[Anciens numéros]

Mai 1999

 LA LETTRE DU GART  

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Du temps pour les PDU

Tous les Plans de déplacements urbains (PDU) sont lancés, mais moins d'un tiers seront approuvés avant le 31 décembre 1999 d'après une enquête DTT-CERTU-GART réalisée auprès de 51 autorités organisatrices (sur les 65 concernées). La majorité des agglomérations n'est donc pas en mesure de respecter les délais prévus par la loi sur l'air, puisque seulement 16 d'entre elles pensent le pouvoir.
À l'occasion du colloque "PDU, des villes à vivre" (organisé par le GART et les Maires de grandes villes de France), qui s'est tenu à Grenoble le 8 avril dernier, le GART a une nouvelle fois souligné que, si le calendrier initial avait été utile pour lancer les PDU, il demeurait aujourd'hui trop étroit. L'État s'étant autorisé un délai supplémentaire pour le PDU Ile-de-France dont il est le maître d'uvre, il serait normal que les autorités organisatrices de province puissent en profiter également. Il "faut donner du temps aux PDU, notamment pour la concertation, a déclaré Jacques Auxiette, président du GART, soucieux de ne pas briser une forte dynamique. Nous ne voulons ni de PDU bâclés, ni de PDU peau de chagrin".
Le ministre de l'Équipement, des Transport et du Logement, Jean-Claude Gayssot, tout en jugeant les résultats des PDU "encourageants et instructifs" - puisque 65 % des autorités organisatrices sont en mesure d'approuver leur PDU avant la fin du 1er semestre 2000 - a pris acte du caractère "peu réaliste" pour certaines agglomérations des délais impartis par la loi sur l'air. "Nous avons engagé, avec ma collègue Dominique Voynet [...], une réflexion à ce sujet qui débouchera dans les tous prochains mois sur une circulaire aux préfets, a-t-il déclaré. [...] Il reste à trouver les moyens, notamment juridiques, d'apporter une réponse adaptée à ces difficultés. Cette circulaire fera naturellement l'objet d'une concertation attentive, et tout particulièrement avec le GART."
Ces réflexions sur l'état et le contenu des PDU interviennent au cur d'un débat national "Habiter, se déplacer, vivre la ville", lancé par le gouvernement en mars dernier et qui connaîtra, avant l'été, un nouveau temps fort à Paris avec une journée de synthèse en présence du Premier ministre. L'enjeu est de taille : il s'agit à la fois de franchir une nouvelle étape dans le développement des transports collectifs, de redéfinir la place du logement social en requalifiant certains quartiers et de "construire la ville sur la ville" pour résister aux tentations de l'étalement urbain.


Exemples
À chacun son PDU

État des lieux à Grenoble, Rouen et Orléans. Trois voies pour les PDU.

Grenoble : développer rocades et transports publics
L'agglomération grenobloise, qui regroupe 23 communes, dépasse les 400 000 habitants. Malgré les 2 lignes de tramway, les grands boulevards du centre-ville voient passer près de 65 000 véhicules par jour : nuisances sonores et pollution de l'air s'aggravent. Les élus de la Mètro (la communauté de communes) ont donc donné au PDU l'objectif premier de soulager le centre, d'une part en transférant le trafic automobile vers des voies rapides extérieures, d'autre part, à plus court terme, en renforçant les transports en commun. Le débat s'est focalisé sur la question du bouclage de la rocade routière autour de l'agglomération qui nécessite de percer un tunnel de 4,5 km sous la Bastille et réclame des études approfondies. Sa mise en service n'interviendrait pas avant 2008. La création d'un nouvel axe est-ouest de transports en commun, (probablement du tramway), l'extension des lignes actuelles et la multiplication des voies réservées et des accès prioritaires pour les bus et trolleybus sont aussi envisagés à une échéance plus proche. Les objectifs chiffrés pour 2010 ? Ramener la part modale de l'automobile de 54 % (enquête-ménages 1992) à 48 %, augmenter celle des transports en commun de 14 % à 17 %, faire passer la part du vélo de 5 % à 8 % et stabiliser celle de la marche à pied à 27 %. Grenoble prévoit l'approbation de son PDU en décembre 1999. Sera-t-il suffisant ? Peut-être pas : "La question du péage urbain mérite d'être sérieusement étudiée", estime Michel Destot, maire de Grenoble.

Rouen : miser sur les TCSP
Le PDU de l'agglomération rouennaise, qui compte 380 000 habitants, ne s'attache pas seulement à réduire le trafic automobile au centre par la cons-truction de voies de contournement mais ose la réduction des capacités des voies ou des vitesses autorisées pour rendre les trajets en voiture moins performants. Un fort accent est aussi mis sur les TCSP. Outre le tramway, dont le projet est antérieur à la loi sur l'air, un réseau de bus en site protégé, TEOR, reliera la ville d'est en ouest : "Il présente l'énorme avantage de pouvoir être entièrement réalisé pour l'an 2000", explique Yvon Robert, maire de Rouen. En ce qui concerne le stationnement, point sensible en matière de PDU, une révision à la baisse des normes plafond du POS dans les zones bien desservies en transport en commun est prévue ainsi que la construction de parcs-relais afin de favoriser l'intermodalité. Pour les modes motorisés, les objectifs chiffrés sont de réduire la part modale de la voiture de 81 % (enquête-ménages 1996) à 76 % en 2010 et de faire passer celle des transports en commun de 15 à 20 %. En terme de pollution, le PDU rouennais est l'un des rares à définir des objectifs précis sur la réduction des oxydes d'azote
(-13 %), des monoxydes de carbone (-22 %) et des particules (-17 %).

Orléans : privilégier les modes doux
L'agglomération orléanaise, qui comprend 20 communes, connaît une forte croissance et approche au-jourd'hui les 250 000 habitants. La création de 2 lignes de tramway est le point fort de son PDU. La ligne Nord-Sud sera ouverte dès septembre 2000 et achèvera l'interconnexion entre les pôles les plus denses de l'agglomération. Pour optimiser l'intermodalité, 6 parcs-relais seront construits sur le trajet à l'attention des automobilistes. Mais aussi des cyclistes, car le développement des modes doux comme le vélo est l'autre point fort : le district d'Orléans prévoit d'affecter 5 MF par an à la mise en place d'itinéraires cyclables homogènes et d'arceaux de stationnement. Côté voirie, 100 000 francs par an seront affectés a son aménagement et, si besoin est, des investissements supplémentaires permettront la création de rocades.
À charge pour les communes de revoir les tarifs de stationnement, de créer des zones 30 en centre-ville et d'aménager plus d'espaces piétions. "Tout en uvrant pour limiter la place de l'auto, il faut aussi parfois construire un parking en centre-ville pour attirer un cinéma Multiplex", conclut le maire Jean-Pierre Sueur pour qui le PDU amène à "gérer des contradictions". La dernière enquête-ménages datant de 1986, il y a peu d'objectifs chiffrés si ce n'est celui de vouloir diminuer de 50 % en 5 ans les accidents graves ou mortels. J. K.


Intercommunalité
Le pouvoir des maires à l'épreuve du PDU

Si les PDU s'appliquent aux agglomérations, ils débordent souvent celles-ci . Quel est en fait le périmètre géographique et politique le plus pertinent pour leur application ? De même, qu'en est-il du pouvoir de police lorsque l'on raisonne au niveau d'une agglomération et non plus dans le cadre de la commune ?

Où commence, où finit l'agglomération ? Où doit s'appliquer le PDU ? Pour la loi, la réponse est claire : le PTU, périmètre des transports urbains, est le périmètre géographique obligatoire des plans de déplacements urbains. En pratique, l'enquête DTT-CERTU-GART sur l'état d'avancement des PDU, indique que la plupart des autorités organisatrices ont fait le choix d'une zone plus large pour faire face au problème de l'étalement urbain. Qu'il s'agisse du périmètre de l'agglomération INSEE, qui correspond mieux au bassin économique, du périmètre du Schéma Directeur, qui intègre les déplacements périphériques au PTU, ou du périmètre du Dossier de voirie d'agglomération (DVA), plus pertinent en terme de déplacements quotidiens... on est face à un ensemble de "PDU à géométrie variable".

Bassins de déplacements
Certaines agglomérations, telles Marseille, Nice ou Tours, couvrent même des territoires composés de plusieurs PTU et donc de plusieurs PDU. Interpellé par le GART sur ce point, Jean-Claude Gayssot a promis d'intervenir pour assurer un minimum de cohérence entre les différents PDU appartenant à une même aire urbaine. Ailleurs, d'autres agglomérations militent pour leur expansion, comme Grenoble qui souhaite créer une Communauté de Transports à l'échelle de la "région urbaine" grenobloise regroupant 157 communes. L'élaboration des PDU met donc en relief les nouvelles frontières de la ville. Mais une fois les orientations définies, encore faut-il être en mesure de les faire respecter. La question du périmètre physique des PDU va de paire avec celle du périmètre d'intervention et de compétence des autorités responsables de transport et des communes. Et la question du pouvoir de police des maires est particulièrement épineuse. "De toute évidence, estime Yvon Robert, maire de Rouen, il y aura, dans certaines agglomérations, des chevauchements de compétences entre les maires des différentes communes. Au stade actuel, tous les élus approuvent les PDU, mais pèsent-ils véritablement le poids de leur décision ? On risque de s'en remettre au préfet pour constater des discordances entre des PDU et des arrêtés antérieurs pris par des maires". Car, avec la loi sur l'air, le PDU a acquis une force juridique qui oblige les autorités responsables de la voirie et de la police de la circulation à prendre des décisions compatibles avec ses orientations. L'aménagement ou le partage de la voirie, la révision des politiques de stationnement, le développement des TCSP, des pistes cyclables ou des rues piétonnes sont autant de sujets sensibles.

Frictions possibles
"Finalement, poursuit Yvon Robert, la police municipale est-elle la plus appropriée pour gérer la voirie ? Une "police communautaire", agissant au niveau de l'agglomération ne serait-elle pas plus efficace ?". Pourquoi en effet ne pas envisager que les pouvoirs de police en matière de circulation et de stationnement soient confiés à des structures intercommunales fortes qui ont déjà en charge l'organisation des PDU (communautés urbaines, communautés d'agglomération ou district) ? Ce sont là des questions qui touchent à la symbolique même du pouvoir du maire, que l'Etat révolutionnaire de 1789 a voulu fort, au-dessus du conseil municipal. L'intercommunalité, largement évoquée pour l'Ile-de-France, apporterait aussi davantage de cohérence aux PDU. "Soyons pragmatique, conclut Yvon Robert, les élus sont peut-être contre ces fusions, mais la population est souvent pour". Le changement semble donc inéluctable. J. K.


Pierre Sansot
Vers une esthétique des transports publiques*

Une ville se dévoile au gré des circonstances de notre vie, au gré de nos aspirations. Il est possible cependant de distinguer sans trop d'artifices quelques formes de sensibilités et d'attentes.

o Le flâneur voudrait rendre hommage à tout ce qu'il rencontre, à tout ce qu'un paysage est susceptible de lui offrir.

o L'errant voudrait trouver place dans la cité mais les signes qu'il déchiffre ne lui paraissent pas très clairs et souvent par suite d'angoisses diffuses, il hésite pathétiquement dans sa démarche.

o Le barbare en veut à la société et à travers la société à la ville qui semble se désintéresser de lui et même le
narguer en affichant une richesse à laquelle il n'a pas accès.

o L'acteur - que ce soit l'urbaniste ou un usager plus ordinaire - voudrait modifier au mieux ce qui constitue le cadre de sa vie. Il arrive que l'urbaniste dans sa volonté de bien faire ne respecte pas le génie des lieux.
Que peuvent attendre des transports publics, les uns ou les autres ?
Le flâneur est souvent un piéton car il est possible de s'attarder, de revenir sur ses pas, d'alterner les cadences en vertu de la lassitude ou de la richesse du spectacle entrevu. Tel n'est pas le cas, semble-t-il, des transports publics même en plein air. Et pourtant c'est en empruntant des bus à des heures creuses (et je ne suis pas le seul à me livrer à cette pratique) que je découvre ou redécouvre Paris. Il me suffit d'emprunter une ligne de bus. Par le fait du hasard, je suis monté dans l'un d'entre eux à la rue Maurice Ravel. J'ai longé la Mairie du XIIe arrondissement, les abords de la Gare de Lyon. Dans le quartier Saint-Paul les rues étant étroites, le véhicule s'est faufilé, il a opéré des slaloms. Puis nous avons abouti à la Place des Victoires, à la Place de l'Opéra. Je me suis gorgé de couleurs, de vibrations.

Flannerie en bus
L'errant a de la peine à trouver des signes rassurants. Le métro peut le déconcerter mais s'il en connaît peu à peu l'usage, il se livrera à une forme de liturgie qui endormira son angoisse. Sur telle ou telle ligne, il récitera l'ordre immuable des stations. Ce peut être : les Gobelins, Censier Daubanton, Place Monge ou encore une des extrémités de Paris : Malesherbes, Perrère, Porte de Champerret.
Il recompose un Paris idéal fait de lignes vertes, violettes, jaunes, rouges, bleues.
Mais rien n'est jamais acquis et à certains croisements du RER, le tournis d'un labyrinthe dont il est difficile de s'évader, la longueur des couleurs, le face à face brutal des quais lui renvoie l'image d'un monde violent et peut-être désespéré. En revanche, lorsque la nuit tombe dans le péri-urbain, la lumière d'un autobus lui signifie que cette portion de territoire n'a pas été abandonnée aux forces du mal. Et dans son naufrage, il aperçoit un signal de la civilisation.

Le barbare en veut à une société dont il a la haine et c'est pourquoi il veut en détruire les manifestations. À défaut de saccager et d'enflammer la ville, il met à mal cabines téléphoniques ou façades mais aussi ces bus qui relèvent d'un public dont il a horreur. Pour que son acte soit plus significatif, il n'hésite pas à cette profanation en présence d'usagers ou de chauffeurs.

L'acteur, aura le souci des transports publics puisque notre liberté et notre confort se reconnaissent à une plus grande maîtrise du temps et de l'espace. Une famille voudra se loger en un lieu où elle dispose de tels moyens de communications. Une banlieue mieux desservie se raccorde à la communauté d'une cité. Mal reliée, elle a le sentiment d'être en quelques sortes larguée.

Nous portons tous ces personnages en nous. Quand l'un d'entre eux nous occupe au détriment d'un autre, notre perception et notre pratique de la ville et des transports publics s'en trouve affectée. De là, la variété et la richesse indubitables de leur manifestation.

* Par esthétique, j'entends la manière dont les êtres et les objets affectent nos sens.

Pierre Sansot a écrit notamment
"Poétique de la ville" - Armand Colin
"Les gens de peu" - PUF
"Les vieux, ça devrait jamais devenir vieux" - Payot


Lien social
Sortir de la conflictualité

"Et si les conflits dans les transports n'étaient pas une fatalité ?". Tel est le titre de l'étude menée par Jean-François Révah pour Trans/formation, une société du groupe Bernard Brunhes*, et qui a reçu un prix de l'innovation du PREDIT en mars dernier. Interview d'un psychosociologue qui explore de nouvelles pistes.

La lettre du GART : Selon-vous, la défense des acquis sociaux ne suffit pas à expliquer les conflits récurrents qui touchent les transports publics. La solitude, liée à l'exercice des métiers de conduite, constitue une cause plus profonde. Quels en sont les mécanismes ?
Jean-François Révah : Quels que soient les modes de transports (routier, ferroviaire, aérien) tous les acteurs se plaignent en effet de la solitude. Mais, paradoxalement, il semble que chacun y trouve son compte. Premier paradoxe : cette solitude est transformée en isolement par le fonctionnement organisationnel des entreprises. L'encadrement, qui rencontre de réelles difficultés à manager des hommes dispersés dans le temps et dans le territoire, finit souvent par se satisfaire de cette situation : "Diviser pour mieux régner", c'est presque un réflexe face à une population qui peut mettre en péril les stratégies de la direction, et ainsi les agents de con-duite ne risquent pas de "contaminer" d'autres catégories professionnelles. Deuxième pardoxe : les agents de con-duite réagissent à cet isolement en en ra-joutant eux-mêmes. La solitude est d'abord, parfois, vécue comme quel-que chose de positif car elle permet de "ne pas avoir le chef sur le dos", mais elle finit par mettre les conducteurs à l'écart des autres groupes et devient facteur d'exclusion. Enfin, dans la mesure où il permet de continuer à mettre en avant la pénibilité des conditions de travail, cet isolement devient un formidable argument de négociation.

LDG : Cette solitude a toujours existé dans ces professions, en quoi est-elle plus durement ressentie aujourd'hui ?
J.-F. R. : Les conséquences en sont devenues plus graves depuis l'arrivée de l'informatique et de l'automatisation qui contribuent à déstabiliser leur identité professionnelle. Dans les transports urbains, les Systèmes d'aide à l'exploitation (SAE) sont toujours plus nombreux et, si le repérage par satellite des autobus permet par exemple de mieux gérer les flux et d'accroître la sécurité, les conducteurs ont le sentiment d'avoir un "fil à la patte", de ne plus vraiment être maîtres à bord de leur véhicule.
Plus largement, les agents de conduite ne savent plus s'ils sont les héritiers des Mermoz, des gueules noires ou des traminots d'antan, ou bien s'ils sont devenus de simples automates, des machinistes... Héros ou robots ? Les métiers de conduite font partie de ces professions très contrastées dans l'image qu'elles donnent. Et lorsqu'on touche à l'identité professionnelle, il en découle une foule de comportements difficile à maîtriser.

LDG : Alors quelles solutions pour sortir de la conflictualité ?
J.-F. R. : Il faut reconnaître davantage le professionnalisme des agents de conduite. On dit d'eux qu'ils sont "les ambassadeurs, la vitrine, le premier contact avec le client", il est grand temps de les aider à mieux gérer l'accueil des clients et les situations conflictuelles sur le terrain Il faut repositiver ces métiers et les faire basculer à nouveau du côté du héros. Deuxième piste : construire un fonctionnement tourné vers le client. Les conducteurs connaissent mieux le terrain, possèdent l'expérience du réseau, du comportements des clients, ils sont pourtant peu consultés à ce sujet. "Cela coûte cher, mieux vaut qu'ils conduisent plutôt qu'ils soient en réunion les pieds sous la table" entend-on trop souvent du côté des directions. Il y a un juste milieu à trouver. Sortir de l'inertie actuelle aura un prix, bien sûr, mais celui des grèves est plus lourd encore ! Tous les réseaux sont touchés (un observatoire de la conflictualité serait d'ailleurs utile). Si l'on ne change rien, le public va-t-il encore tolérer longtemps un fonctionnement archaïque ? Il en va de la légitimité même des entreprises de transports publics.

Propos recueillis par J. K.

* Cette étude est téléchargeable sur le site www.bruhnes.com.


Transport de marchandises
Des flux observés à la loupe

Des "enquêtes-ménages des marchandises" menées à Bordeaux, Dijon et Marseille permettent de mieux connaître les flux de marchandises en ville. C'est également une base pour la création d'une méthodologie d'analyse des transports des marchandises en ville. Premiers résultats.

es déplacements urbains des marchandises sont beaucoup moins bien connus que ceux des personnes : on sait que le transport de fret représente un quart des véhicules-km (en équivalents voiture particulière) en circulation sur la voirie urbaine, mais on connaît mal le détail des flux : quels types de véhicules ? Quels produits transportés ? Quelles origines et destinations ?...
Face à ces lacunes, le ministère de l'Equipement a mis en place un programme de recherche approfondi. À sa demande, depuis 1994, le Laboratoire d'Economie des Transports de Lyon a engagé des enquêtes lourdes dans trois agglomérations : Communauté urbaine de Bordeaux, District de Dijon et ville de Marseille. Pour ce faire, une méthode innovante a été mise au point, combinant des enquêtes auprès des chauffeurs-livreurs, auprès des entreprises de transport, et surtout auprès des établissements générateurs de livraisons et d'enlèvements de marchandises.

Les fonctions d'approvisionnement dominent
Les résultats comparatifs de ces trois enquêtes viennent d'être annoncés. L'une des principales conclusions est le grand nombre de résultats invariants d'une ville à une autre, par-delà les diversités économiques et géographiques. Ils sont ainsi transférables, moyennant certaines précautions, dans d'autres villes. Cependant, certains flux ne sont pas pris en compte (déchets, matériaux de construction, déménagements...) et font l'objet d'enquêtes complémentaires.
On sait d'abord qu'une agglomération compte deux fois plus de livraisons (réceptions) qu'elle ne génère d'enlèvements (expéditions) : en ville, les fonctions d'approvisionnement dominent. On relève également une hyper-concentration des livraisons en centre ville et à proximité des grandes infrastructures de transport. Dans l'hypercentre de Bordeaux et Marseille, on compte 20 000 à 30 000 livraisons/enlèvements au km2 par semaine.
Parmi l'ensemble des flux, le transport de marchandises "pour compte propre" (non effectué par une entreprise professionnelle de transport) représente au moins la moitié des livraisons/enlèvements.
Pour ce qui est des véhicules, plus de la moitié des livraisons/enlèvements sont effectués avec des véhicules utilitaires légers (moins de 3,5 tonnes de poids autorisé) et 25 % des parcours sont des tournées, qui assurent les trois quarts des livraisons/enlèvements. Les "traces directes" (une seule livraison par parcours) n'assurent qu'un quart des livraisons/enlèvements.
Sur le plan horaire, les heures de pointe des livraisons sont décalées par rapport à celles des voyageurs, et calées sur les heures d'ouverture des établissements. On constate peu de variations hebdomadaires, et des variations saisonnières très semblables sur les 3 villes.

20 000 à 30 000 livraisons/enlèvements au km2 par semaine
Enfin, un ratio très intéressant a pu être défini : un établissement est livré en moyenne une fois par semaine par personne employée. Ce ratio varie considérablement selon le type d'établissement : 0,2 pour une banque, 4 pour une petite épicerie, 8 pour une librairie... Une soixantaine de ratios ont ainsi été définis par le LET : à partir du simple fichier INSEE des établissements, une agglomération peut obtenir une bonne approximation du nombre total de livraisons ou d'enlèvements qui se déroulent sur son territoire.
C'est la première fois en France que s'élabore une méthodologie cohérente pour connaître le transport de marchandises en ville. Ces enquêtes sont la base de modèles de trafic prévisionnels plus ambitieux, développés en ce moment au LET. Ils devront à terme s'harmoniser avec les méthodes utilisées pour l'analyse des déplacements des voyageurs. Pour que les techniciens des villes et les responsables politiques puissent acquérir une vision d'ensemble des déplacements urbains.


Régionalisation
Le "oui, si" du Centre

Offre, fréquentation et recettes en hausse : pour le Centre, le bilan de la régionalisation est positif. Mais sa poursuite exige quelques clarifications, estime le vice-président du conseil régional, Jean-Michel Bodin.

Un "pari ambitieux destiné à promouvoir et à développer le transport ferroviaire au service des habitants de la région" : c'est ainsi que le conseil régional du Centre présentait, le 3 avril 1997, la signature des conventions signées avec l'Etat et la SNCF pour expérimenter la régionalisation des transports ferroviaires.
Pari réussi ? "Globalement, les résultats sont positifs", répond Jean-Michel Bodin, vice-président délégué du conseil régional, chargé des infrastructures et des transports. Pour 1997 - le bilan 1998 sera définitivement établi dans quelques semaines - on constate en effet une progression de 7,3 % de la fréquentation des services TER (avec "des pointes à + 20 ou + 30 % sur certaines lignes"), soit un total de 15 millions de voyageurs : "c'est un chiffre important, note l'élu, mais encore très relatif par rapport à l'immense potentiel existant". Quant aux recettes, elles ont grimpé de 8,5 %, une performance supérieure aux prévisions.
Explication de ces résultats : la politique menée en matière d'offre de services. L'offre de transport a augmenté de 6,2 %, grâce notamment au maintien de dessertes, qui "sans politique régionale n'existeraient plus aujourd'hui". Des services ont été adaptés, sur le plan des horaires, pour tenir compte du développement des déplacements "domicile-vie" (achats, loisirs...). Le matériel roulant a continué à être renouvelé et modernisé : sur les 361 MF de dotation versés par l'État en 1997, 100 MF y ont été consacrés, auxquels se sont ajoutés 70 MF pris sur le budget de la région.

L'appétit vient en mangeant
Le programme de rénovation des gares, enfin, engagé en 1994, a été poursuivi. Représentant un budget de 180 MF dont la moitié financée par la région, il concerne 53 gares dont une quarantaine déjà rénovées à ce jour.
Ces opérations de rénovation se sont traduites, entre autres, par des
aménagements facilitant l'accès des autocars et par la construction de parkings, dans une optique de développement de la complémentarité des modes. Et cela marche, constate Jean-Michel Bodin : "plusieurs maires de petites communes me disent que les parkings des gares sont pleins. C'est un phénomène intéressant, l'intermodalité devient de plus en plus quotidienne. Du coup, comme l'appétit vient en mangeant, nous avons de plus en plus de demandes pour ce type d'aménagement".
Convaincu de "la dynamique et des perspectives" qu'ouvre l'intermodalité, le conseil régional impulse par ailleurs une politique de tarification combinée. En octobre 1998 a ainsi été créé "Starter", un abonnement de travail mensuel combiné donnant accès au réseau TER et aux réseaux urbains de Tours et Orléans.
Mais un projet plus ambitieux est à l'étude depuis six mois : mettre en place, en Indre-et-Loire, une tarification unique rail-autocars-autobus-taxis collectifs. "Aujourd'hui, estime Jean-Michel Bodin, les esprits sont plus disponibles pour envisager ce type de système global. Il est clair que si nous voulons que les gens utilisent davantage les transports collectifs, dans la diversité de leur offre, il nous faut ce genre d'outil".

Pas de retour en arrière
Il lui paraît tout aussi clair, qu'au vu des résultats engrangés et des actions impulsées, la régionalisation doit être poursuivie, tout retour en arrière lui semblant "impossible". Mais il précise : "je suis pour la régionalisation mais contre le régionalisme. Avec 22 régions autonomes, on ne peut faire une politique de progrès des transports". À l'État, donc, de continuer à assumer son rôle régalien "avec 22 régions partenaires" et de "s'engager au niveau suffisant sur le plan financier".
Quant à la SNCF, il convient de régler "deux problèmes qui n'avaient pas été bien sériés il y a deux ans" : "la nécessité d'une meilleure complémentarité entre sa politique grandes lignes et sa politique TER" et "la transparence des coûts". Deux problèmes qui "ne doivent pas se poser en termes conflictuels entre élus et SNCF mais s'inscrire dans le cadre d'une confrontation constructive", affirme Jean-Michel Bodin. C. G.


La Semaine du transport public démarre en trombe !
Déjà plus de 120 inscrits pour participer à la Semaine du Transport Public qui se déroulera du 20 au 26 septembre 1999 : villes, départements, régions, autorités organisatrices ou entreprises de transport. Parmi les entreprises et institutions, l'ADEME, EDF, GDF, IRIS.BUS et Heuliez Bus ont déjà confirmé leur participation en tant que partenaires.
Les outils qui seront proposés aux participants sont en cours d'élaboration : affiche, Lettre du GART spéciale départements et régions, Transport Public. Un site Internet à destination du grand public sera très prochainement lancé.
Pour tout contact :
logistique : Sébastien Fournier, CPTP, 17 rue Jean Daudin - 75015 Paris - Tél. 01 40 56 30 60 ou par fax au 01 45 67 80 39 - e.mail cptp@imaginet.fr
relations presse : agence Vitesse, Caroline Weil, 84 rue de Villiers - 92300 Levallois-Perret - Tél. 01 41 34 43 43 - Fax 01 41 34 43 28.


Junior et le bus
Les Transports du Pays de Vannes ont créé pour les enfants des classes de CM2 une information sur le meilleur moyen de prendre le bus. Toutes les classes de CM2 sont d'abord conviées à visiter l'entreprise de transport et à effectuer un trajet de démonstration en bus. À l'issue de cette visite, ils reçoivent une plaquette intitulée "Junior et le bus". C' est un document contenant six fiches pratiques illustrées destinées à améliorer la sécurité des élèves et à les préparer à prendre les transports quand ils seront au collège. "Sur le chemin de l'arrêt de bus", "Bien se comporter dans le bus" sont deux des six thèmes développés dans ces fiches.


L'équipe du GART élargie et renforcée
Pour la première fois de son histoire, le GART élargit ses compétences en dehors des déplacements de personnes afin de répondre aux besoins des agglomérations qui élaborent leur PDU, ainsi qu'à ceux des régions qui travaillent à l'intégration du fret dans leurs schémas régionaux. Laetitia Dablanc a rejoint le GART en tant qu' "expert-marchandises" le 15 février dernier.
À 31 ans, diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris, elle est titulaire d'un Master en urbanisme spécialisé dans les transports qui l'a conduit à rédiger une thèse au LATTS à l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées sur la "gestion publique du transport de marchandises en ville". Ensuite, elle intègre la direction des études de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris puis le GART.
Un nouveau responsable du service juridique a également pris ses fonctions au 15 mars. Cyril Mallit, 32 ans, est titulaire d'une maîtrise en droit public et d'un DESS "entreprise et droit communautaire". Il a travaillé précédemment au conseil général des Yvelines, au conseil régional d'Alsace puis au service juridique de JCDecaux avant de rejoindre le GART.


TCSP Infos - PDU Infos

Saint-Étienne a choisi le scénario de son PDU. Il prévoit d'importants projets pour la décennie à venir dans l'agglomération stéphanoise. D'abord, un second axe lourd de tramway empruntant une portion de la ligne déjà existante. Cette nouvelle ligne devrait relier le quartier de la Métare à la Gare de Châteaucreux. Puis une liaison entre les communes de la banlieue stéphanoise est également prévue, sous la forme d'une ligne expresse périurbaine ainsi qu'une desserte ferroviaire cadencée entre Firminy et Rive de Gier. L'étalement des travaux est prévu sur plusieurs années, mais une première tranche devrait s'achever en 2006 et la seconde en 2010.

La concertation PDU bat son plein à Rennes. Une exposition itinérante circule dans les communes et se tiendra à Rennes jusqu'au 30 juin. L'enquête publique se déroulera à la rentrée et l'adoption du PDU est prévue pour janvier 2000.



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