[Anciens numéros]

Mars 1995

 LA LETTRE DU GART  

Sommaire (attendre que toute la page soit chargée pour activer ces liens):


Grand Stade
Les TC d'abord

Sur 80 000 spectateurs se rendant au futur Grand Stade de Saint-Denis, 50 000 devraient emprunter les TC. Un objectif qui répond à la volonté des élus régionaux et des pouvoirs publics de privilégier les transports collectifs en Ile-de-France.
80 000 personnes, soit toute la population de Bourges, ou celle de Pau, concentrée en un seul lieu au même moment : le Grand Stade de Saint-Denis, c'est cela. C'est également, selon Jacques Rousset, Vice-Président du Syndicat des Transports Parisiens, "une hypothèse et un objectif" : mettre en place une offre de transports collectifs telle que 50 000 personnes puissent les utiliser pour rejoindre cet équipement sportif, dernier grand chantier d'Etat du siècle. Et cela, dès la fin 1997.
Pour atteindre cet objectif, deux grands projets et un "projet plus modeste" vont être réalisés : le déplacement d'une gare de la ligne B du RER et la création d'une nouvelle gare sur la ligne D ; l'aménagement de la station de métro Porte de Paris, sur la ligne 13.
Ces trois projets représentent 685 MF dont 610 MF pour les deux gares et 75 MF pour la station de métro. Le financement des gares est assuré pour 400 MF par l'Etat (120 MF) et la région (280 MF) au titre du contrat de plan pour 61 MF par la SNCF, pour 149 MF par le STP sur le produit des amendes. Quant aux 75 MF du métro, ils sont couverts par le STP pour 65 MF et par la région pour 10 MF. En outre, précise Marie-Michelle Bataille, Présidente de la commission transports collectifs du Conseil régional, la région apporte 120 MF pour la couverture de l'autoroute A1.

Réflexions coordonnées
Un tel investissement n'est-il pas surdimensionné, quand on sait déjà que le Grand Stade accueillera rarement des manifestations attirant 80 000 spectateurs ? Non, répondent Jacques Rousset et Marie-Michelle Bataille, car les projets TC vont bien au-delà de la seule desserte du stade : ils s'intégreront en effet dans le vaste programme d'aménagement urbain de La Plaine Saint-Denis.
Deux éléments forts marquent celui-ci : la participation très en amont du STP dans ce programme, la volonté affichée des pouvoirs publics de privilégier les TC fondée sur la certitude que les transports collectifs constituent un "facteur déterminant du développement de ce secteur" de 650 hectares, affirme l'élue.
Dès 1991, le STP, avec la RATP et la SNCF, ont fait partie d'un groupe de travail réunissant toutes les collectivités et administrations concernées pour étudier la desserte en TC de La Plaine. Un groupe constitué dans le cadre de la Mission stratégique Plaine Saint-Denis chargée d'examiner les mutations de toute cette zone du nord de Paris.
En outre, l'ensemble des réflexions a été mené en concertation avec le syndicat "Plaine-Renaissance" (qui regroupe notamment les trois communes de Saint-Denis, Aubervilliers et Saint-Ouen), la ville de Paris et la DDE de Seine-Saint-Denis. Le syndicat s'est donné pour vocation de préparer le remodelage de La Plaine en développant les activités tertiaires, en construisant 12 500 logements d'ici à 2015, en créant un nouvel "horizon-paysage", avec des squares et des jardins. Bref, il s'agit de "faire de La Plaine une ville et non un réservoir à taxe professionnelle".
La décision du gouvernement, en novembre 1993, d'implanter le Grand Stade à Saint-Denis n'a donc pas pris de court le STP, reconnaît Jacques Rousset, le Syndicat ayant déjà "accumulé les éléments d'appréciation sur les besoins à long terme du secteur". Ainsi, l'aménagement de la station de métro Porte de Paris, prévu pour améliorer la desserte de l'université de Saint-Denis, était déjà étudié comme le déplacement de 300 mètres de la gare sur la ligne B du RER. Les moyens dégagés pour desservir le Grand Stade ne doivent donc pas être pris à l'aune de ce seul équipement mais vus dans la perspective plus globale du développement de tout un territoire, insiste Marie-Michelle Bataille. Actuellement, dit-elle "pas âme qui vive n'a envie de s'y installer et les étudiants voulant rejoindre l'Université doivent faire un parcours du combattant. Quand l'offre en transports collectifs existera, automatiquement une nouvelle vie va se développer ici".

Volontarisme
Et de prendre pour exemple le site de Marne-la-Vallée : "si nous n'avions pas décidé d'anticiper son développement en proposant une offre de transports attractive, jamais ce pôle économique ne serait devenu ce qu'il est en train de devenir".
C'est bien pourquoi le Conseil régional a confirmé, dans son contrat de Plan, le principe des deux tiers/un tiers : deux tiers d'investissement pour les TC, un tiers pour les routes, soit la proportion inverse des déplacements des Franciliens (14 millions en voiture par jour, 6 en TC). Des chiffres qui marquent "l'effort considérable" des élus pour affirmer la priorité qu'ils donnent aux TC : "on ne peut nous taxer d'absence de volontarisme", conclut Marie-Michelle Bataille.

 

Paroles d'architectes
Michel Macary fera le Grand Stade, Jean Nouvel a failli le faire. Au-delà de la compétition, les deux architectes disent ce que sera la ville de demain.
La ville de demain ne sera pas urbaine au sens de la ville classique, avec ses alignements et ses îlots", estime Michel Macary, dont le projet de Grand Stade a été choisi par Edouard Balladur en novembre 1994.
Concurrent évincé mais continuant de se battre en justice au nom du "respect des principes d'égalité et de transparence", Jean Nouvel rejoint, au moins sur ce point, son confrère architecte : "l'attitude normative des années 50 et 60, conduisant à l'échec des villes nouvelles, ne peut plus durer. L'urbanisme a sombré dans le ridicule et les villes sont devenues des nébuleuses, un chaos, un engluement".
De quoi sera alors faite la ville de demain ? Selon l'école de pensée des architectes dits contextuels, elle sera attentive à "faire du lien" avec l'existant. Fini l'indifférence à l'environnement, "au placard" la répétitivité et vive l'intégration intelligente, l'hétérogénéité ! Les principes de la ville de demain : transformation, plutôt que création ; métamorphose, plutôt que destruction.
Pour Jean Nouvel, les architectes devront donc "ne pas avoir l'ambition de créer un monde artificiel mais celle de modifier une situation préexistante". Aujourd'hui, estime-t-il en effet, "la ville ne peut plus bouger que par itération, altération, substitution ou révélation". Cette entrée dans "l'ère de la transformation", qui constitue un "acte culturel aussi fort qu'une création", nécessite un "travail d'analyse et de diagnostic très fort" de la part des architectes.
Tout l'enjeu réside, pour les professionnels, dans le "développement d'une forme de conscience" à l'aspect "incommensurable" des choses, à la nécessité de "ne pas aseptiser" les réponses en reproduisant un modèle global et en tenant pour acquises les stratégies de développement.
Comme un être vivant, une ville évolue. "Devenus adultes", les architectes ont compris que "la planification à terme du construit est rapidement mise à mal", que "toute stratégie a un côté aléatoire". Façon de dire que les pratiques actuelles ne sont pas encore imprégnées de cette réalité, car" l'urbanisme est souvent fait de façon trop technocratique, sans prendre en compte le temps, l'espace, l'appropriation...
Appropriation : c'est ce principe que Jean Nouvel avait mis en avant dans son projet de Grand Stade en proposant, autour de cet équipement, la création d'une vingtaine de salles de cinémas, de salles de sport... Même volonté de bâtir, avec le stade, "un pôle de vie sociale", pour l'équipe lauréate de Michel Macary : en abritant médiathèque, restaurants, équipements de santé, le stade "ne sera pas un lieu d'exclusion mais un lieu de métissage, de rattachement permanent à la vie du quartier". Le Grand Stade va "générer la ville", comme autrefois les arènes.
"Faire de la ville" est bien le leitmotiv des architectes d'aujourd'hui, selon Michel Macary. Pour cela, dit Jean Nouvel, "il faut travailler de la grande échelle à la petite échelle", dans un esprit de collaboration étroite avec toutes les compétences. Une condition à remplir, "mettre davantage de matière grise dans la conception de la ville de demain".

 



22, rue de Palestro - 75002 PARIS - Tél. : 01 40 41 18 19 - Fax : 01 40 41 18 11

Copyright GART 1998-2005 - administrateur du site