[Anciens numéros]

Mars 1997

 LA LETTRE DU GART  

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Usager attend services désespérément

La qualité est au coe;ur des attentes exprimées par les usagers. Une enquête de l'Institut Marc Gilles & Associés* sur les "innovations qui constituent des leviers pour l'augmentation de la fréquentation des transports urbains", souligne en effet que leurs attentes sont foncièrement qualitatives. On aspire à des meilleures conditions de transport et non pas nécessairement à "plus de" transport**. Conclusion : les innovations les plus lourdes et coûteuses ne sont pas nécessairement les meilleures. Parmi les 6 attentes majeures recensées, l'association de deux ou trois facteurs clefs permettant l'amélioration du service, peut accroître spectaculairement l'attractivité du transport.
Premièrement : maîtriser les aléas du temps. 65 % des usagers considèrent "le respect des horaires" comme "très important". L'information sur le temps d'attente et sa valorisation constituent deux enjeux stratégiques. De ce point de vue, l'abribus perçu actuellement, indique les auteurs, comme un "noman's land" constitue un chantier pour demain.
41 % les espèrent "mieux protégés".
Deuxième axe majeur : requalifier l'espace du voyage. L'usager rêve de transports visiblement conçus pour lui. Il a besoin de marques de reconnaissance et incrimine la propreté (très importante pour 42 %), la température (40 %), les odeurs, les secousses, le bruit, les bousculades, le manque d'espace vital, les portes étroites et brutales.
Autre attente : respecter la ville. 59 % des clients considèrent le caractère non-polluant des véhicules comme très important. Le bus électrique est plébiscité.
Quatrième point fort : l'intermodalité. Elle vise à faciliter les déplacements (parcs-relais, tickets valables partout). La question de l'information voyageur est essentielle.
Cinquième axe : "un éventail des tarifs plus larges", très important pour 51 % des sondés. Il s'agit de pouvoir choisir parmi différents tarifs plutôt que de se voir imposer un tarif unique. Dans le même ordre d'idées, plus de transports le soir et le week-end sont également considérés comme très important.
Dernier point : la technologie. Elle n'est pas essentielle mais peut faire la différence pour séduire des publics ciblés : jeunes, automobilistes. Ainsi, les titres de transport "mains libres", le téléphone, des horaires de poches en temps réel, la présence d'ordinateurs constituent des plus qui peuvent changer la vision qu'ont certains des transports publics et... les inciter à y monter. Mais l'essentiel est bien ailleurs.

* réalisée dans le cadre du PREDIT, en partenariat avec l'Ademe, la DRAST, EDF, le GART, la RATP et l'UTP
** enquête réalisée auprès d'un échantillon représentatif d'utilisateurs des transports publics dans cinq grandes agglomérations


Sarrebruck-Sarreguemines
Un tramway sans frontière

Le tramway régional bimode du Saarbahn reliera bientôt Sarrebruck à Sarreguemines... en traversant une frontière. Tous les jours.

Prévue pour octobre 1997, l'arrivée du tramway régional dans le paysage européen constituera un événement à plus d'un titre. D'abord parce qu'il est bimode et bicourant. Après Karlsruhe, Sarrebruck est la deuxième ville allemande à opter pour ce type de matériel qui sera capable, du fait de sa bimodalité, de passer sans heurts d'un réseau tram aux rails du chemin de fer allemand et français. Son deuxième atout est son caractère régional et même transfrontalier, il reliera de centre à centre la ville de Sarrebruck à celle de Sarreguemines.

Un système d'avenir...
Enfin, le matériel lui-même, construit par Bombardier-Eurorail, a été conçu comme véritable bimode bicourant (750V continu et 15kV alternatif) destiné, notamment, sur les lignes ferroviaires, à pouvoir s'insérer en toute sécurité entre des services réguliers de voyageurs et des convois de fret. A plancher surbaissé sur environ 50 % de sa longueur, il dispose d'un marchepied escamotable à deux positions, lui permettant de s'adapter à des hauteurs de quai différentes. Pour faciliter l'emmarchement, la ville de Sarreguemines vient de décider de financer l'abaissement d'un quai SNCF en gare de Sarreguemines. Long de 37 m et large de 2,65 m, ce tramway d'un nouveau type pourra transporter 306 voyageurs dont 108 assis dans 3 voitures, à une vitesse commerciale moyenne, selon les réseaux, de 22 à 34 km/h. Sa vitesse maximale sera de 100 km/h, ce qui en fera le "TGV" du tramway...

...pour un investissement moindre
Utilisant en majeure partie des lignes de chemin de fer existantes, il permettra de réaliser des économies appréciables en matière d'infrastructures. Le coût total de construction de la première phase est de 540 millions de DM (1 DM = environ 3,35 F), dont 368 MDM pour les infrastructures (44 km dont 18 km seulement en ligne nouvelle) et 129 MDM pour les véhicules (28). L'Etat fédéral allemand contribue à hauteur de 60 % du coût des infrastructures, le Land de la Sarre pour 30 % et l'exploitant : la Stadtbahn Saar GmbH (SARL) qui regroupe la ville et une entreprise de transport privée, pour 10 % ; les véhicules sont financés à 75 % par le Land et à 25 % par l'exploitant.
Si l'ensemble de la ligne aura in fine 72 km de long, le premier tronçon dont la mise en service est programmée pour cet automne s'étendra sur 18 km entre Sarrebruck-Brebach église Saint-Joseph et Sarreguemines-gare.

Une expérience originale
Ce n'est pas par hasard que la ville de Sarrebruck (200 000 habitants) se dote d'un véritable réseau de transport public en site propre moderne et rapide. Centre économique et politique du Land de la Sarre (1 million d'habitants), elle souffre d'engorgement et de pollution chroniques : 60 000 personnes entrent dans la ville tous les jours, 75 % en voiture et 25 % "seulement" en transport public Le conseil municipal de Sarrebruck, dans le cadre d'une politique de déplacements globale, a décidé de reporter environ 20 % du trafic motorisé individuel sur les transports publics et vise ainsi une répartition modale VP/TC de 60/40. Ce qui l'oblige à accroître la capacité des transports publics de 65 % et d'opter pour un TCSP afin de soulager le centre-ville qui voit passer d'ores et déjà 120 bus et cars par heure et par sens à l'heure de pointe et d'augmenter le nombre de personnes transportées par heure. Parmi les différentes options étudiées : bus, tramway classique, VAL et tramway bimodal, c'est ce dernier qui a été retenu pour son meilleur rapport qualité/prix, pour sa capacité de desservir aussi bien le centre-ville que les communes périurbaines et parce qu'il permettait d'exploiter un riche réseau ferré peu ou pas utilisé et largement électrifié.
Côté français, ce tramway régional constitue bel et bien une nouvelle donne pour la région de Sarreguemines. C'est pour cette raison que Sarreguemines envisage la construction d'une gare intermédiaire proche du centre-ville avec un traitement de l'espace public important et même, au cours d'une étape ultérieure non encore définie, la réalisation d'une emprise urbaine pour le futur tramway lui permettant de desservir directement l'hypercentre.


Mobilités alternatives
Un autre type de voiture

Après le covoiturage à l'américaine, le temps serait-il venu de partager une voiture qui ne nous appartient pas ou de la mettre en libre service ?
Si le covoiturage peut être défini comme l'utilisation collective d'une voiture individuelle, la voiture partagée est, quant à elle, l'utilisation individuelle de voitures "collectives", appartenant à une organisation ou une entreprise donnée.
Le covoiturage, tant aux Etats-Unis qu'en Europe, semble de plus en plus être l'apanage des entreprises pour l'organisation des déplacements de leurs employés. Il ne change en rien les comportements de mobilité, car il n'empêche pas un possesseur de voiture de s'en servir pour tous ses autres déplacements. Il peut, en revanche, soulager les flux d'heure de pointe et ne doit donc pas être négligé.

Les voitures en libre service
Autre forme d'usage individuel d'un parc commun de voitures, la mise à disposition du public de petits véhicules, souvent électriques, en "libre service". Fréquemment fondé sur des technologies nouvelles - carte sans contact et électronique embarquée pour les projets Praxitèle (CGEA/Renault, accueilli à Saint-Quentin-en-Yvelines en septembre 1997), Liselec (VIA/Peugeot-Citroën) et Tulip (Peugeot-Citroën) en France se placent dans cette catégorie. Dans les trois cas, les véhicules seront disponibles en des points de distribution fixes comme la voiture partagée. Contrairement au projet VIP : véhicule interactif partagé, mis au point par le conseil régional Nord/Pas-de-Calais, que les utilisateurs pourront prendre et laisser sur la voirie publique "banale". Principalement conçu pour le transport individuel "collectif" aux heures de pointe, il fait lui aussi appel aux technologies nouvelles (électronique embarquée, suivi par satellite, PC de contrôle). Ces systèmes se présentent comme des modes de déplacement complémentaires au transport public surtout en centre-ville congestionné et dans les zones peu denses. Sortes de transports à la demande, ils n'ont pas nécessairement tous pour ambition de ramener les utilisateurs vers le transport public.

De la voiture au TC
La voiture partagée, qui encourage la non-possession d'une voiture individuelle, incite à un changement des comportements de mobilité et à l'usage des transports publics, avec lesquels sa tarification et son usage ont souvent partie liée (exemples de certaines villes allemandes, comme Brême, néerlandaises et suisses). Elle permet de maintenir intacte la liberté de choisir le mode de déplacement le mieux adapté à chaque type de déplacement : véhicule partagé, taxi, transport public, vélo ou marche à pied. La voiture partagée fait réaliser à l'utilisateur des économies substantielles puisqu'il ne paie une voiture que s'il s'en sert (abonnement, prix à l'heure et/ou au kilomètre). L'association européenne ECS (European Car Sharing) qui regroupe déjà les quelque 250 villes dans lesquelles des entreprises commerciales (la majorité), des coopératives ou des associations offrent un service de voitures partagées, a calculé que les économies peuvent aller selon le type de voiture de 7 000 F à 45 000 F par an sur la base d'un kilométrage annuel de 10 000 km...

Opportunité du PDU
Le plan de déplacements urbains semble être le cadre approprié pour les autorités organisatrices qui s'interrogent sur la place qu'elles souhaitent attribuer à l'un ou l'autre des modes de voiture partagée.
La réussite du système se mesure à la réduction du nombre de kilomètres effectués en voiture particulière, à l'accroissement de la fréquentation du transport public et à la quantité d'espace public libéré (1 voiture partagée = 5 ou 6 véhicules privés
en moins). Il incombera alors aux PDU de réaffecter aux modes favorables à l'environnement (TC, vélo et marche à pied) l'espace ainsi libéré sous peine de le voir réapproprié par de nouveaux automobilistes qui, par définition, ont horreur du vide...

 



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