Etat
des lieux
/ Principaux enseignements
/ Mode d'emploi
Synthèse
d'une recherche pilotée par le gart dans le cadre du predit,
réalisée par le codra et fors
Recherche sociale
- Des exemples français
et étrangers pour comprendre les transports à la
demande
- En dépit
des spécificités locales, une ossature commune
émerge
- Créer un
transport à la demande, c'est d'abord répondre
à des questions
Né au milieu
des années 1970, le concept de transport à la demande
avait pour objectifs d'assurer l'irrigation de zones rurales
peu denses et de faciliter le déplacement des personnes
à mobilité réduite. Si ces objectifs initiaux
en constituent encore la principale matière, le concept
s'est aujourd'hui notablement élargi : desserte de zones
périurbaines, services de soirée, liaisons domicile-travail,...
Cette extension de l'éventail des services proposés
s'inscrit dans une évolution de la mobilité caractérisée,
d'une part, par une augmentation de l'usage de l'automobile et,
d'autre part, par l'éclatement de la ville, la dispersion
des origines et destinations et l'évolution des modes
de vie.
Les transports à la demande mis en place par les autorités
organisatrices et les exploitants ont pour vocation d'enrayer
le recours à l'automobile, en proposant des solutions
collectives répondant à des besoins individuels
diversifiés, et d'assurer le droit au transport pour tous.
Mieux connaître
pour agir
Dans ce contexte,
il a paru utile de dresser l'état des lieux du transport
à la demande afin de dégager des pistes de réflexion
quant à l'amélioration du système et de
proposer des recommandations pour leur création.
Tel est l'objet de la recherche "Transport à la demande"
pilotée par le GART, dans le cadre du PREDIT, et réalisée
par deux bureaux d'études, CODRA et FORS Recherche sociale,
avec l'appui de trois panels d'experts.
Ce document, dont la synthèse est présentée
dans les pages suivantes, est conçu en trois parties
- l'état des
lieux, sur la base d'études bibliographiques, de l'analyse
approfondie de dix opérations menées en France confrontée
à l'examen d'exemples étrangers ;
- les principaux enseignements
qui se dégagent des observations faites ;
- une suggestion de
méthodologie pour l'étude de tout projet de services.
Réflexion
prospective 
Au-delà des informations
concrètes qu'elle fournit, cette étude permet de
mieux percevoir les évolutions en cours, de pointer des
aménagements réglementaires à instaurer,
de cerner des lacunes.
La problématique actuelle de l'aménagement du territoire
et de la gestion urbaine s'articule autour de la restauration
de l'attractivité de zones en déshérence,
la restructuration des banlieues, la réhabilitation de
la proximité. Elle induit de nouveaux modes de mobilité
qui, s'ils élargissent le champ des possibles pour les
citoyens, créent des nuisances pour la collectivité
(congestion, pollution,...). Par sa souplesse, le transport à
la demande peut répondre à ces nouveaux besoins,
tout en respectant les principes du développement durable.
Mais le "libéralisme" de la mobilité
doit sans doute s'accompagner d'une libéralisation de
l'initiative, des réglementations trop contraignantes
risquant de limiter le développement des transports à
la demande. Les règles de "droit de lignes",
appliquées en Ile-de-France, et les obligations liées
à la loi Sapin devraient, à cet égard, être
réexaminées.
Reste la clientèle qui, paradoxalement, fait l'objet de
peu d'enquêtes. Combler cette lacune apparaît d'autant
plus nécessaire que les atouts des transports à
la demande peuvent être perçus comme des contraintes
(réservation obligatoire, convivialité forcée,...).
Et qu'il faut répondre à cette question centrale
: à quelle demande répondent réellement
les transports à la demande ?
ETAT DES LIEUX
Les transports
à la demande existent dans la moitié du territoire
français
Les services
de transport à la demande sont apparus en France en 1974,
dans le cadre des premiers schémas régionaux de
transport. Si leur rythme de création a été
rapide et important jusqu'en 1985, celui-ci marque un ralentissement
depuis 1991, constate une étude du CERTU.
En 1997, selon deux enquêtes du GART, des transports à
la demande fonctionnent, à l'initiative des autorités
organisatrices de transport (AO), dans 41 départements
et 37 agglomérations. L'Ile-de-France présente
un caractère particulier, peu de services étant
recensés. Les conditions d'application de la LOTI (Loi
d'orientation des transports intérieurs) et la faible
ruralité de cette région peuvent expliquer ce constat.
En Europe,
ces services, tarifés au prix fort, sont pratiquement
tous en expansion 
Pratiquement tous les
pays européens ont institué, à partir des
années 1970, des services de transport à la demande.
Comme en France, ils relèvent d'une initiative politique
et ont pour vocation de desservir des zones peu denses ou d'offrir
un service satisfaisant en heures creuses ou de compléter
un service existant. Deux motivations sous-tendent la création
de ces services : la recherche d'une baisse des coûts et
l'amélioration de l'offre de transport.
Au travers des dix cas examinés (Allemagne, Autriche,
Belgique, Pays-Bas, Suède, Italie), une différence
ressort par rapport à la situation française :
en général, les tarifs des services à la
demande sont beaucoup plus élevés que ceux des
services réguliers (environ 150 % de plus). Les recettes
afférentes étant intégrées dans les
comptes des réseaux de transport, il est toutefois difficile
de connaître le résultat financier exact de ces
services. Les taux de fréquentation sont extrêmement
variables (80 000 personnes par an à Tübingen, 3,6
millions aux Pays-Bas via le système Trein-taxi). La plupart
des services analysés sont toutefois en expansion.
La Grande-Bretagne présente un schéma particulier
: ce sont généralement des associations, regroupées
au sein d'une "Community Transport Association", qui
assurent les transports à la demande pour le compte ou
non des communes. Soit elles sont propriétaires des véhicules
et paient elles-mêmes les conducteurs, soit elles font
appel à des bénévoles qui utilisent leur
propre voiture.
Dix initiatives
françaises passées à la loupe pour une typologie
Le recensement
des expériences françaises et l'examen de quelques
exemples étrangers permettent de mettre en évidence
des caractéristiques des transports à la demande,
selon les secteurs desservis (ruraux, périurbains, interurbains),
les populations visées (actifs pour des déplacements
domicile-travail, actifs et non-actifs pour des déplacements
tous motifs, personnes âgées ou à mobilité
réduite...), le type d'organisation (publique : autorité
organisatrice et exploitant privé ; privée : société
à but commercial ou association).
Sur ces bases, dix opérations de transport à la
demande ont été spécifiquement analysées
: Appelbus à Toulon, Abraysie Bus à Orléans,
Idabus à L'Isle d'Abeau, Allegio en Ile-de-France, projet
Centaure du Val d'Oise, société Routair à
Reims, Distrinavette à Saverne, transports à la
demande du Rhône, Solidarité-Transport en Manche,
canton d'Arzano dans le Finistère.
Pour chacune de ces opérations, existantes ou en cours
de mise en place, ont été examinés : les
objectifs poursuivis, l'organisation et le fonctionnement du
système, la population et les zones desservies, les moyens
mis en oe;uvre, les résultats de fréquentation
et financiers, les évolutions envisagées.
A partir de l'observation pointue de ces services, l'étude
dresse une typologie des transports à la demande et met
en avant plusieurs enseignements.
PRINCIPAUX
ENSEIGNEMENTS

Résultant
d'une volonté politique, les transports à la demande
s'adressent à des populations variées
Majoritairement
mis en place par les autorités organisatrices, les transports
à la demande répondent à plusieurs motivations,
souvent cumulatives : développement local, accès
aux zones d'emploi, limitation de l'usage de la voiture, équité
territoriale, création d'emplois... Quand elles s'inscrivent
dans les mêmes perspectives, les initiatives d'entreprises
privées sont financièrement soutenues par les collectivités
; en revanche, celles émanant d'associations ne le sont
pas.
Hormis quelques cas de type associatif, l'exploitation des transports
à la demande est toujours assurée par des exploitants
privés. Il s'agit soit de l'exploitant du réseau
interurbain ou urbain, soit de transporteurs ou de taxis travaillant
en sous-traitance pour cet exploitant ou liés directement
à l'AO par une convention. Ces transports semblent ainsi
totalement intégrés dans la "sphère"
classique de l'organisation du transport de voyageurs.
Deux types d'utilisation et deux types de clientèle ressortent.
A l'intérieur des périmètres de transport
urbain (PTU), les transports à la demande desservent les
franges périphériques en complément des
services existants et s'adressent à une clientèle
plutôt urbaine qui peut être incitée à
abandonner la deuxième voiture. Hors PTU, les transports
à la demande sont conçus comme de mini-réseaux
de transport rural, s'adressant à des "captifs"
(personnes âgées, personnes à revenus modestes,
enfants).
Les modes
d'organisation, radicalement différents des services réguliers,
privilégient l'adaptabilité
Les transports
à la demande s'apparentent à des "lignes virtuelles"
à déclenchement : fréquemment soumis à
des horaires et itinéraires fixes, qui peuvent parfois
être adaptés, ils ne fonctionnent qu'en cas de réservation
demandée par le client. Celle-ci se fait principalement
via le téléphone (à un opérateur
central ou directement au conducteur), parfois par télématique.
Priorité est donnée aux véhicules de 5 à
15 places, en raison de leur coût d'acquisition modeste,
de frais kilométriques inférieurs à ceux
des véhicules plus importants et du faible taux de fréquentation
à la course.
La promotion des services est importante et ciblée, les
budgets consacrés étant proportionnellement plus
élevés que ceux destinés à la promotion
générale du réseau.
Le personnel affecté a un statut spécifique. Conditions
de travail particulières (temps partiel), rémunération
plus faible, non obligation du permis transport en commun pour
les véhicules de moins de 9 places : les conducteurs des
transports à la demande ne sont pas recrutés parmi
les conducteurs des réseaux urbains ou interurbains. Quand
ils ne sont pas taxiteurs, ce sont souvent des jeunes, en formation
ou bénéficiant de contrats aidés (qualification...).
Le transport
à la demande est souvent synonyme de besoins de financement

Le transport à
la demande est un marché étroit, représentant
en moyenne 57
000 km/an pour 21 000 personnes et un taux de remplissage moyen
de 1 à 1,5 personne, soit des résultats inférieurs
aux systèmes étrangers.
La tarification pratiquée est très hétérogène,
variant selon les zones desservies (à l'intérieur
ou à l'extérieur d'un PTU) et les volontés
locales. Elle reste néanmoins assez proche de celle des
services réguliers, les exemples étrangers montrant
à l'inverse des niveaux de tarifs beaucoup plus élevés
que ceux des services réguliers.
Dans la quasi-totalité des cas, les recettes tarifaires
ne permettent pas d'équilibrer le coût de production
des transports à la demande ; la participation financière
des collectivités est donc nécessaire. Si le coût
au km est contenu dans une fourchette de 5 à 10 F, le
coût au voyage varie, lui, de 20 à 50 F. Les recettes
étant en général faibles, le déficit
est couvert par les AO. Hors PTU, les conseils généraux
le prennent en charge dans 73 % des cas ; dans les PTU, le déficit
est intégré dans les comptes des réseaux
réguliers et supporté par l'AO. L'intervention
d'un financement privé (transporteurs, entreprises desservies)
est très rare.
MODE D'EMPLOI

Tout projet
de création de services doit s'appuyer sur une analyse
rigoureuse des objectifs poursuivis
La clarification
des objectifs poursuivis permet de déterminer la future
organisation du système. Trois types de questions doivent
être posés :
- le projet envisagé
répond-il à un besoin réel et identifié
d'une partie de la population ou de l'ensemble de celle-ci ou
correspond-il à un choix politique de l'AO ou technique
de l'exploitant ?
- des objectifs plus
larges sont-ils associés à ce projet : équité
territoriale, meilleur fonctionnement urbain, intercommunalité,
développement local, enjeux sociaux, accès aux
emplois, enjeu d'image pour les collectivités et les élus...
?
- peut-il répondre
à toutes les demandes ? Sont-elles toutes recevables ?
Quelles sont les priorités à satisfaire ?
Le recueil de données
préalables est indispensable à l'élaboration
du système. Celles-ci doivent mettre en évidence
:
- la cible visée
: toute la population ou des catégories spécifiques
? Quelle est son importance ? Quels sont ses revenus ?...
- le territoire desservi
: quelle est sa superficie ? Combien de communes sont concernées
? Comment sont répartis les emplois et les équipements
?...
- la mobilité
actuelle,
- l'offre déjà
existante.
Les moyens
à mettre en oeuvre doivent être clairement repertoriés
en fonction des populations visées 
Le montage juridique
doit tenir compte de la législation et des problèmes
de concurrence avec certains exploitants et artisans que le système
envisagé pourrait soulever. Ces conditions et contraintes
examinées, le choix reste large : service assuré
par l'exploitant déjà conventionné par l'AO,
par d'autres exploitants (entreprises ou taxis) conventionnés
directement par l'AO ou sous-traitant de l'exploitant principal,
par l'exploitant et une régie de quartier, par une association
de bénévoles...
La définition technique de l'exploitation doit être
rigoureuse et déterminer de façon précise
:
- le type de liaison
retenu : rabattement ou non sur des lignes régulières,
desserte de zones d'activités ou des gares, réseau
local ou départemental de desserte rurale,...
- les types d'horaires
et d'itinéraires : fixes et/ou libres, selon la souplesse
que l'on souhaite donner au système ;
- le mode de réservation
: bornes, serveur local, standard du transporteur ou de la mairie,
direct au chauffeur,... selon la catégorie du public visé
;
- les véhicules
et conducteurs affectés au service : bus ou car, minibus
ou taxi ; permis D nécessaire ou non...
La gestion du système
relève d'un choix politique. Ainsi, la tarification retenue
découle des objectifs poursuivis, de même que le
niveau de participation financière de l'AO. Sur ce point,
les collectivités peuvent réfléchir, toutefois,
à l'alléger en associant des partenaires pour l'investissement
en matériel, l'exploitation, la promotion...
Une bonne information est essentielle à la bonne marche
du système. Elle doit être personnalisée
et permanente. Les outils et techniques prévus doivent
donc être précisément définis (presse
locale, affiches, guides, courriers, réunions...). Les
véhicules utilisés et la signalétique particulière
doivent également être facilement repérables.
Evolutif
par nature, le système doit être régulièrement
suivi et ses effets évalués 
Un suivi du système
doit être instauré pour en assurer la meilleure
pertinence possible. Deux types d'enquêtes sont possibles
:
- une enquête quantitative sur la fréquentation,
le taux de remplissage, l'origine et la destination des clients
- une enquête qualitative, à base d'interviews,
sur les observations et suggestions des clients.
Une structure permanente d'évaluation doit être
créée, réunissant les acteurs et partenaires
concernés (AO, exploitant, artisans, clients,...). Cette
évaluation repose sur des critères et indicateurs
précis, destinés à vérifier la cohérence
du système avec les objectifs initiaux poursuivis. Elle
doit permettre, également, de mesurer les effets directs
et induits, prévus ou non, générés
par la mise en place du système.
"Le transport
à la demande - Etat de l'art et perspectives", ouvrage
publié par le GART dans le cadre du predit, octobre 1997,
en vente au GART 300 F TTC - Synthèse réalisée
par Amarcande. Commander l'ouvrage.
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