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Pâle ersatz à la loi de Robien
Leur ayant refusé le bénéfice de la loi de Robien, l'Etat s'apprête à accorder un pâle lot de consolation aux transports publics. Une série de dispositions, non encore ratifiées, ont été arrêtées pour 4 ans et feront l'objet d'une convention avec l'UTP. 5 000 contrats initiative emploi (C.I.E.) seront mis à la disposition des entreprises de transport public. Il s'agirait de contrats aménagés bénéficiant d'un certain nombre d'avantages particuliers. L'exonération des cotisations patronales de sécurité sociale, tout d'abord, serait prévue pour l'embauche de tout chômeur de plus de 50 ans, quelle que soit sa durée d'inscription au chômage, jusqu'à son départ de l'entreprise. L'Etat verserait également une prime de 2 000 francs par mois pendant deux ans pour toute embauche concernant, soit un jeune sans emploi et non indemnisé jusqu'au niveau IV de qualification inclus (baccalauréat), soit un demandeur d'emploi âgé de plus de 50 ans sans condition de durée d'inscription. Par ailleurs, chaque C.I.E. conclu bénéficierait d'une aide à la formation de 20 000 francs. Enfin, l'Etat se déclarerait prêt à porter à 50 % sa participation dans l'acquisition d'équipements renforçant la sécurité. Au total, malgré l'opiniâtreté de l'UTP, ces avantages restent largement en deçà de ceux prodigués par la loi de Robien. Surtout, il s'agirait d'un simple "droit de tirage" qui ne bénéficierait qu'à certaines entreprises (en fonction de leur pyramide des âges). D'où un "coup de gueule" de Jacques Auxiette, Président du GART, rendu public dans une lettre ouverte au Premier Ministre Alain Juppé. "(...) Le législateur, explique-t-il, avec la loi "de Robien" ouvrait une porte que le ministère du Travail s'est empressé de refermer. Cessons cette irresponsabilité et cette hypocrisie qui consistent à financer de la précarité à coup de C.I.E. ou de C.E.S. !". Pire, en effet,
la formule des C.I.E. privilégie des emplois précaires
plutôt que des emplois durables. Ne s'agit-il pas d'une
occasion gâchée de faire des transports publics
un laboratoire social ? "Tout concourt actuellement, souligne
Jacques Auxiette, a développer la filière des transports
publics, qu'il s'agisse de l'aménagement du territoire,
de la compétitivité des villes, de la lutte contre
l'exclusion, de la politique industrielle, du développement
économique, de la création d'emplois, de la protection
de l'environnement, de l'écologie urbaine ou de la santé
publique. Nous comptons sur vous, Monsieur le Premier Ministre,
conclue-t-il, pour encourager une véritable politique
de développement des transports collectifs et pour en
faire un champ d'expérimentation sociale pour un meilleur
partage de l'emploi (...)".
La Défense
Quand une opération de rénovation, imposée par le vieillissement des installations, devient un projet de complexe d'échanges urbains, cela donne Coe;ur Transport La Défense. Quelque 3 600 entreprises, 140 000 emplois, 30 000 habitants, deux millions de touristes par an... Coe;ur économique, La Défense est également un coe;ur de mobilité : 300 000 voyageurs transitent chaque jour ici, en empruntant le train, le métro, le RER, les bus... En l'an 2000, ce vaste pôle sera aussi un Coe;ur Transport, un COmplexe d'Echanges URbains fondé sur une approche transport globale, associée à une requalification complète de l'espace public.
Les voyageurs avant les entreprises Cette approche intermodale constitue l'un des objectifs prioritaires du Syndicat des Transports Parisiens. Pour Pierrick Lhôte, responsable du suivi du projet au STP, cette "philosophie" se traduit en une phrase : "faciliter la démarche "accès voyageurs" plutôt que la démarche "accès entreprises". Tout, dans l'opération Coe;ur Transport, répond à cet objectif. Si elle est à l'origine du projet, la RATP ne cache pas avoir trouvé en la SNCF un partenaire sur la même longueur d'ondes : "dès le début, témoigne Georges Amar, pilote de l'opération pour la régie, nous avons partagé les mêmes idées sur ce que devait être un pôle d'échanges". Ces idées peuvent se résumer en quelques principes : "avoir une approche globale en terme de transport, faire une opération aussi urbaine que possible, raisonner à la fois sur les transports et les services, penser en terme de management multimodal". Concrètement, cela signifie simplifier au maximum les déplacements des voyageurs. Et passe par l'amélioration des accès aux différents modes de transport, le raccourcissement des couloirs de correspondance, l'amélioration de la fluidité des mouvements sur les quais... En bref, faire en sorte que les voyageurs ne se retrouvent pas dans des "impasses" physiques ou tarifaires. À cet aspect physique s'ajoute un important volet "information". Multimodale, comme il se doit. D'ores et déjà, un bureau d'information commun SNCF-RATP est implanté au sein de la Grande Halle centrale : "c'est une grande "première", reconnaît Georges Amar. Y compris au sein même de la RATP puisque, à côté d'un agent SNCF, travaillent côte à côte un agent RATP bus et un agent RATP RER". Ce premier espace d'information multimodale est "très symbolique" de "l'amélioration de l'interface entre les deux sociétés sur laquelle nous travaillons ensemble", confirme Michel Le Néchet, directeur délégué Ile-de-France SNCF pour la région Paris-Saint-Lazare.
Lieu de vie Toujours pour faciliter la vie des voyageurs, l'ensemble de la signalétique va être revue, en s'appuyant sur l'architecture existante. En fait, explique Pierrick Lhôte, "toutes les formes, l'espace, les volumes vont être utilisés pour aider les voyageurs à se diriger". En ce sens, "tout le projet est une requalification de l'espace", estime-t-il. C'est ainsi que les quatre portes ouvrant sur la Grande Halle vont être rénovées pour devenir les Portes cardinales : cette "clarification fonctionnelle" permettra au voyageur de savoir où il est, où il va, explique Georges Amar. Requalification également avec un nouvel éclairage, confié au créateur des lumières de la Grande Arche ; avec des matériaux rendant le lieu "plus chaleureux" ; avec un revêtement des sols qui ne devrait pas être du bitume mais "la meilleure synthèse entre une couleur claire et un matériau pas trop salissant"... Bref, l'ambition
est de faire de Coe;ur Transport un "lieu de vie, où
le déplacement est vécu comme une étape
aisée, utile et même agréable". C'est
bien parce qu'ils partagent cette ambition que le conseil régional
d'Ile-de-France, le département des Hauts-de-Seine et
l'établissement public d'aménagement de La Défense
se sont financièrement associés au projet.
Fréquentation A quand le retour du beau temps ?
L'évolution de la fréquentation est marquée par d'importantes disparités selon les réseaux. Enquête du GART. Quel diagnostic poser sur le recul (- 2,1 %) de fréquentation essuyé par les transports publics en 1995 ? Simple accès de fièvre, brutal mais passager, ou, au contraire, affectation durable, rompant un cycle décennal favorable aux transports collectifs ? Pour y voir plus clair, une étude du GART s'est penchée sur les évolutions de la fréquentation et de l'offre de transport ces dix dernières années. Entre 1986 et 1995, la fréquentation des 101 réseaux étudiés s'est certes accrue de 10,9 % et l'offre de près de 20 %, mais ces moyennes masquent d'importantes disparités suivant les villes. Trois groupes se détachent nettement. Un premier bataillon
réunissant 25 agglomérations (sur les 101 étudiées)
affiche une franche bonne santé, se traduisant par une
progression constamment positive de la fréquentation.
Sur 10 ans, le gain global est de 26,9 %. Ce résultat
s'appuie sur une vigoureuse politique d'accroissement de l'offre
de transport Le deuxième groupe, fort de 34 réseaux qui marchaient sur des traces comparables, a subi une inversion de tendance en 1995. La baisse de fréquentation rejoignant cette année là un affaissement de l'offre de transport. Phénomène conjoncturel lié aux grèves, ou structurel ? À voir. Toujours est-il que les succès en matière de fréquentation apparaissent plus fragiles (+ 12,2 % sur 10 ans), l'effort en terme d'offre moins vigoureux (+ 22,2 %). Reste un dernier
groupe, le plus nombreux (42 réseaux), à l'état
franchement préoccupant. L'offre n'a pas suffisamment
augmenté (+ 10 %) pour empêcher une stagnation de
la fréquentation sur 10 ans
Vers une stabilisation La plupart des agglomérations de plus de 200 000 habitants non équipées de TCSP se trouvent dans cette situation. Plus de la moitié ont un projet TCSP, mais les premières réalisations ne devraient pas entrer en service avant la fin du siècle. D'ici-là, elles continueront à tirer la moyenne nationale de fréquentation des transports publics vers le rouge. Pris globalement, le diagnostic tiré de cette décennie de fréquentation, est donc clair sur un point : l'offre est le levier principal de l'augmentation de la fréquentation. Reste qu'elle ne constitue pas une assurance tout risque, et qu'une politique uniquement centrée sur son développement trouve rapidement ses limites. Ne serait-ce qu'en terme d'efficacité : un accroissement de l'offre se traduisant par une augmentation de l'usage moindre (de 10 points inférieur en moyenne) serait à long terme financièrement insupportable. Il faut donc jouer sur d'autres leviers, mais lesquels ? Principalement, sur la maîtrise de la circulation et du stationnement automobile. Sur ce point, Jean-Marie Guidez, expert déplacements au CERTU, a constaté (lors du débat sur la fréquentation organisé le 27 février dernier par le GART) une évolution favorable aux transports en commun très "sensible dans les opinions... mais pas encore dans les comportements quotidiens". Pour l'heure, on semble s'orienter vers une stabilisation de la fréquentation pour l'année 1997. D'après l'UTP, la moitié des réseaux s'attend à une stabilité de l'usage, contre 14 % qui craignent un recul et 38 % qui espère une progression de leur fréquentation.
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