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Grand Stade
Les TC d'abord
Sur 80 000
spectateurs se rendant au futur Grand Stade de Saint-Denis, 50
000 devraient emprunter les TC. Un objectif qui répond
à la volonté des élus régionaux et
des pouvoirs publics de privilégier les transports collectifs
en Ile-de-France.
80 000
personnes, soit toute la population de Bourges, ou celle de Pau,
concentrée en un seul lieu au même moment : le Grand
Stade de Saint-Denis, c'est cela. C'est également, selon
Jacques Rousset, Vice-Président du Syndicat des Transports
Parisiens, "une hypothèse et un objectif" :
mettre en place une offre de transports collectifs telle que
50 000 personnes puissent les utiliser pour rejoindre cet équipement
sportif, dernier grand chantier d'Etat du siècle. Et cela,
dès la fin 1997.
Pour atteindre cet objectif, deux grands projets et un "projet
plus modeste" vont être réalisés : le
déplacement d'une gare de la ligne B du RER et la création
d'une nouvelle gare sur la ligne D ; l'aménagement de
la station de métro Porte de Paris, sur la ligne 13.
Ces trois projets représentent 685 MF dont 610 MF pour
les deux gares et 75 MF pour la station de métro. Le financement
des gares est assuré pour 400 MF par l'Etat (120 MF) et
la région (280 MF) au titre du contrat de plan pour 61
MF par la SNCF, pour 149 MF par le STP sur le produit des amendes.
Quant aux 75 MF du métro, ils sont couverts par le STP
pour 65 MF et par la région pour 10 MF. En outre, précise
Marie-Michelle Bataille, Présidente de la commission transports
collectifs du Conseil régional, la région apporte
120 MF pour la couverture de l'autoroute A1.
Réflexions
coordonnées
Un tel
investissement n'est-il pas surdimensionné, quand on sait
déjà que le Grand Stade accueillera rarement des
manifestations attirant 80 000 spectateurs ? Non, répondent
Jacques Rousset et Marie-Michelle Bataille, car les projets TC
vont bien au-delà de la seule desserte du stade : ils
s'intégreront en effet dans le vaste programme d'aménagement
urbain de La Plaine Saint-Denis.
Deux éléments forts marquent celui-ci : la participation
très en amont du STP dans ce programme, la volonté
affichée des pouvoirs publics de privilégier les
TC fondée sur la certitude que les transports collectifs
constituent un "facteur déterminant du développement
de ce secteur" de 650 hectares, affirme l'élue.
Dès 1991, le STP, avec la RATP et la SNCF, ont fait partie
d'un groupe de travail réunissant toutes les collectivités
et administrations concernées pour étudier la desserte
en TC de La Plaine. Un groupe constitué dans le cadre
de la Mission stratégique Plaine Saint-Denis chargée
d'examiner les mutations de toute cette zone du nord de Paris.
En outre, l'ensemble des réflexions a été
mené en concertation avec le syndicat "Plaine-Renaissance"
(qui regroupe notamment les trois communes de Saint-Denis, Aubervilliers
et Saint-Ouen), la ville de Paris et la DDE de Seine-Saint-Denis.
Le syndicat s'est donné pour vocation de préparer
le remodelage de La Plaine en développant les activités
tertiaires, en construisant 12 500 logements d'ici à 2015,
en créant un nouvel "horizon-paysage", avec
des squares et des jardins. Bref, il s'agit de "faire de
La Plaine une ville et non un réservoir à taxe
professionnelle".
La décision du gouvernement, en novembre 1993, d'implanter
le Grand Stade à Saint-Denis n'a donc pas pris de court
le STP, reconnaît Jacques Rousset, le Syndicat ayant déjà
"accumulé les éléments d'appréciation
sur les besoins à long terme du secteur". Ainsi,
l'aménagement de la station de métro Porte de Paris,
prévu pour améliorer la desserte de l'université
de Saint-Denis, était déjà étudié
comme le déplacement de 300 mètres de la gare sur
la ligne B du RER. Les moyens dégagés pour desservir
le Grand Stade ne doivent donc pas être pris à l'aune
de ce seul équipement mais vus dans la perspective plus
globale du développement de tout un territoire, insiste
Marie-Michelle Bataille. Actuellement, dit-elle "pas âme
qui vive n'a envie de s'y installer et les étudiants voulant
rejoindre l'Université doivent faire un parcours du combattant.
Quand l'offre en transports collectifs existera, automatiquement
une nouvelle vie va se développer ici".
Volontarisme
Et de
prendre pour exemple le site de Marne-la-Vallée : "si
nous n'avions pas décidé d'anticiper son développement
en proposant une offre de transports attractive, jamais ce pôle
économique ne serait devenu ce qu'il est en train de devenir".
C'est bien pourquoi le Conseil régional a confirmé,
dans son contrat de Plan, le principe des deux tiers/un tiers
: deux tiers d'investissement pour les TC, un tiers pour les
routes, soit la proportion inverse des déplacements des
Franciliens (14 millions en voiture par jour, 6 en TC). Des chiffres
qui marquent "l'effort considérable" des élus
pour affirmer la priorité qu'ils donnent aux TC : "on
ne peut nous taxer d'absence de volontarisme", conclut Marie-Michelle
Bataille.
Paroles
d'architectes 
Michel Macary
fera le Grand Stade, Jean Nouvel a failli le faire. Au-delà
de la compétition, les deux architectes disent ce que
sera la ville de demain.
La ville
de demain ne sera pas urbaine au sens de la ville classique,
avec ses alignements et ses îlots", estime Michel
Macary, dont le projet de Grand Stade a été choisi
par Edouard Balladur en novembre 1994.
Concurrent évincé mais continuant de se battre
en justice au nom du "respect des principes d'égalité
et de transparence", Jean Nouvel rejoint, au moins sur ce
point, son confrère architecte : "l'attitude normative
des années 50 et 60, conduisant à l'échec
des villes nouvelles, ne peut plus durer. L'urbanisme a sombré
dans le ridicule et les villes sont devenues des nébuleuses,
un chaos, un engluement".
De quoi sera alors faite la ville de demain ? Selon l'école
de pensée des architectes dits contextuels, elle sera
attentive à "faire du lien" avec l'existant.
Fini l'indifférence à l'environnement, "au
placard" la répétitivité et vive l'intégration
intelligente, l'hétérogénéité
! Les principes de la ville de demain : transformation, plutôt
que création ; métamorphose, plutôt que destruction.
Pour Jean Nouvel, les architectes devront donc "ne pas avoir
l'ambition de créer un monde artificiel mais celle de
modifier une situation préexistante". Aujourd'hui,
estime-t-il en effet, "la ville ne peut plus bouger que
par itération, altération, substitution ou révélation".
Cette entrée dans "l'ère de la transformation",
qui constitue un "acte culturel aussi fort qu'une création",
nécessite un "travail d'analyse et de diagnostic
très fort" de la part des architectes.
Tout l'enjeu réside, pour les professionnels, dans le
"développement d'une forme de conscience" à
l'aspect "incommensurable" des choses, à la
nécessité de "ne pas aseptiser" les réponses
en reproduisant un modèle global et en tenant pour acquises
les stratégies de développement.
Comme un être vivant, une ville évolue. "Devenus
adultes", les architectes ont compris que "la planification
à terme du construit est rapidement mise à mal",
que "toute stratégie a un côté aléatoire".
Façon de dire que les pratiques actuelles ne sont pas
encore imprégnées de cette réalité,
car" l'urbanisme est souvent fait de façon trop technocratique,
sans prendre en compte le temps, l'espace, l'appropriation...
Appropriation : c'est ce principe que Jean Nouvel avait mis en
avant dans son projet de Grand Stade en proposant, autour de
cet équipement, la création d'une vingtaine de
salles de cinémas, de salles de sport... Même volonté
de bâtir, avec le stade, "un pôle de vie sociale",
pour l'équipe lauréate de Michel Macary : en abritant
médiathèque, restaurants, équipements de
santé, le stade "ne sera pas un lieu d'exclusion
mais un lieu de métissage, de rattachement permanent à
la vie du quartier". Le Grand Stade va "générer
la ville", comme autrefois les arènes.
"Faire de la ville" est bien le leitmotiv des architectes
d'aujourd'hui, selon Michel Macary. Pour cela, dit Jean Nouvel,
"il faut travailler de la grande échelle à
la petite échelle", dans un esprit de collaboration
étroite avec toutes les compétences. Une condition
à remplir, "mettre davantage de matière grise
dans la conception de la ville de demain".
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