[Anciens numéros]

Juin1999

 LA LETTRE DU GART  

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Une tension extrême

C'est dans un climat de grande tension chez les agents des transports publics, qu'est intervenue l'annonce du décès d'un agent de station de la RATP, à la suite d'un contrôle sur des vendeurs à la sauvette. Le sentiment d'insécurité, de peur de l'agression est depuis quelque temps très vif parmi les personnels les plus exposés, conducteurs et vérificateurs.
Pour preuve, les conclusions de l'enquête faisant état d'un décès accidentel, sans trace de violence, n'ont pas suffi à faire retomber l'émotion et la mobilisation. Les 70 000 agents des transports publics urbains ont été touchés en plein cur, et si pour eux le doute persiste sur les causes du décès, c'est qu'ils vivent cette peur d'une agression grave comme une épée de Damoclès au-dessus d'eux.
Si l'on compte 1,26 agression sur le personnel pour 1 million de voyages en 1998, ce qui progresse le plus nettement c'est le sentiment d'insécurité. Il est facile d'imaginer ce qu'ont pu penser les agents parisiens, marseillais, lyonnais et lillois qui ont arrêté le travail : "et si c'était moi ?".
Pourtant, personne n'est resté les bras croisés face à l'insécurité :
o le Gouvernement et le Parlement qui ont porté et voté un projet de loi aggravant les sanctions pour les agresseurs d'agents des transports publics.
o Les collectivités locales qui ont, à travers les contrats locaux de sécurité, mobilisé les acteurs essentiels de la lutte contre l'insécurité : police, magistrature, éducation nationale, associations, organismes HLM... Actuellement, les 9/10ème des CLS comportent un volet transport, 6 y sont même spécifiquement consacrés (Dijon, Grenoble, Lille, Lyon, Rouen, Valence). Ces partenariats visent en premier lieu à prévenir les actes d'incivilité ou de violence auprès des jeunes, à renforcer la présence dissuasive, mais aussi à faciliter le dépôt de plainte et la comparution immédiate. Pour qu'une violation de la loi dans les transports ne reste pas impunie.
o Les entreprises de transports ont, quant à elles, choisi de renforcer la formation du personnel et surtout de réagir à chaque agression en déposant une plainte systématiquement et en se portant partie civile dans 80 % des cas (chiffres UTP).
o Le GART a choisi, pour sa part, de travailler non pas en situation de crise mais à froid sur la durée. Un groupe de travail permanent sur la sécurité a été constitué et étudie les problèmes de violence avec les autorités organisatrices, associations d'élus, organisations syndicales, transporteurs et les services de l'État.
La grande émotion des agents des transports publics confirme la nécessité de poursuivre sans aucun relâchement les efforts réalisés. Pour qu'aucun d'entre eux ne devienne le martyr de cette profession essentielle, qui permet chaque jour à des millions de Français de se déplacer.
Jacques Auxiette, président du GART


Trafic
Londres : une révolution douce...

Dans la City de Londres, temple de la finance européenne, la circulation automobile de transit a été fortement réduite au profit des piétons, des transports publics et... des automobilistes qui ont leur destination dans ce quartier. Petite histoire d'une expérience qui s'étend à d'autres "boroughs" londoniens.

Le célèbre "square mile" financier de Londres est le plus petit et le moins peuplé (6 000 habitants sur 6,7 millions) des 33 arrondissements de la capitale britannique, mais il pèse lourd dans l'activité économique du pays : 20 milliards de livres par an. L'accessibilité automobile y joue un rôle vital pour les livraisons, la messagerie, les services de maintenance et pour les visiteurs professionnels, mais congestion et pollution y étaient devenues chroniques. Et pourtant, plus de 90 % des 250 000 pendulaires s'y déplaçaient déjà tous les jours en transport public.

Des moyens éprouvés
La City*, collectivité territoriale indépendante, a donc mis en place, il y a cinq ans, un système de limitation de la circulation automobile très sélectif, destiné à réduire le trafic de transit dans l'hypercentre. On cherche, par un système de retards cumulés aux feux de carrefour, à détourner le trafic de transit et à l'inciter à rester sur une boucle de contournement où la circulation a été rendue plus fluide. Contrainte sévère : il ne fallait sous aucun prétexte que les automobilistes ainsi découragés se dispersent dans les petites rues des arrondissements limitrophes, ce qui n'aurait fait que déplacer le problème.
À partir de la boucle de contournement sur laquelle la capacité a été accrue de plus de 20 %, le nombre de points d'accès à l'hypercentre a été fortement réduit et les cycles de rouge aux feux de carrefour rallongés pour les automobilistes entrants. De plus, la capacité des rues de l'hypercentre a été fortement réduite par des fermetures de rues, par des sens uniques, par des cycles de feux à priorité piétonne... de manière à rendre les trajets de transit beaucoup moins attrayants.

Un espace public requalifié
L'espace public dans l'hypercentre a été requalifié, avec des aménagements favorables aux piétons et aux cyclistes. Et surtout, les transports publics (et les taxis) ont bénéficié de mesures de priorité très importantes : accès réservés à partir de la boucle de contournement, priorités aux feux, sas "bus" aux carrefours et aménagement d'un réseau de voies prioritaires bus continues. Des rues perpendiculaires à ces couloirs et sites propres bus ont même été fermées pour limiter le nombre de croisements et permettre un fonctionnement optimal de ces voies réservées. Elles s'insèrent dans un réseau qui comportera, à Londres intra muros, 700 km d'itinéraires bus prioritaires à l'horizon 2000-2002, dont la moitié a d'ores et déjà été réalisée. Depuis 1994, 12 millions de livres d'argent public sont consacrés annuellement à ce réseau, tandis que le stationnement illégal est plus sévèrement réprimé avec des contraventions qui se renchérissent chaque année et au fur et à mesure que l'on se rapproche du centre de l'agglomération.

Résultats
Si le volume total de trafic entrant dans la City est resté stable - 250 000 véhicules/jour - quelque 40 000 véhicules n'entrent plus dans l'hypercentre et, selon les comptages réalisés, ne débordent pas non plus sur les quartiers extérieurs. Les temps de parcours en bus sont restés les mêmes, sauf sur certains corridors où ils ont été fortement réduits, ce qui a conduit à un accroissement du trafic bus de 20 %. Résultat : la pollution a diminué de 15 %. Les grands gagnants sont les piétons et les automobilistes (surtout pour motifs professionnels) qui ont leur destination dans la zone centrale. L'ensemble du système est si populaire, qu'il est en passe d'être étendu à neuf autres arrondissements autour de la City. Ce qui prouve qu'un objectif clairement affiché, mis en uvre par une combinaison de mesures éprouvées mais systématiquement complémentaires, peut avoir le résultat escompté, si pour le public visé - principalement les entreprises et les résidents - les avantages l'emportent nettement sur les inconvénients. F. L.

* Pour de plus amples informations sur ce système, s'adresser par télécopie à City of London (Borough), fax : 00 44 171 332 1559

Seniors
Un défi à gérer

Réputées imperméables aux nouvelles technologies, les personnes âgées vont être de plus en plus nombreuses dans la population. Phénomène ingérable pour le transport public ?
Réponse : non, mais sous conditions.

En 2010, les personnes âgées de plus de 60 ans devraient représenter 22 à 24 % de la population en France (contre 15,7 % en 1998) et 27 à 33 % en 2030. Pour le transport public, dont la clientèle "seniors" est importante, cette évolution à venir ne peut être, a priori, que pain bénit. Parallèlement, les innovations technologiques occupent de plus en plus le champ de la vie quotidienne, notamment dans les réseaux urbains (billetterie magnétique, distributeur automatique de billets, nouveaux matériels tels que tramways et VAL...). Mais les personnes âgées ont la réputation d'être réservées face à ces innovations, voire réfractaires. Apparemment, le télescopage des deux phénomènes ne devrait pas être simple à gérer.

Nuances
En fait, cela doit être nuancé. Tout d'abord, le vieillissement de la population ne devrait pas être favorable au transport public, affirme Jean-Loup Madre, directeur de recherches à l'INRETS1, en raison de la motorisation croissante des personnes âgées : au début des années 80, 55 % des plus de 65 ans n'avaient pas de voiture ; le pourcentage devrait tomber à 24 % vers 2010. En Ile-de-France, la part de marché des TC chez les plus de 65 ans pourrait ainsi chuter de 44 % en 1980 à 20 % en 2010.
Ensuite, constate Aude Collerie de Borely, chercheur au CREDOC2, les seniors sont "autant réceptifs à l'innovation technologique que le reste de la population, dans la mesure où elle apporte réellement un service nouveau, une amélioration de la qualité de vie". En revanche, ce qu'ils "accepteront de moins en moins", ce sont les "produits inutilement compliqués ou constituant une fausse promesse", précise Bernard Devez, de IDBD Consultance1, sur la base de plusieurs enquêtes et études.
L'innovation technologique devra donc se traduire par des "produits adaptés au niveau de leurs différentes facultés physiques et mentales". Une contrainte nécessaire puisque, selon Danièle Hengoat et Michel Hermelin, chargés d'études à l'IAURIF1, 34 % des plus de 60 ans utilisant les bus ont des difficultés importantes à se tenir debout et 20 % ont une déficience visuelle.

L'humain, toujours
Le nouveau système de billetterie magnétique, Réseau Libertés, mis en place à Marseille a ainsi soulevé plusieurs problèmes pour les personnes âgées, relève Ghislaine Gallenga, de la Maison Méditerranée des Sciences de l'Homme, auteur d'une étude sur le sujet3 : difficultés à introduire les cartes dans les fentes des valideurs, à lire les informations apparaissant sur les écrans des valideurs, à prendre une place libre dès leur montée dans le bus, en raison du temps "perdu" à sortir et valider leur carte...
Ne nécessitant "pas de précision du geste", la validation sans contact permet, elle, de gommer les handicaps d'instabilité et de tremblement, explique-t-on à Valenciennes où le système Transcarte a été institué début 1998. Ici, ce n'est pas tant les personnes âgées qui ont posé problème que la proportion importante d'illettrés dans la population. Les efforts d'explication fait pour ceux-ci ont bénéficié indirectement à celles-là, efforts qui se sont traduits entre autres par le doublement de tous les services conducteurs pendant deux semaines fin 1997 et début 1998.
L'accompagnement humain se révèle ainsi indispensable pour l'acceptation des nouvelles technologies par les seniors. De façon plus large, technicité accrue ne doit pas signifier réduction de la présence humaine. Danièle Hengoat et Michel Hermelin remarquent ainsi que 51 % des plus de 60 ans éprouvent des difficultés importantes pour utiliser les distributeurs automatiques de tickets. Ils en concluent à la "nécessité de maintenir des guichets en station".
Une observation qui va dans le sens d'une étude de l'UTP sur "les seniors et le transport public"4 : avant le fonctionnel, leurs attentes sont avant tout relationnelles. C. G.

1 in "Les Cahiers de l'IAURIF : le défi de l'âge". Volume 1, 4e trimestre 1998 - volume 2, 1er trimestre 1999
2 in "Consommation et modes de vie", lettre mensuelle du CREDOC, n° 124, février 1998
3 in Document d'étape de MIRE-Rencontres et recherches : "Évolutions technologiques, dynamique des âges et vieillissement de la population"
4 Rapport du FIER : "Les seniors et le transport public", n° 25, juin 1998

Parutions

"Voyageurs, marchandises : la ville autrement"


Pour une mobilité durable, un véritable "cocktail de déplacements" doit se substituer à une offre classique de transport. C'est pourquoi, en pleine phase d'élaboration de leur Plan de déplacements urbains (PDU), de nombreuses villes travaillent sur de nouveaux outils, plus souples, mieux adaptés. La journée d'étude du 11 septembre 1998 a permis de faire le point sur ces expériences innovantes de gestion des déplacements urbains tant dans le domaine des voyageurs que des marchandises. Ces actes reprennent l'essentiel des débats, des interventions et des exemples qui ont été développés au cours de cette journée d'étude par des spécialistes des déplacements.
"Voyageurs, marchandises : la ville autrement", 88 p., disponible au GART : 150 F TTC.


"D'autres regards"
Les actes des XVIe Rencontres Nationales du Transport Public qui se sont déroulées à Dijon du 26 au 28 novembre 1997 sont parus. Thème central de ces Rencontres : "D'autres regards". Des urbanistes, sociologues, écrivains et professionnels des transports venus d'autres pays ont participé à ce congrès pour donner un point de vue novateur et enrichissant sur les transports publics français. Les autres axes forts des débats ont été les PDU, alors à leurs balbutiements, et la maîtrise des déplacements ; mais aussi l'innovation technologique et les nouveaux modes de déplacements : le carrefour PREDIT qui a donné la parole aux constructeurs, le débat "Quand le tramway sort de la ville" qui fut le premier grand rendez-vous d'information sur le tramway d'interconnexion, l'atelier "Vélo et transport public", qui a mis en exergue la nécessité de renforcer le couple TC-vélo... Ces actes forment un compte-rendu à la fois épuré et fidèle des débats qui se sont déroulés avec la complicité du district de Dijon, de la ville de Dijon, du département de la Côte d'or et de la région de Bourgogne.
"D'autres regards", 269 p., disponible au GART au prix de 150 francs TTC.

196 adhérents réunis au sein du GART
Le GART enregistre de nouvelles adhésions et rassemble désormais un total de 196 adhérents : 157 agglomérations, 28 départements et 11 régions, de métropole ou d'outre-mer. Parmi les adhésions les plus récentes, on peut citer Tarbes, Gardanne (Syndicat intercommunal des transports urbains du bassin minier de Provence), Sélestat, Le Tampon (Réunion), Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne) et le département de l'Essonne.

 

Le tram-train, projet alsacien de l'année
Jean-Marie Bockel, député-maire de Mulhouse et président du SITRAM, a reçu le prix du projet alsacien de l'année 1999 décerné par Le Nouvel Économiste, pour le projet de tram-train de l'agglomération mulhousienne. Ce prix, organisé dans 5 régions, est décerné à un projet selon les qualités de son concept, sa difficulté de mise en uvre, son caractère innovant et son aptitude à créer ou sauver des emplois.

Le SYTRAL investit dans la billetique-monétique
Le Syndicat mixte des transports du Rhône et de l'agglomération lyonnaise (SYTRAL) a choisi de se doter d'un nouveau système de billettique-monétique à l'horizon 2001. Une carte à puce sans contact rechargeable devrait remplacer les abonnements actuels alors que des tickets magnétiques infalsifiables seraient préférés aux tickets actuels.Cette carte à puce pourrait voir son usage étendu aux transports départementaux et aux trains régionaux comme le souhaite le SYTRAL. L'investissement du SYTRAL s'élève à 220 millions de francs (33,5 millions d'euros), dont 30 millions de francs (4,5 millions d'euros) seront financés par l'État au titre de la subvention des innovations. C'est la société Monétel du groupe Ascom qui a emporté le marché.

Un délai de six mois pour les PDU
Les agglomérations de plus de 100 000 habitants auront jusqu'au 30 juin 2000 pour achever leurs PDU. L'amendement, réclamé par le GART et les Maires de Grandes Villes de France, visant à prolonger de 6 mois le délai de réalisation des PDU, a été adopté le 26 mai au Sénat. Il devrait être repris par l'Assemblée nationale, mi-juin, pour y être définitivement voté. Ce délai supplémentaire permettra vraisemblablement à la plupart des agglomérations concernées d'achever leur PDU dans les temps, d'après les résultats de l'enquête sur les PDU menée par le GART, la DTT et le CERTU en début d'année.



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