[Anciens numéros]

Février 1996

 LA LETTRE DU GART  

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La voiture par défaut ?

Les Français seraient d'incorrigibles mordus de la voiture. Ainsi, 82 % des petits trajets, nous explique l'INSEE - 8 % de plus qu'en 1982 - sont assurés par ce mode de transport. "Un plébiscite", triomphent certains ayatollah de l'automobile. De même, nos concitoyens rêveraient, croit-on, d'acquérir des voitures. D'où des balladurettes et autres jupettes pour faire de leur rêve, une réalité.
Mais est-ce réellement leur volonté ? En fait, nos concitoyens renâclent à acheter des voitures : les jupettes sont un échec. Par ailleurs, pour l'INSEE, la progression de l'automobile semble d'abord mécanique. Elle est le fruit logique du développement périurbain mal maîtrisé, de l'éclatement des lieux de résidence et d'emploi et de la construction de voies rapides qui permettent, à temps égal, d'habiter plus loin des centres villes.
Quel est alors leur choix ? Deux enquêtes sur les déplacements des Français pendant les grèves mettent en lumière leurs aspirations à continuer à faire du vélo. Seulement voilà, l'absence de pistes cyclables les empêche de pédaler. A un tel point, que l'INSEE note que les déplacements en vélo se sont réduits comme peau de chagrin entre 1982 et 1994 (de 13 à 6 % de part de marché).
Et les transports publics ? Ils bénéficient d'une certaine cote d'amour. Pour preuve, les résultats de l'enquête réalisée par la SOFRES début décembre pour le ministère de l'Environnement : 69 % des Français y réclament la priorité pour les transports collectifs au centre ville. Quand ces voe;ux sont exaucés, ils enregistrent un formidable essor, comme à Strasbourg (+ 27 % de trafic en un an), Rouen (+ 30 % en un an), ou encore Toulouse. Mais, sur l'ensemble du territoire national, les transports publics se maintiennent difficilement à flot entre 1982 et 1994 (autour de 12 % de part de marché).
Quand ils sont absents, la voiture fait irrémédiablement son nid.
Choix délibéré ou subi ?


Orléans
Le tramway du XXIè siècle

Mai-juin 1997 : premier coup de pioche. Mai-juin 2000 : inauguration officielle. Le compte à rebours a commencé pour le tramway orléanais.

Après avoir adopté le 17 novembre 1995, par 64 voix contre 7, le principe de se doter d'un tramway, le SIVOM de l'agglomération orléanaise n'entend pas perdre de temps pour mener à bien ce projet et s'ouvrir au XXIè siècle avec de nouveaux atouts.
Pour Jean-Pierre Lapaire, Président de la Commission transport du SIVOM et Maire de Saint-Jean-de-Braye, "autour de Jean-Pierre Sueur, le Maire d'Orléans, tous les élus sont persuadés que les villes qui auront choisi le modèle rhénan, c'est-à-dire d'offrir des transports publics rapides et non polluants, qui auront eu le courage de redistribuer l'espace public, seront celles qui auront le plus de chances dans la compétition qui va opposer les agglomérations au XXIè siècle. Car ce sont là des facteurs essentiels pour l'attractivité économique et environnementale".
Outil au service d'une ambition économique, le futur tramway se veut également le pivot d'une restructuration urbaine. Il devrait en effet contribuer à ressouder une agglomération "qui part en lambeaux", en revalorisant les "quatre pôles secondaires" d'Orléans définis dans le SDAU adopté en 1993.

A la strasbourgeoise
Le réseau tramway devrait en effet comprendre deux lignes. La première, Nord-Sud, reliera sur 17 km Fleury-les-Aubrais à La Source, en passant par le centre d'Orléans. Son tracé définitif sera acquis en mars prochain mais l'objectif est clair : réintégrer La Source à l'agglomération. Ce n'est pas un détail si l'on sait que cette ville, créée dans les années soixante à une douzaine de km du centre, compte aujourd'hui 40 000 habitants et accueille une université de 20 000 étudiants.
La deuxième ligne suivra sur 10 km un axe Ouest-Est, entre le centre d'Orléans et Saint-Jean-de-Braye, avec une possibilité d'extension de 10 km supplémentaires vers Chécy.
Restructuration donc, revalorisation également. La mise en service de la première ligne va en effet s'accompagner d'un nouveau plan de circulation, "à la strasbourgeoise" selon Jean-Pierre Lapaire, d'une amélioration de l'accessibilité au centre ville, d'un réaménagement des places et d'un nouveau partage de l'espace public en faveur des piétons et des deux-roues.
A quoi il faut ajouter la création de parkings d'échange, qui seront intégrés à la tarification et gérés par
la SEMTAO.

Pour une capitale régionale
Pour financer le coût de cette première ligne, soit 1,790 MdF (francs janvier 1995), le SIVOM dispose d'ores et déjà de 150 MF correspondant à des excédents de VT, de 100 MF apportés par la SEMTAO en application d'une convention signée en 1994, pour le rachat au SIVOM du parc de véhicules. L'Etat - qui "s'intéresse beaucoup au projet" - devrait contribuer à hauteur de 400 MF environ.
Reste à emprunter environ 900 MF sur une durée de 25 ans, les 250 MF restants à trouver étant fournis par l'augmentation prévue du VT à 1,75 %. En dépit d'un "appel à désobéissance civique" lancé par la Chambre de Commerce, il semble que les entreprises locales sont plus disposées à supporter l'augmentation du VT qu'une hausse de la taxe professionnelle : "elles sont sensibles au fait que les administrations elles aussi sont redevables du VT", rappelle Jean-Pierre Lapaire.
L'impôt local ne sera donc pas mis à contribution pour cette première ligne mais devrait l'être pour la deuxième dont l'étude APS sera lancée en mai 1997. En la matière, explique Jean-Pierre Lapaire, le SIVOM dispose d'une marge puisqu'à l'heure actuelle, le coût du transport collectif est de 15 F par habitant contre 150 F en moyenne pour une agglomération de taille équivalente. En attendant, le compte à rebours a commencé pour ce projet qui aidera l'agglomération à être une "capitale régionale à la hauteur de ses ambitions".

 



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