[Anciens numéros]

Juillet-août 1999

 LA LETTRE DU GART  

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"La ville doit faire société"

"Y'a de plus en plus de quartiers avec des différents niveaux sociaux, on ne mélange plus les gens". Cette réflexion d'une jeune femme illustre bien l'un des principaux enseignements que l'on peut tirer du débat Gayssot "Habiter, se déplacer... vivre la ville". Le cloisonnement entre les différentes catégories de population dans la ville est constaté et regretté par les personnes interrogées. Cette rupture du lien social concerne aussi bien les relations entre les catégories sociales, les communautés, les générations que la séparation des activités.
La ville européenne traditionnelle, compacte et dense, est plébiscitée, contre un modèle américain de ville étalée, éclatée, créatrice de ségrégation en tout genre. Partout le constat est le même : la ville doit mélanger la population et éviter les ghettos. "La ville doit à nouveau faire société" comme cela a été dit à Perpignan.
C'est d'abord une mixité résidentielle qui est réclamée. Le retour du logement social ou bon marché en centre-ville induit le retour des jeunes, des classes moyennes et des communautés immigrées.
Mais c'est aussi une mixité conviviale qui est souhaitée, des occasions pour les gens de faire connaissance, de partager des goûts communs.
Le lieu de rencontre par excellence est bien sûr le centre-ville. Il est perçu comme un bien commun que tous les habitants de l'agglomération doivent partager. Mais, à leur grand regret, les lieux propices aux rencontres disparaissent : les commerces, lieux où se pratique naturellement le brassage de la population tout comme les animations sportives et culturelles, sont délocalisées vers la périphérie.
Dans cette ville idéale, les citadins réservent un rôle clef aux transports publics. Ils estiment que l'on ne peut plus laisser la voiture envahir la ville. La saturation des centres-villes contribue à la rupture du lien social : manque de convivialité, inconfort et sentiment d'insécurité créés par l'afflux de véhicules. Au contraire, les transports publics sont plébiscités pour relier les quartiers isolés, permettre à toutes les catégories de se déplacer et constituer un lieu de rencontre et de mélange social et générationnel.
L'urbanisme, l'habitat et les transports sont les clés de ce lien social à recréer. Pour reconstruire la ville à l'européenne, l'agglomération est pour tous l'entité la mieux placée : gérer les compétences en matière d'urbanisme d'habitat et de transports, et surtout gérer la bonne cohérence entre les trois. Si les erreurs commises dans le passé sont identifiées, la plupart des solutions le sont aussi. Les ateliers ayant suivi les débats concluent à l'utilité d'une autorité commune sur le territoire de l'agglomération, avec des ressources nouvelles et adaptées. Le rôle de l'État est également reprécisé, en tant que partenaire et en tant que porteur d'un discours incitatif à la re-fondation de la ville.

Marché
Opérateur anglais cherche service public en France

Depuis quelques années, le groupe Southern Vectis cherche à s'implanter en France. Stuart Linn, PDG du groupe, s'explique. Après "l'Europe du rail pour la CGEA" (LDG n° 127/fév. 97), La Lettre du GART publie une nouvelle interview concernant une stratégie de groupe sur le marché des transports publics européens, celle de Southern Vectis (Royaume-Uni) : 450 personnes, 185 véhicules urbains/interurbains, exploitant aussi bien des lignes régulières bus et cars que des services touristiques.

La Lettre du GART : Que représente pour vous la délégation de service public telle qu'elle est pratiquée en France ?
Stuart Linn : Vue de l'autre côté de la Manche, elle ressemble plus à un droit à exploiter un monopole qu'à une mise en concurrence réelle. En Allemagne et en France, je n'ai pas l'impression que les réseaux changent d'exploitant très souvent. Tandis qu'au Royaume-Uni, où la concurrence existe, les opérateurs sont obligés d'innover constamment s'ils ne veulent pas perdre leurs lignes ou réseaux au profit d'un concurrent. Cela permet d'offrir un service à des fréquences et des tarifs raisonnables tout en réduisant fortement - 30 % est un chiffre que l'on rencontre fréquemment - la participation des collectivités locales concernées.

Quelle est le degré d'intervention de l'autorité organisatrice de l'Ile de Wight où votre groupe est très actif ?
Stuart Linn : Dans l'Ile de Wight, Southern Vectis dessert l'ensemble des villes et villages 7 jours sur 7 avec des fréquences au quart d'heure ou à la demi-heure dans la journée et à l'heure en soirée et le dimanche (deux heures jusqu'en début de soirée du lundi au samedi pour les hameaux et villages les plus reculés). De plus, avec le programme "Youth Mover", les jeunes de plus de 14 ans peuvent voyager gratuitement après 17 heures et à demi-tarif le reste de la journée pour faciliter leur accès aux centres de formation et aux équipements sportifs et de loisirs. Et pourtant, la contribution publique n'est que de 30 % des coûts et couvre essentiellement les tarifs réduits pour les scolaires et les personnes âgées. Le restant, soit 70 %, provient des recettes tarifaires. Les quelques autres opérateurs qui desservent l'île, acceptent notre billetterie et nous, nous intégrons leurs horaires et trajets dans notre propre guide horaire.
À mon sens, le succès de ce réseau est surtout dû à la relation étroite entre Southern Vectis et l'autorité de transports du Comté qui, outre les tarifs, a son mot à dire sur la configuration, le type et les horaires de desserte des services subventionnés par lui. Des services dont les contrats sont régulièrement remis en concurrence.

Quelles sont vos contraintes finalement et pour quelle efficacité ?
Stuart Linn : Au Royaume-Uni, la contrainte est surtout financière et le service est obligatoirement axé sur le client plutôt que sur le produit. Ce qui implique une forte motivation des conducteurs et des autres employés de l'entreprise, sans laquelle aucun opérateur ne peut espérer être efficace, tout en offrant un service et des tarifs intéressants. Dans l'Ile de Wight, nous avons changé nos méthodes de travail, dépôt par dépôt, avec les employés et les syndicats. Les conducteurs peuvent soit travailler 4 longues journées et avoir des week-ends de 3 jours qui sont très populaires, soit étaler un temps de travail et des services plus courts sur 5 jours. Les deux systèmes cohabitent très bien et ne réduisent en rien la performance du service.
Que pensez-vous pouvoir apporter de nouveau en participant aux appels d'offre lancés en France ?
Stuart Linn : Le groupe Southern Vectis a prouvé qu'il savait offrir un bon service au moindre coût. Nous sommes prêts à travailler en ce sens avec les autorités organisatrices et dans le cadre des contraintes françaises ou à jouer auprès d'elles un rôle de conseil en matière de conception, de gestion ou d'organisation des réseaux et de leur exploitation. Sans oublier notre savoir-faire en matière d'information de la clientèle qui me semble essentiel pour accroître la fréquentation des réseaux de transport public. Il y a cinq ans, nous avons mis à la disposition des voyageurs, des autres opérateurs et des institutions "Xephos", système informatique multimédia et multimodes, qui couvre maintenant l'ensemble des 16 000 communes de Grande-Bretagne. Sur simple interrogation, il permet d'obtenir, par lieu de départ et d'arrivée, le trajet le plus rapide ou le moins cher, avec le moins de rupture de charge que ce soit par bus, car et/ou en train, durées de transport, horaires, correspondances et tarifs compris. F. L.

PDU
Communiquer pour mieux se concerter

Une concertation* réussie est indispensable au succès d'un PDU. Mais comment communiquer sur ces enjeux complexes et difficiles d'accès pour un public large ?

"Il faut être à la fois dissuasif et persuasif". Cette observation d'un participant à une réunion publique de Grenoble sur le PDU, résume bien le double objectif "contradictoire" de la communication autour des PDU. Persuasif pour augmenter l'usage des transports collectifs et des modes doux (vélo, marche), dissuasif pour limiter le mauvais usage de la voiture en ville (vitesse, stationnement). Loi sur l'air oblige.

Faire comprendre les enjeux...
Mais avant tout, il faut être informatif ! Premier défi : la complexité. Particulièrement complexe pour le profane, le PDU impose de nombreux efforts de vulgarisation. Aussi, certaines agglomérations prennent-elles le parti de simplifier le plus possible l'information PDU, en la plaçant dans un univers imaginaire et "doux" évoquant des modes et cadres de vie agréables (Lyon, Ile-de-France). Dans ces cas-là, le PDU est évoqué par des visuels naïfs, proches de la bande dessinée, les documents trop techniques sont écartés (cartes, graphiques). À Rennes, l'Hermine, un personnage "BD" bien connu des rennais (il les informe sur les chantiers du district) présente les principaux objectifs du PDU et délivre des informations pratiques. D'autres agglomérations préfèrent utiliser cartes et graphiques pour montrer les évolutions attendues et sensibiliser les publics aux efforts à réaliser (Bordeaux, Caen). À Grenoble, l'approche visuelle du PDU se veut originale. Un univers onirique et coloré composé d'insectes et de végétaux (coquelicots, grenouilles, papillons...) donne un aspect ludique et dynamique aux plaquettes présentant le PDU. Informations techniques, chiffres et cartes laissent place à l'imaginaire et au "retour à la nature".
Second défi : la crédibilité. De ce point de vue, l'investissement personnel des élus est essentiel pour la réussite du PDU. Leur présence dans les réunions publiques est attendue, elle contribue à faire venir les habitants et à crédibiliser le projet. Lors de ces réunions, il est utile d'enregistrer les observations des habitants et de les diffuser, ce qu'ont fait Lyon et Caen dans leur lettre externe d'information sur le PDU. Ainsi, la parole des habitants est mise au niveau de celle des porteurs du projet et une relation de confiance peut s'établir. Confiance d'autant plus importante que c'est lors de ces rencontres publiques que l'on touche les fameux "relais" (présidents d'associations, commerçants...) qui diffusent ensuite l'information dans la collectivité.

...de manière claire et ludique
Dernier point crucial : la proximité. Comment atteindre toutes les personnes concernées ? Une large gamme d'outils de communication permet d'assurer une information claire et continue : site Internet, affichage (souvent dans le réseau de transport), annonces dans la presse... L'outil central reste toutefois l'exposition qui fait événement et présente en détail le projet. Elle peut tourner dans les villes de l'agglomération (expo dans les bus), implantée si possible dans un lieu public très fréquenté (place Bellecour à Lyon, devant la Fnac à Caen). Les mairies et centres administratifs sont également choisis, mais la fréquentation de l'exposition y est en général moins satisfaisante... Pour de nombreuses agglomérations, la Semaine du transport public, très médiatisée, sera le moment le plus propice au lancement de leur communication PDU. Moment stratégique puisqu'il précèdera, dans la plupart des cas, celui de la concertation "obligatoire" : l'enquête publique. M. H.

* La concertation sera le thème du prochain congrès du GART - 24/26 novembre 1999, XVIIe Rencontres du Transport Public, Mulhouse "Pour améliorer les déplacements : réussir la concertation".

Commissions d'enquête publique : nouveau coup d'éclat, nouveau désaveu


L'actualité se montre particulièrement ironique à l'égard des commissions d'enquête publique en charge des projets de transports en commun en site propre (TCSP). Alors que la commission d'enquête chargée de rendre un avis d'utilité publique sur le projet de TCSP de Maubeuge-Val de Sambre se prononçait défavorablement, le Conseil d'État désavouait un autre avis défavorable pris en 1998 sur le projet de Caen.
À l'heure où le projet de Maubeuge se voit momentanément freiné, celui de l'agglomération caennaise repart. Le Syndicat intercommunal du Val de Sambre devra le soumettre en recours au Conseil d'État, avec de bonne chance de le voir approuvé.
En effet, un an après que la commission d'enquête en charge du dossier caennais ait émis un avis défavorable, le Conseil d'État a validé le projet de tramway sur pneu de Caen. La commission d'enquête, qui fut alors très critiquée pour être sortie du cadre de ses compétences, a donc été désavouée par les "sages".
À Maubeuge, la commission a également outrepassé son rôle. Le rapport des commissaires enquêteurs révèle une subjectivité évidente et une méconnaissance profonde du sujet. En effet, la commission se prononce non pas sur l'utilité publique du projet de site propre bus du Val de Sambre, mais sur l'utilité même des transports publics. Les commissaires enquêteurs concluent que les usagers des transports publics pollueraient moins s'ils utilisaient une voiture individuelle. Parti pris ou méconnaissance, il apparaît que la commission d'enquête ignore ostensiblement la loi sur l'air. Le projet est considéré comme nuisible pour la circulation automobile !
Entre autres négligences, des erreurs grossières apparaissent parmi les chiffres cités. Plus alarmant du point de vue de la démocratie, on remarque également que certains registres des avis rendus par la population ne sont pas pris en compte et que la pétition à en tête de la CGT n'est pas comptabilisée.
Devant des conclusions aussi contestables, le GART a immédiatement réagi en demandant de nouveau aux autorités compétentes, particulièrement à Dominique Voynet, de revoir le fonctionnement des commissions d'enquête qui mettent régulièrement en danger le développement des transports publics en France. Le cas de Maubeuge démontre l'urgence qu'il y a d'agir pour mettre fin à des dérives inadmissibles et pour redonner un sens à la démocratie locale.

EOLE : le raccourci est-ouest en Ile-de-France


Est-Ouest Liaison Express, EOLE, est depuis le 12 juillet dernier la 5e ligne de RER en Ile-de-France.
Deux branches seront desservies par la SNCF Ile-de-France dès la fin de l'été : l'une vers Chelles-Gournay, l'autre vers Villiers-sur-Marne/Le Plessis-Trévisse. Cette seconde partie devrait faire l'objet d'un futur prolongements vers Tournan.
La principale particularité d'EOLE est de ne pas créer de nouvelles dessertes. En revanche, elle relie l'Est parisien au cur de Paris en un temps record. Le gain de temps pour les usagers des trains de banlieue Paris-Est peut aller jusqu'à 20 minutes. L'autre motivation pour la construction de cette ligne est le soulagement du très chargé RER A. Grâce à la correspondance à Val de Fontenay, une partie des usagers de la ligne A devrait se reporter sur la nouvelle ligne E.
Nouvelle ligne, nouvelles gares. Deux grands pôles ont été construits, la gare Magenta, située entre la Gare du Nord et la Gare de l'Est et la Gare Haussmann-Saint-Lazare, au cur du centre d'affaires qui va du RER A Auber à Saint-Lazare en passant par les grands magasins du Boulevard Haussman. Spécialement étudiées pour devenir de grands pôles d'échanges RER-métro-bus, elles ont été agencées de manière à canaliser la circulation des voyageurs et à assurer confort et sécurité de part leur éclairage et leur acoustique.
Mais EOLE, c'est aussi un nouveau matériel roulant, le MI2N (Matériel d'Interconnexion à 2 Niveaux) aménagé en trois zones, en fonction de la durée du voyage. Les larges portes de 2 mètres sont conçues pour laisser passer un flux important de voyageur à la descente et à la montée. L'accessibilité de ce véhicule, comme celle des gares, a été particulièrement soignée. EOLE aura coûté près de 8 milliards de francs (1,21 million d'euros), dont 42 % ont été apportés par la région Ile-de-France.


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