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Région-pilote pour la mise en place d'un schéma régional multimodal des transports, le Nord/Pas-de-Calais pratique l'intermodalité depuis de nombreuses années. Au nom d'un constat clair : le développement de la région passe par un transport collectif efficace, avec des réseaux intégrés.
Pierre Mauroy : "mieux vivre grâce au transport" La Lettre du GART : Comment la Communauté urbaine s'inscrit-elle dans l'élaboration du schéma régional multimodal des transports ? Ce type de schéma peut-il remettre en cause le champ de compétences des différentes AO ? Pierre Mauroy : Avec le quart de la population de la région, la Communauté urbaine représente une pièce maîtresse dans l'organisation générale des déplacements. Il est évident que le schéma en cours d'élaboration ne remet pas en cause les compétences des uns et des autres. Depuis toujours, la Région, le Département du Nord et la Communauté urbaine entretiennent des relations étroites et positives dans le domaine des transports. Notre établissement public affirme sa volonté d'oe;uvrer en faveur d'une réflexion commune en participant, par le biais du Syndicat mixte des transports, à l'Association des autorités organisatrices du transport collectif public de voyageurs de la région Nord-Pas-de-Calais. Pensez-vous, comme beaucoup, que le développement des TC passe par la mise en oe;uvre de l'intermodalité ? Il va sans dire que l'intermodalité est l'une des clés du développement. Dans son schéma directeur de développement et d'urbanisme, la CU a affiché clairement son ambition : "doubler le nombre de déplacements en transport en commun dans l'arrondissement de Lille d'ici vingt ans, en favorisant les synergies entre modes de transport". Cette profession de foi fixe clairement les grandes lignes de force de notre développement futur en matière de transports. Pour parvenir à ce doublement de la clientèle il nous faudra non seulement développer le réseau communautaire mais aussi mettre en place une politique de stationnement adaptée, multiplier et optimiser les points d'échanges entre train, métro, bus, tramway, vélo et voiture, prendre en compte les aspects liés aux TC dans tous les projets d'aménagement et valoriser le réseau ferroviaire. Les travaux d'une nouvelle ligne de métro, en majeure partie souterraine, viennent d'être lancés. Pourquoi souterraine ? Pour des raisons urbanistiques ou pour ne pas "heurter" les automobilistes en "empiétant" trop sur la voirie ? Le tracé du métro traverse la partie la plus dense de notre agglomération et nous avons toujours apporté le plus grand soin à l'intégration de nos lignes dans le paysage existant, moins pour ne pas "heurter" l'automobiliste que pour préserver le cadre de vie des habitants. Et c'est là l'essentiel. Nous avons donc utilisé plusieurs méthodes de construction : viaducs, tranchées couvertes et tunnels. Nous avons toujours été guidés par un objectif : mieux vivre grâce au métro. Le développement des TC participe de la lutte contre la pollution. Quelles réactions vous inspire ainsi le projet de loi sur l'air de Corinne Lepage ? Grâce aux systèmes de mesure mis en place dans les villes, et à Lille depuis fort longtemps d'ailleurs, on se rend compte que, généralement, 60 à 70 % de la pollution est due à la circulation automobile. Mais il ne suffit pas de mesurer : il est maintenant indispensable de réduire cette pollution. Il n'est pas question aujourd'hui d'opposer la voiture particulière aux transports collectifs et de créer des centre-villes entièrement piétonniers : le commerce en subirait de trop graves conséquences. Parallèlement aux progrès nécessaires à effectuer en matière de carburant ou de conception des moteurs, il faut offrir une alternative attrayante pour tous et jouer la complémentarité entre la voiture et les TC. C'est d'ailleurs dans cet esprit que la Communauté urbaine travaille depuis de nombreuses années. Il faudra poursuivre ce travail et le renforcer. Pierre Mauroy, Sénateur-Maire de Lille - Président de la Communauté urbaine.
Jean-Claude Gosselin : "une priorité forte" La Lettre du GART : Quand on parle d'intermodalité, ce n'est pas nouveau pour vous. Jean-Claude Gosselin : L'intermodalité est en effet notre priorité depuis vingt ans. Aujourd'hui, nous offrons deux lignes de métro avec 20 stations en correspondance , une ligne de tramway, 34 lignes d'autobus, 34 lignes d'autocars dont 8 sont transfrontalières avec la Belgique , 46 gares SNCF et 29 bornes d'appel taxi implantées dans 26 communes non desservies. Quelle offre supplémentaire va représenter le prolongement de la ligne 2 du métro ? Il s'agit de construire 16 kms supplémentaires de ligne, avec 21 stations, pour desservir Villeneuve d'Ascq, Wasquehal, Roubaix, Tourcoing. A l'horizon 2000, nous aurons 45 kms de métro automatique, jusqu'à la frontière belge, et nous pourrons fixer un nouveau pôle de développement tertiaire à Roubaix, le Téléport, pour que le développement ne profite pas qu'à Lille. Quelles sont vos réalisations en matière d'intégration tarifaire ? Nous avons, depuis longtemps, un système de tarification unique pour le métro, le tramway et les autobus. Depuis un accord signé en 1986 entre le Syndicat mixte des transports, la SNCF et le Conseil régional, il est complété par une tarification intégrée avec le réseau régional. C'est le "Ticket Plus", qui permet de circuler sur l'ensemble des réseaux, urbain, services TER, lignes d'autocars subventionnées. En dépit de leur volonté de développer les TC, les collectivités sont confrontées à des contraintes financières lourdes. Comment conciliez-vous les deux ? Nous estimons que les projets de développement de TC sont essentiels pour la métropole : c'est pourquoi nous avons institué une fiscalité propre, c'est-à-dire que nous majorons les impôts de 2,42 % en plus de l'inflation pour financer les transports. Nous avons, en outre, l'intention de porter à nouveau le VT à 1,75 % en 1996 afin de dégager des marges pour nos investissements. Vous le voyez, les transports sont, pour nous, une priorité forte, parce qu'ils font partie de la vie quotidienne de centaines de milliers de personnes. Jean-Claude Gosselin, Président du Syndicat mixte des transports en commun de la Communauté urbaine de Lille.
Jacques Donnay :"pour une mobilité choisie" La Lettre du GART : Comment le Département du Nord participe-t-il à la réflexion sur le schéma régional des transports ? Jacques Donnay : Le Département est particulièrement concerné par cette réflexion. Il a, en effet, la responsabilité du transport scolaire de 140 000 élèves, soit près de 30 % de la population scolarisée du Nord. Responsabilité également de l'organisation des transports interurbains, qui assurent la desserte de 75 % des 652 communes du département. Par ailleurs, il contribue, pour 145 MF, au financement du transport urbain. Nous avons participé, dans un premier temps, à la réalisation d'un recueil de données sur l'offre et la demande de transport collectif.
Le rôle moteur donné aux Régions pour l'élaboration des schémas peut-il conduire, à votre avis, à revoir le champ de compétences des différentes AO ? Là-dessus, je rappellerais simplement la position adoptée à Tours, lors du congrès de l'Association des présidents de Conseils généraux. Sans remettre en cause la LOTI, qui a démontré sa souplesse d'application, il convient, sans doute, de la compléter par une clarification du rôle des différentes autorités, et par une réflexion sur le système de financement actuel, notamment dans le cadre d'une ressource spécifique affectée aux transports urbains et interurbains.
C'est souvent par le transport scolaire que les jeunes "font connaissance" avec le transport collectif, et que l'on peut les inciter à utiliser celui-ci plus tard. Que faites-vous en la matière ? Nous avons mis en place toute une série de mesures dans les domaines de la qualité et du confort : âge moyen des véhicules des lignes régulières, de l'ordre de 7 ans ; plan de suppression des strapontins ; nouvel habillage des autocars défini avec les collégiens du Conseil départemental des jeunes ; accueil spécifique de rentrée scolaire ; restructurations permanentes du réseau pour mieux répondre à la demande ; ou encore projet de "charte du conducteur". De plus en plus, il faut que nous proposions, aux jeunes et aux futurs adultes, une "mobilité choisie" et non plus une "mobilité subie". Croyez bien que nous nous y employons activement. Jacques Donnay, Président du Conseil général du Nord - Député européen.
Marie-Christine Blandin :"autour du TER" La Lettre du GART : Vous êtes une des régions-pilotes pour bâtir un schéma multimodal des transports. Quels sont vos objectifs et les actions prioritaires que vous souhaitez mener ? Marie-Christine Blandin : Notre Région s'est lancée très tôt dans l'élaboration d'un schéma régional des transports. Une première étude a été réalisée et un schéma adopté en juin 1995. L'objectif est essentiellement d'organiser l'offre de transport autour du TER afin d'avoir un schéma complet et adapté aux besoins des usagers. Cela suppose une tarification adaptée, une offre multimodale bien connue des usagers, une bonne articulation des correspondances et, plus globalement, un rabattement des différents modes de transports sur le TER. Parmi les actions proposées, j'en noterai trois : la création de parcs de stationnement de rabattement à proximité de l'agglomération de Lille, pour permettre à l'automobiliste de terminer son trajet par le TER ; l'utilisation des deux-roues, avec la possibilité de les transporter dans les voitures TER et de les consigner en sécurité ; la mise en place de dessertes cadencées sur les lignes les plus fréquentées, particulièrement entre Lille et les grandes agglomérations de l'aire urbaine régionale.
Quels sont les différents partenaires impliqués dans ce schéma ? Ce sont les autorités organisatrices des transports mais également les représentants d'usagers et les différentes entreprises. A cet effet, un comité de suivi des usagers TER s'est mis en place depuis trois ans et se réunit de manière très régulière et exemplaire pour faire le point des améliorations à effectuer sur le réseau TER. L'élaboration du 4ème Plan régional, en 1992, a été également l'occasion d'une large concertation. Une journée a été organisée sur le thème des transports de voyageurs, évoquant notamment cette question de l'intermodalité et de la coordination des AO. La Région a pris l'initiative d'installer le premier "GART régional", regroupant l'ensemble des 16 AO de la région. Cela permet de suivre, pas à pas, la mise en place du schéma régional.
Dans le cadre d'une convention signée en 1994 entre la SNCF et la Région, est envisagée la création d'une carte à puce permettant de payer le billet TER, le bus, le parking... Où en est ce projet ? Appelé Transcarte, il est actuellement en cours de réalisation dans le Valenciennois. Très complexe techniquement, il me paraît une voie d'avenir pour l'intégration tarifaire de l'ensemble des réseaux de transports. Il simplifie pour l'usager cette utilisation et se veut incitatif à ce niveau.
L'utilisation accrue des TC permet de lutter contre la pollution et d'améliorer la qualité de vie. Dans cet esprit, que pensez-vous du projet de loi de Corinne Lepage ? Ce projet est plein de bonnes intentions mais doit être suivi d'actes concrets. Il est évident que le problème de la pollution sera de plus en plus au coe;ur de la problématique des transports en milieu urbain. Il en est de même de la question de l'énergie, puisque le secteur des transports est actuellement le seul qui connaisse encore une vive progression de consommation d'énergie et de rejets polluants. Il y a donc d'énormes efforts à faire. Les TC et les transports les plus économes en énergie (vélo et, bien évidemment, marche à pied) sont des pistes d'avenir à valoriser. Cela suppose une plus grande intermodalité et une politique volontariste à tous les niveaux. Marie-Christine Blandin, Présidente du Conseil régional Nord/Pas-de-Calais.
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