à l'objectif du gouvernement de doubler le fret ferroviaire en dix ans...
Claude Martinand : Ce qui consiste en réalité à maintenir la part de marché actuelle du rail, alors que le fret autoroutier doublera dans le même temps.
Nous sommes devant un véritable problème culturel : le fret ferroviaire, qui est dans une spirale de déclin depuis 1974, n'a jamais bénéficié en France d'une attention suffisante. Si le quart de l'intelligence consacrée au TGV l'avait été au fret, nous n'en serions pas là. Aujourd'hui, nous sommes à un tournant : soit on engage une vraie rupture, en provoquant un changement structurel profond, soit on ne fait rien. À chacun de prendre ses responsabilités.

Mais si vous accordez la priorité au fret, qu'advient-il des projets de tram-trains et du développement des lignes régionales voyageurs ?
Lorsque des infrastructures existent, il serait dommage de ne pas les utiliser pour les transports collectifs. Mais il est nécessaire d'avoir une vue d'ensemble et les élus doivent s'intéresser au fret pour parvenir à un équilibre. Prenez la liaison Dijon-Metz par exemple : d'un côté, vous avez quatre trains de voyageurs par jour et de l'autre 120 trains de marchandises. Mais ce sont les premiers qui ont la priorité de sillons.
Si les projets de tram-trains concernent des lignes à faible trafic de marchandises, cela ne pose aucun problème. En revanche, la question est plus difficile s'ils touchent à des lignes à fort trafic fret. Quant aux lignes régionales, s'inscrivant dans une stratégie d'aménagement du territoire, le problème relève de la responsabilité des élus et des pouvoirs publics.

Sans que RFF intervienne ?
Si, bien sûr. Aujourd'hui, le système ferroviaire est multipolaire. Avec la SNCF, les régions et RFF, il y a dorénavant pluralisme de l'expertise et possibilité de débat sur les grands choix. Ensemble, nous pouvons élaborer des projets, ce qui est une démarche positive.
Mais avant de faire des investissements, il faut essayer de mieux utiliser ce qui existe, de mieux l'exploiter et de bien l'entretenir. Pourquoi se lancer dans un projet à deux milliards de francs - le milliard étant souvent l'unité de compte retenue - alors que l'on peut parvenir à l'essentiel des résultats avec 300 à 500 millions ? Avant de vouloir gagner quelques minutes sur un trajet - et l'on sait que le coût de la minute gagnée augmente de façon exponentielle - ne faudrait-il pas connaître le nombre de voyageurs concernés ? Réfléchir à l'utilisation de matériel roulant réversible ? Il faut combattre à la fois le perfectionnisme technique et la fascination exercée par l'investissement à inaugurer.

À propos d'investissements, certains élus craignent de payer deux fois, via l'investissement et les péages. Hors frais financiers de la dette héritée, les péages perçus par RFF couvrent moins de la moitié des coûts d'entretien et d'exploitation du réseau. La contribution de RFF à un investissement de développement ne doit pas dégrader ses comptes et résulte donc soit des économies de gestion soit des gains de recettes qu'il lui procure. Donc plus les péages sont faibles, plus l'autofinancement est limité et plus le besoin de financements publics est élevé.
Aucune collectivité territoriale ne peut payer deux fois (en investissement et en fonctionnement) pour la même chose, puisqu'en réalité elle ne contribuera que pour la moitié au plus de chacun de ces coûts. Le choix des élus est donc simple : payer en capital ou en annuités.
Cela étant, je reconnais que la tarification actuelle n'est pas satisfaisante : dans la mesure où elle a été conditionnée par celle de l'Ile-de-France, le coût de réservations des sillons en province est élevé dans les zones saturées. Mais pour d'autres lignes, le coût est actuellement dérisoire. Au total, je précise que les péages pour les lignes régionales représentent 800 MF, soit 4 % du coût de fonctionnement du réseau.
Si nous arrivons à dissocier l'Ile-de-France de la province, nous pourrons parvenir à un niveau de tarification plus satisfaisant. Cela devrait nécessiter quelques mois de discussions, mais rien ne sera fait avant la généralisation de la régionalisation.

Mode de Proximité
Un espace pour les rollers

Sur les trottoirs, les pistes cyclables et la chaussée... Les rollers font de plus en plus partie du paysage urbain et revendiquent un statut pour ce qu'ils estiment être un mode de déplacement. Lequel ?
A défaut de chiffre officiel sur le nombre de pratiquants, on peut relever que les fabricants de patins tablent sur un marché, à moyen terme, de 3,5 à 4 millions de personnes. À titre de comparaison, l'Allemagne en serait déjà à 5 millions d'adeptes.
Ce qui semblait n'être qu'un phénomène de mode se révèle devenir un véritable mode de déplacement urbain. Le diagnostic réalisé en juin 1998 dans le cadre de l'élaboration du PDU d'Ile-de-France prend ainsi acte de cette évolution, en qualifiant de "performante et intermodale" la nouvelle pratique des rollers. Franchissant une nouvelle étape, l'avant-projet du PDU, publié en avril 1999, met au rang des actions à engager la promotion des rollers, au même titre que la marche à pied et le vélo. Une promotion qui doit passer par la définition d'un "statut réel" permettant aux pratiquants "de trouver une place dans le partage de l'espace public".

Inconnus et interdits
Actuellement, les rollers existent par défaut, si l'on peut dire. Etudiant à l'ENTPE et auteur d'un rapport de fin d'études sur le sujet*, Florent Parisot note "qu'à aucun moment n'apparaît dans le code de la route une quelconque information" sur ceux-ci. Seul point de repère, une réponse ministérielle à une question du Sénat, le 30 novembre 1987 : "les patins à roulettes ne sont pas considérés comme une moyen de transport mais comme un jeu qui nécessite une autorisation préalable dans le cadre d'une course ou d'une épreuve sportive". En conséquence de quoi, les rollers "sont assimilés à des piétons", donc soumis aux articles R217 à R219-4 du code de la route.
Au plan local, les situations sont variées. À Grenoble, par exemple, un arrêté du 14 novembre 1994 interdit l'usage des patins sur toutes les voies publiques, y compris les trottoirs. Mais dans les faits, remarque Florent Parisot, "la pratique est tolérée". À Lyon, l'arrêté municipal est d'interprétation plus ambiguë : la pratique de jeux tels que le patin est interdite dans la rue "lorsque, compte tenu des circonstances de temps et de lieux, ils sont de nature à compromettre la sécurité et à gêner la circulation des piétons et des véhicules".

Statut spécifique
Face à cela, l'association Roller Squad Institut (RSI) a pris l'initiative, en 1998, de créer un groupe de travail pour fixer les bases d'un statut. Associant des représentants des ministères des Transports, de l'Intérieur et de la Jeunesse, de la Préfecture de police de Paris et du CERTU, ce groupe doit publier à la fin de l'année un Livre Blanc. Son objectif, selon Nicolas Wiplier, du CERTU : "sensibiliser les collectivités locales et les pouvoirs publics sur ce mode de déplacement".
Ni piéton, ni cycliste, mais roller : c'est un statut spécifique que souhaitent les pratiquants, déterminant les espaces utilisables. En premier lieu, explique Serge Rodriguez, l'un des responsables de RSI, ils veulent pouvoir rouler sur les trottoirs, "à l'allure au pas" : "nous ne voulons pas représenter un danger pour les piétons mais montrer que le roller est un mode citoyen de déplacement".
Ils souhaitent également pouvoir emprunter les pistes cyclables, ce qui suppose deux conditions pour les futurs aménagements "car nous ne demandons pas aux collectivités de refaire les infrastructures actuelles" : un revêtement lisse et une largeur de 1,60 m, une demande partagée par les associations de cyclistes, selon Serge Rodriguez, "pour pouvoir mieux gérer les dépassements".
Quant à l'utilisation de la chaussée, elle pourrait être "réservée à ceux qui possèdent bien la technique". Reposant sur le "comportement citoyen" des rollers pour respecter les règles de sécurité, ce sera sans doute l'un des points les plus difficiles à négocier, convient le représentant de RSI. Un comportement que l'association
a promu lors de la Semaine du transport public en organisant, avec l'appui du conseil régional d'Ile-de-France, un "atelier d'évaluation de La technique roller" en milieu urbain. C.G.
*"Les rollers, mode... de déplacement", Florent Parisot, Collections du CERTU, octobre 1998

L'Ile-de-France rejoint le GART
Nouvel adhérent "capital" pour le GART : la région Ile-de-France a choisi de rejoindre les 198 autres adhérents en juillet dernier. Parmi les adhésions récentes, figurent également deux départements, le Finistère et le Lot.

Dominique Bussereau entre au conseil d'administration
Le député et délégué aux transports du conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, a fait son entrée au sein du conseil d'administration du GART. Également président du PREDIT, il occupe désormais l'un des sièges réservés aux élus départementaux.

Disparition d'Annie Brown
Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès d'Annie Brown. gée de 51 ans, elle était adjointe au maire déléguée à la communication et au transport de la ville d'Acigné et déléguée transport du district urbain de l'agglomération rennaise. À la fois passionnée par les transports et militante des droits de la femme, elle présidait l'association "Femmes en mouvement, les transports au féminin". Nous adressons nos condoléances les plus sincères à ses proches.

TRANSPORT-EXPO 99 : l'événement français
La plus grande exposition française jamais organisée sur les transports publics et les déplacements aura lieu du 24 au 26 novembre 1999, au Parc des expositions de Mulhouse. TRANSPORT-EXPO 99 sera l'un des grands événements des XVIIe Rencontres du Transport Public. Avec 13 000 m2 d'exposition, TRANSPORT-EXPO accueillera 130 exposants français et étrangers. On y attend près de 3 000 visiteurs en tout.

TCSP info - TCSP info - TCSP info

  • Le second tronçon de la ligne 2 du VAL de l'agglomération lilloise a été inauguré le 18 août. Ces 12,4 kilomètres de métro automatique permettent de relier Mons-en-Barul à Tourcoing-centre en 21 minutes. Équipé du nouveau Val 208, le métro de Lille en est à sa troisième phase de développement. Celui-ci se poursuivra avec une extension de 3,6 kilomètres de la ligne 2 en 2000.
  • Les travaux ont commencé dans l'agglomération de Rouen pour la réalisation de TEOR (Transport est-ouest rouennais), un bus essentiellement en site propre. Ce démarrage a été déclenché par la déclaration d'utilité publique qui est intervenue le 12 juillet dernier. Les 26 kilomètres de TEOR devraient être achevés fin 2000.

Prix ADEME-GART 1999
L'agglomération lilloise vainqueur

Le Prix ADEME-GART 1999, consacré à la "Citoyenneté et au respect des règles" dans les transports, a été attribué à Lille métropole communauté urbaine et au Syndicat mixte d'exploitation des transports en commun de la communauté urbaine de Lille (SMTC) pour un ensemble d'actions menées depuis plusieurs années tant dans le domaine de la sûreté dans les transports publics, que dans celui de la sécurité routière. Ces actions ont permis un recul généralisé de l'insécurité et de la fraude.
Devant faire face à une baisse de la fréquentation résultant d'un sentiment d'insécurité, le SMTC de la communauté urbaine de Lille a engagé un Contrat local de sécurité (CLS) spécifique aux transports en commun, qui a abouti à la création d'emplois-jeunes (204 fin 1999).
Les résultats ont été remarquables :
- 65 % de délits en quelques mois. Simultanément, la fréquentation a augmenté de 3,3 %.
Deux Prix spéciaux du Jury sont attribués au district de l'agglomération de Montpellier et au Syndicat intercommunal pour l'organisation des transports collectifs de l'agglomération stéphanoise (SIOTAS).
Le district de l'agglomération de Montpellier reçoit un prix spécial du jury pour ces actions de lutte contre la fraude, ainsi que de prévention et de sécurisation des transports collectifs.
Le SIOTAS reçoit également un prix spécial du jury pour le développement de la présence humaine et des partenariats. L'attention s'est particulièrement portée sur les salariés destransports publics au niveau de la formation et de la prise en charge des victimes d'agression.


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