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Mars 1999

 LA LETTRE DU GART

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Confronter recherches et terrain

Les 23, 24 et 25 mars prochains se tiendra à Lille le 2e Carrefour du PREDIT, son objet étant de faire le bilan à mi-parcours de ce programme de recherche couvrant la période 1996-2000.
Bilan quantitatif d'abord. À fin 1998, les travaux portent sur 746 projets pour lesquels les ministères et agences concernés (Aménagement du Territoire et Environnement, Éducation, Transports, Économie et Finances, ADEME, ANVAR) ont engagé 1 097 MF. Sur les treize groupes thématiques du programme, deux pilotent près de la moitié des projets : énergie-environnement (198) et recherches stratégiques (145). Pour ce qui concerne les groupes spécifiquement consacrés au transport urbain, on recense 67 projets pour la gestion des déplacements urbains, 37 pour le matériel de transport urbain, 35 pour les nouveaux services aux usagers.
Bilan, ensuite, sur l'avancée des travaux et les perspectives ouvertes. En attendant le détail des résultats qui sera donné lors du Carrefour de Lille, deux tendances lourdes se dégagent, selon Janine Forestier, secrétaire générale du PREDIT. En premier lieu, la problématique environnement, au sens large, parcourt l'ensemble du Programme puisqu'on la retrouve quasiment dans tous les groupes thématiques. En second lieu, l'organisation des systèmes de transport se révèle être un point fort des projets, l'intermodalité - pour les transports de voyageurs et les marchandises - étant au centre ou à la périphérie de nombreuses études en cours.
La mise en avant de ce thème répond bien aux préoccupations des élus et des Français : les premiers parce qu'ils sont engagés dans des démarches de PDU et/ou dans l'élaboration des futurs contrat de plan État-régions qui portent à privilégier l'intermodalité ; les seconds parce qu'ils sont fortement demandeurs d'une chaîne de transport complète, cohérente et facilement accessible. On peut donc espérer que les études et projets testés dans le cadre du PREDIT viennent enrichir l'éventail des solutions déjà mises en uvre ou envisagées. C'est le souhait des acteurs de terrain, pour qui le PREDIT semble d'une grande complexité.
C'est également celui des responsables du Programme, selon Janine Forestier. La question de l'appropriation du travail réalisé va d'ailleurs constituer l'un des points importants de la seconde partie du Programme, d'ici à 2000, estime-t-elle. Dans cet esprit, pour faciliter et élargir la diffusion des résultats, un site Web est en cours de mise au point. Lorsqu'il sera opérationnel, le PREDIT pourra communiquer les résultats des études achevées, la liste de tous les projets subventionnés, ainsi que les lieux où trouver les études elles-mêmes.
Pour confronter les recherches avec le quotidien et les besoins des élus et "trouver les cheminements de l'innovation", y compris, on peut l'espérer, dans le domaine social et organisationnel, Janine Forestier évoque l'idée d'une sorte de Club, réunissant chercheurs et acteurs
du terrain. L'idée n'est pas pour déplaire aux autorités organisatrices et aux exploitants de réseaux de transport public, sensibles aux recherches technologiques certes, mais davantage encore à la satisfaction concrète des besoins des clients du transport public.

Bus propres
1999 : l'heure des choix

Quels bus propres ? La journée "Bus propres", organisée à Poitiers le 4 février dernier par le GART, l'ADEME et le district de Poitiers, a permis d'apporter un éclairage précieux sur cette question. Des solutions multiples qui, de toute évidence, coexisteront.

Autant préciser d'emblée que, par personne transportée, les autobus polluent 10 à 20 fois moins que la voiture. À Paris, ils représentent moins de 4 % des émissions polluantes. Les bus propres ne suffiront pas à faire disparaître la pollution des villes, mais à l'heure où la loi sur l'air a fixé comme objectif la réduction de la circulation automobile, ils peuvent convaincre de nouveaux clients. Alors quelles innovations choisir pour adapter ou renouveler un parc d'autobus ?

Adapter le diesel
Pour optimiser les performances d'un parc diesel, il existe une batterie d'options dites de "post-traitement" : catalyseur d'oxydation, filtres CRT* capables de réduire à 80 % les suies mais les recherches buttent encore sur la réduction des oxydes d'azote. Cependant, pour installer un filtre CRT, il est nécessaire d'utiliser un gazole à très basse teneur en souffre (de 10 à 50 fois moins que la normale) qui coûte jusqu'à 60 centimes plus cher du litre qu'un gazole ordinaire. 30 bus roulent actuellement avec ce système sur le réseau de la RATP.
Quant à l'aquazole, mélange d'eau et de gazole, il est aujourd'hui utilisé par 250 autobus en France, dont la moitié roule sur le réseau de la RATP depuis décembre dernier. Les calculs réalisés font état d'un surcoût de 10 % par rapport au gazole standard mais aussi d'une réduction de près de 50 % des fumées noires. Autre avantage, il est utilisable sur des véhicules diesels traditionnels, même anciens.

Choisir le gaz
Aujourd'hui, 114 autobus roulent au GNV (Gaz naturel véhicule) et 200 autres sont déjà en commande. Sans plomb ni composé soufré, ce carburant diminue de 25 % les émissions de gaz carbonique, par trois les oxydes d'azote, par cinq les particules et par dix le monoxyde de carbone. Question sécurité, en cas de fuite, le GNV dans l'air, coupant court aux risques d'inflammation. Il faut néanmoins compter un surcoût d'environ 220 000 à 250 000 F pour l'achat d'un véhicule et il faut de plus s'équiper d'une station de compression. Quant au bus GPL (Gaz de pétrole liquéfié), il est moins coûteux à l'achat qu'un bus au GNV. La RATP vient d'en commander 112 au constructeur Heuliez, dont la première tranche sera mise en service d'ici la fin de l'année. En termes de pollution, le GPL diminuerait fortement les oxydes d'azote mais ne réduirait pas vraiment les émissions de gaz carbonique en raison d'une surconsommation par rapport au diesel. La filière faisant juste son apparition en France, il est difficile d'évaluer précisément le coût des installations nécessaires.


Opter pour l'électrique
Avec l'électrique, les nuisances atmosphériques et sonores sont évidemment supprimées. Mais ce système n'est encore adapté qu'à des véhicules légers, types minibus ou navettes. Il est idéal pour les centres touristiques ou la desserte de parkings et aéroports. Selon EDF, un bus électrique coûte encore deux fois plus cher qu'un bus ordinaire de même gabarit. En France trois villes en sont équipées (Chambéry, Paris, Strasbourg), mais les 40 "Tecnobus" de Rome ont déjà démontré son succès. Dans le cadre d'un appel à projet, le GART, l'ADEME, l'UTP et EDF viennent d'ailleurs de retenir six lauréats ayant des projets de mise en place de bus électriques : Luchon, Chevilly-Larue, Paris (Montmartrobus), Blagnac, La Rochelle et Nîmes (sous condition). Ils bénéficieront d'aides techniques et financières.
Quoiqu'il en soit, faire le choix des bus propres aujourd'hui paraît judicieux : les nouveaux carburants bénéficient déjà d'une détaxe importante et les achats de véhicules sont sujets à la défiscalisation.

* Le CRT (Continously regenarating trap) est un nouveau système d'échappement mis au point par la société allemande HJS. Ce système se compose d'un pot catalytique et d'un filtre à particules, le tout intégré dans un silencieux.


Zoom sur Poitiers
Bilan d'un an de bus au gaz

Il y a un peu plus d'un an, les premiers bus à gaz sortaient sur le réseau du district de Poitiers.
Un projet lancé cinq ans plus tôt, au moment de la restauration de l'église romane Notre-Dame-la-Grande. Outre la protection du patrimoine, limiter la pollution en centre-ville devenait pour Poitiers un enjeu de santé publique.

 

Avec un district de 120 000 habitants, cette ville moyenne ne pouvait cependant s'équiper d'infrastructures lourdes de type tramway. Le gaz naturel s'imposait alors comme une alternative crédible.
Aujourd'hui, 16 bus au GNV roulent à Poitiers ; un parc qui devrait s'élargir à 22 véhicules à la fin de l'année et sans doute à 40 d'ici 2003. Car le bilan est positif. Au-delà de la réduction des polluants, le bus à gaz s'est fait remarquer par ses qualités "sonores" : à l'arrêt, pour les piétons, c'est 8 décibels de moins par rapport à un bus normal et encore 4 à 5 de moins pour les passagers. Quant aux conducteurs, une étude de la Société des transports poitevins (STP) a montré qu'ils étaient 78 % à juger le bus au gaz "plus nerveux" et plus "souple à conduire".
La STP s'est adaptée pour l'aménagement du dépôt de bus et des ateliers de maintenance, mais aussi en matière de gestion du personnel puisque tous les conducteurs passent successivement aux commandes des bus au GNV. Il a fallu tous les former et adapter la préparation des plannings.
Aujourd'hui la STP est pleinement satisfaite. "Excepté quelques difficultés au démarrage en période de grand froid, en un an, aucun problème sérieux ne s'est posé, estime Jean-Michel Gautherie, ingénieur au district du Poitiers. La seule inconnue reste la durée de vie des véhicules mais il n'y a pas de raison pour qu'ils vieillissent plus mal que les autres.". Reste à savoir si, économiquement, le choix du gaz s'avère payant. Pour l'heure, au niveau de la consommation, les relevés indiquent un léger surplus par rapport au gasoil, mais le surcoût du gaz reste principalement lié aux installations et à la maintenance spécialisée.
En 1993, le projet de Poitiers a pu être lancé grâce au soutien de multiples partenaires financiers : la Commission européenne, le ministère des Transports, Gaz de France, l'ADEME, le conseil régional Poitou-Charentes, la RATP... Mais Catherine Coutelle, vice-présidente du district de Poitiers, insiste sur le fait qu'un long chemin a été accompli depuis cette époque : "Aujourd'hui, on peut lancer un projet comme Poitiers en quelques mois. Nous assistons à l'émergence d'une nouvelle filière et les coûts sont à la baisse." Pour rentabiliser la station de compression qui a coûté 1,9 million de francs, la ville de Poitiers s'est équipée d'une première benne à ordure à gaz. Sept autres suivront d'ici l'été.

Pascal Dupont, conducteur de bus depuis 5 ans à Poitiers
"Je suis passé du diesel au gaz sans problème, aucune formation n'a été nécessaire. Les bus au gaz sont plus nerveux et réagissent comme un "moteur essence". Les bouteilles placées sur le toit sont légères et on sent à peine la surcharge. J'apprécie aussi de ne plus être regardé comme un pollueur : quand on reprend un vieux diesel, on voit tout de suite la différence, les gens aux terrasses des cafés surtout ! Le plus agréable je crois, c'est encore la diminution du bruit et des vibrations. Enfin, côté contact avec les clients, ça a apporté un plus : au départ,
tout le monde nous posait des questions sur le GNV !"

Sabina Metta, enseignante, prend le bus à gaz tous les jours
"Pour me rendre sur le campus de Poitiers, j'emprunte régulièrement la ligne 4 sur laquelle circulent des bus au GNV. On les reconnaît d'abord à leur bosse, puis à l'absence d'odeur !
Car à l'arrêt, par rapport au gasoil, on ne sent rien. Et une fois à l'intérieur, c'est plus silencieux donc plus reposant. Il faudrait remplacer tous les diesels !"

Le TER fait sa pub


Nouveaux matériels, nouvelles fréquences, effort d'intermodalité Le transport ferroviaire régional s'est affiché dans la presse quotidienne régionale et à la télévision nationale au cours du mois de février. Cette campagne a été lancée par la SNCF avec le soutien des conseils régionaux, présents pour la première fois en tant que co-annonceur. Trois messages ont été déclinés : "Les régions et la SNCF augmentent la fréquence de vos trains TER", "Les régions et la SNCF mettent en place d'ici à l'an 2000 plus de 300 nouveaux trains TER", "Les régions et la SNCF mettent en place des taxis TER et des cars TER en complément de vos trains TER".

Transports urbains : c'est le printemps de la fréquentation !


La reprise de la fréquentation des transports urbains est bien là. Le renouveau tant attendu semble être au rendez-vous pour 1998 et cette tendance à la hausse se poursuivra, selon les prévisions, en 99. L'enquête-tendance annuelle, réalisée par l'Union des transports publics auprès de 109 entreprises de transport urbain, indique que 57 % d'entre elles constatent une hausse de l'usage sur leur réseau en 1998. Ces entreprises sont 30 % à connaître une stagnation et 13 % une diminution.
On peut se montrer encore plus optimiste si l'on se penche sur les villes de plus de 100 000 habitants : 70 % d'entre elles ont constaté en 1998 une augmentation de l'usage des transports publics. Selon l'UTP, cette hausse atteint les 9 % par endroits. Des chiffres que l'on n'avait pas vu depuis plusieurs années en dehors des lancements de TCSP.
Parmi les "champions", Marseille avec une hausse de 8 %, Bordeaux, + 6,6 %, Lyon, + 5,5 %, Grenoble, + 5,5 %, Le Havre + 2,52 %.
Les chiffres avancés pour 1999 sont tout aussi encourageants 48 % des entreprises prévoient une augmentation de l'usage des transports publics sur leur réseau, 47 % comptent sur une stabilisation et 5 % seulement craignent une baisse.
Les tendances de l'UTP portent également sur l'offre de transport urbain qui serait elle aussi en hausse. Pour 1998, 50 % des réseaux enregistrent une augmentation et 46 % une stabilisation de l'offre. Les prévisions pour l'année en cours laissent présager une stabilisation pour 59 % des réseaux et une hausse pour 35 % d'entre eux.


"Politiques et pratiques d'intermodalité" est paru


L'ouvrage "Politiques et pratiques d'intermodalité" présente 26 exemples pratiques d'intermodalité détaillés, la plupart ayant été présentés au Prix ADEME-GART 1997 sur l'intermodalité. Ils sont complétés par des analyses sur les politiques d'intermodalité en matière d'information voyageurs, de pôles d'échanges, de tarification, de coopération entre autorités organisatrices et de complémentarité vélos/transports publics. n
"Politiques et pratiques d'intermodalité", 162 pages, disponible au GART au prix de 250 F TTC.

TCSP INFOS

Les travaux progressent à Orléans sur la construction du tramway. Les chantiers de terrassement ont débuté en centre ville alors que dans le secteur de La Source, sur la partie sud de la ligne de tram, les premiers rails ont déjà été posés. La première rame devrait circuler à l'essai en février 2000 alors que la mise en service du tram est toujours prévue pour le mois de septembre de la même année.

Les élus du Mans ont marqué leur préférence pour le rail à l'occasion d'un vote d'orientation portant sur le projet de tramway de l'agglomération mancelle. Ce choix est intervenu à l'unanimité des votes exprimés, après la présentation par les constructeurs de quatre projets, deux pour le rail, deux pour le pneu. Ce vote d'orientation a pour principal objectif de permettre la présentation d'un dossier de prise en considération du projet auprès de l'État.

 


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