Petit déjeuner-débat
du 2 avril 1998

 

c15-15r.gif (52 octets) Incivilités des mineurs
et transport public :
quelles réponses ?


1 - L'expérience de Mulhouse - Jean-Marie Bockel

2 - La position du GART - Jacques Auxiette

3 - Le rôle des magistrats - Jean-Marie Camors

4 - Témoignage d'un scientifique - Azouz Begag

5 - Le cas de Lyon - Christian Philip

6 - Les propositions de Jean-Marie Camors

7 - L'avis du maire de Mulhouse - Jean-Marie Bockel

8 - Les propositions d'Azouz Begag

9 - Questions - Réponses

10 - Conclusion

 

Jacques Auxiette - Président du GART
Maire de la Roche-Sur-Yon

Azouz Begag - Chercheur au CNRS

Jean-Marie Bockel - Député-Maire de Mulhouse
Membre du Conseil d'Administration du GART

Jean-Marie Camors - Chargé de mission au Forum Français pour la sécurité urbaine
Educateur Protection Judiciaire de la Jeunesse

Christian Philip - Premier Adjoint au Maire de Lyon
Président du SYTRAL, Membre du bureau du GART

La table ronde a été animée par Danielle Askain, journaliste à RMC

 

Danielle Askain
Je tiens à vous remercier d'être venus aussi nombreux à ce petit déjeuner-débat. Nous sommes très heureux de vous accueillir dans ce superbe salon de la mairie centrale, dont le bâtiment est somptueux. Nous sommes aujourd'hui réunis pour débattre des incivilités des mineurs dans les transports publics. Quelles sont les causes de ce phénomène ? Peut-on parler d'aggravation ? Comment doit-on répondre à ces incivilités dont les implications financières sont conséquentes pour les collectivités ? Comment réagir face à ces actes qui accentuent la fracture sociale ? Telles sont donc les grandes questions de ce débat.
Vous êtes tous, à divers titres, concernés par ce phénomène d'incivilité, voire d'insécurité. Vos questions seront donc les bienvenues. Nous espérons que les échanges seront fructueux.

Christian Philip
J'ai découvert le GART en prenant mes responsabilités au SYTRAL en 1995. Le GART offre aux élus responsables des questions de déplacement l'occasion de confronter leurs expériences et leurs problèmes. Il nous permet de réfléchir ensemble à des propositions susceptibles de nous guider dans l'élaboration de nos actions. Le GART est l'expression d'un volontarisme visant à faire évoluer nos conceptions des villes autour du transport collectif. J'apprécie beaucoup les rencontres organisées dans ce cadre de réflexion. Ainsi, Lyon est heureuse d'accueillir le GART qui, après ce débat, tiendra dans notre cité son conseil d'administration.
Le débat de ce matin est important. Elus, responsables d'un réseau de transport, citoyens, nous sommes tous confrontés aux incivilités des mineurs et aux problèmes de sécurité. Trop d'exemples récents nous démontrent la réalité du problème. Nous devons réagir. En effet, nous n'atteindrons pas les résultats que nous nous sommes fixés si nos usagers se détournent du transport en commun à cause d'un sentiment, justifié ou non, d'insécurité.
L'insécurité n'est certes pas propre au réseau de transport en commun. Elle est un phénomène de société. Notre débat sera consacré aux types d'actions qu'il convient de mener. La sanction est nécessaire mais insuffisante. Une importante politique de prévention s'impose.

Danielle Askain
Dans l'agglomération lyonnaise, les phénomènes d'incivilité prennent un relief particulier. La ville de Lyon renouvelle progressivement ses transports en commun et établit un véritable plan de déplacements urbains dans l'objectif de faciliter l'accès aux transports en commun. Le coût engendré par cette incivilité dans les transports publics lyonnais est équivalent à l'achat de 9 bus neufs par an. Des amorces de réponses ont été apportées à ces incivilités, qui ne sont pas exclusivement le fait des mineurs. La municipalité et la direction des transports en commun y ont joué un rôle primordial. Vous avez notamment mis en place les AMIS (accueil, médiation, information et service), dont nous sommes fiers. Il est intéressant, ainsi que le mentionnait Christian Philip, de comparer les expériences des autres villes et communes.

 

c15-15g.gif (52 octets) 1 - L'expérience de Mulhouse - Jean-Marie Bockel

Jean-Marie Bockel
A Mulhouse, nous sommes également confrontés à des problèmes de violence pure et simple. Pour aborder ce sujet, je suis très heureux d'être dans cette belle ville de Lyon, dont le Maire, Raymond Barre, est apprécié pour sa clarté politique en ces temps difficiles.
Le réseau de Mulhouse irrigue une population de 200 000 habitants. La banlieue se situe dans la ville, à une échelle plus petite que Lyon. Nous avons un projet de transport en commun en site propre. Toutes les conditions y sont réunies pour renforcer la place et l'attractivité du transport public. Aujourd'hui, pourtant, la sécurité constitue notre priorité.

1. Le constat
Je voudrais vous faire part de quelques éléments objectifs sur la réalité des incidents qui surviennent quotidiennement sur notre réseau. Le nombre d'incidents en 1997 est équivalent à celui en 1996. Les incivismes (chahuts, insultes, actionnements intempestifs d'ouverture de portes, dégradations) représentent 50 % des incidents et sont en progression. Les jets de projectiles - exaction la plus visible - constitue 40 % des incidents et ont augmenté d'environ 90 % en une année. Il s'agit d'un véritable sport ! Le relais médiatique contribue à l'émulation. 10 % des incidents sont des agressions physiques et des vols. Ils enregistrent une régression de 60 % par rapport à 1996. Je ne saurais dire s'il s'agit d'un épiphénomène ou d'une tendance générale.
Nous analysons les chiffres de la délinquance. Ils permettent d'établir des comparaisons d'année en année. Nous observons une stabilisation de la délinquance avec une augmentation significative de certains types de délinquance et notamment de la délinquance des mineurs. Les types d'infractions qui augmentent dans les transports publics sont ceux qui croissent en général. Pour le réseau de Mulhouse, cette délinquance a coûté un bus articulé en 1996, les conséquences financières s'aggravant en 1997 et 1998. Ce coût vient s'agréger au coût du vandalisme en général. Pour la ville centre de Mulhouse (100 000 habitants), le coût total du vandalisme s'élève à 4 ou 5 millions de francs. Les incidents ont connu une forte progression au cours du premier trimestre 1998 par rapport aux chiffres précédem-ment énoncés, notamment s'agissant des jets de projectiles.

2. Les réponses de la collectivité
La plupart d'entre nous ont déjà élaboré des réponses. Sans remettre en cause leur efficacité, nous découvrons aujourd'hui leurs limites. Nous devons donc en inventer de nouvelles.
A Mulhouse, les actions engagées sont nombreuses et variées. La surveillance de la police et de la gendarmerie est accrue. Sur ce point, des progrès restent à faire. Récemment, avec le concours des adjoints de sécurité, une brigade spécialisée a été mise en place. Nous nous sommes rendus compte qu'elle ne fonctionnait pas pendant la pause de midi, c'est-à-dire à l'heure de la sortie des classes. Nous devons corriger cette erreur. Nous avons organisé un réseau de médiateurs, d'accompagnateurs, d'agents d'ambiance très présents. Malheureusement, leur grande efficacité souffre du manque de coordination d'ensemble du système.
L'entreprise de transport a consolidé ses équipes de contrôle, de sécurité, notamment en soirée. Par ailleurs, elle développe de nombreuses actions de prévention en direction des scolaires. De même, la formation des agents de conduite aux problèmes de sécurité et à la gestion des situations conflictuelles a été fortement renforcée. Les moyens techniques (vidéo-surveillance, pelliculage des vitres, alarmes discrètes) ont été développés.
Malgré tous ces efforts, ces mesures montrent leurs limites, corroborées par le nombre d'incidents. Le sentiment d'insécurité se développe, avec ses effets pervers : la manipulation, les propos extrémistes, la perte de clientèle. Cette situation nous préoccupe grandement.

Danielle Askain
Jacques Auxiette, pouvez-vous nous préciser le rôle et les champs de réflexion du GART ?

 

c15-15g.gif (52 octets) 2 - La position du GART - Jacques Auxiette

Jacques Auxiette

1. Les objectifs du GART
Le GART est né au début des années 80. A l'époque, un certain nombre d'élus issus des villes ont souhaité clairement identifier la responsabilité des élus locaux dans la mise en oe;uvre des politiques de transport. Ainsi a été constitué le groupement d'autorités organisatrices de transport. Cette notion d'autorités organisatrices de transport a été confortée par la Loi d'Orientation sur les Transports Intérieurs (LOTI), qui a clairement défini les institutions chargées de la responsabilité politique de l'organisation des transports collectifs. Ces responsabilités s'exercent au niveau institutionnel et au niveau des collectivités locales de base (villes, agglomérations, communautés urbaines). Par ailleurs, le département gère les transports interurbains et les transports scolaires. Le développement des transports régionaux, notamment des transports express régionaux, la définition de nouvelles relations entre les collectivités territoriales et la SNCF relèvent des compétences plus récemment mises en avant de la région. On aurait d'ailleurs souhaité que plus d'attention soit consacrée à ces sujets lors de la récente période électorale.
Le GART a pour objectif de clarifier les responsabilités politiques. Avant sa naissance, le rôle d'autorité politique, chargée notamment de la définition du réseau et de ses objectifs ainsi que de la tarification, se confondait souvent avec celui d'exploitation. Les exploitants se retrouvent au sein de l'Union des Transports Publics.
Les responsabilités ont été identifiées dans une logique non pas d'affrontement mais de complémentarité et de spécificité des rôles. L'organisation actuelle distingue la responsabilité politique des élus, d'une part, et la responsabilité des entreprises de transport, d'autre part.
Nous abordons aujourd'hui le problème des incivilités, qui nous concerne tous. Il ne faut pas oublier que le transport collectif, service indispensable au fonctionnement de la société, est une importante filière industrielle regroupant 450 000 salariés en France. Dans ce domaine, la France est à la pointe de l'innovation.
Le GART est le vecteur de la culture transport public. Partenaire des pouvoirs publics, il est une organisation d'élus, toutes tendances politiques confondues. Sa composition pluraliste démontre que, dans un pays où les règles démocratiques et républicaines sont respectées, les différents partenaires politiques s'unissent pour aborder ensemble des sujets relevant de la responsabilité du pouvoir politique et touchant à la vie quotidienne des Français. Jusqu'à aujourd'hui, notre sujet principal était le développement de cette culture transport et, corrélativement, des transports collectifs en France.
Il reste, sur ces points, beaucoup à faire même si de nombreux progrès ont été réalisés. En ce domaine, l'opinion publique a évolué plus rapidement qu'une partie des décideurs. La dynamique est aujourd'hui lancée. Nous avons convaincu, sur le plan théorique, de la nécessité de développer les transports collectifs. Lors des dernières échéances municipales de 1995, les candidats ayant fait du dévelop-pement des transports collectifs une priorité ont rencontré des succès mérités, toutes tendances politiques confondues.

2. Le GART face aux incivilités des mineurs
Au mois de novembre dernier, lors de notre congrès à Dijon, l'actualité et les médias ont mis en exergue les problèmes de l'insécurité dans les transports. Rendre les journalistes responsables de ces situations est irresponsable. Mais nous devons tout de même nous interroger sur la médiatisation de ces événements et, plus généralement, sur l'éthique
Il était de notre responsabilité d'élus de nous saisir très rapidement de ce dossier, afin de mettre un terme au "jeu de ping-pong" qui prévalait jusqu'alors. En effet pour caricatures, les élus rejetaient la responsabilité sur les entreprises de transport. Ces dernières estimaient qu'il s'agissait là d'un problème de société, relevant de ce fait de l'autorité de la police. La police s'interrogeait quant à elle sur l'inefficacité du traitement de cette question par la justice.
Nous avons tous une compétence sectorielle. Christian Philip, Jean-Marie Bockel et moi-même sommes des élus. Dans nos collectivités, nous traitons de problèmes spécifiques. Nous n'en restons pas moins des généralistes. Le GART, quant à lui, n'a pas une responsabilité générale sur l'ensemble des problèmes concernant les fonctions politiques. Nous avons tout de même souhaité, au sein du GART et en partenariat avec les transporteurs, aborder les problèmes de sécurité dans les transports collectifs.
Il ne s'agit pas d'occulter cette question en considérant que le débat est plus général. En effet, les chauffeurs peuvent prétendre à exercer leur activité professionnelle en toute sécurité. De même, les usagers doivent pouvoir voyager sans crainte. Par ailleurs, nous ne devons pas nous limiter à une réflexion spécifique aux transports collectifs. L'expérience des établissements scolaires montre à l'évidence que les transports collectifs ne sont que les révélateurs de situations plus globales.
Il faut prendre des mesures sectorielles adéquates. Nous avons participé à la table ronde organisée en décembre 1997 par le Ministre des transports, qui a émis des propositions répondant très largement à nos souhaits. Nous étions également présents à Villepinte où le Ministre de l'Intérieur a notamment évoqué les objectifs des Contrats Locaux de Sécurité (CLS), qui inscrivent cette réflexion sur l'insécurité dans une démarche plus globale, dans laquelle les transports collectifs ont toute leur place.

Danielle Askain
Jean-Marie Camors, pouvez-vous préciser les missions du Forum français pour la sécurité urbaine ?

 

c15-15g.gif (52 octets) 3 - Le rôle des magistrats - Jean-Marie Camors

Jean-Marie Camors
Le Forum français pour la sécurité urbaine a dix ans d'existence. Il s'agit d'un réseau de villes qui se sont regroupées pour évoquer leurs préoccupations et leurs pratiques en matière de sécurité urbaine. Sa forme juridique est une association. Elle est aussi une organisation non gouvernementale à dimension européenne. Elle regroupe 150 villes de France et d'Europe autour de thématiques communes, en particulier la question des transports urbains.

Danielle Askain
En tant qu'éducateur à la protection judiciaire de la jeunesse, quel constat établissez-vous ? L'incivilité, voire la violence, est-elle l'expression d'un mal-être ? Le laisser-aller de notre société est-il tel que les jeunes n'ont plus de repères ?

Jean-Marie Camors
Votre question est vaste. Tous ces éléments sont importants. Les adultes doivent essayer de sérier les problèmes. La question de la violence, des incivilités, de la délinquance des mineurs est récurrente. En tant que responsables, nous ne devons pas croire qu'il existe une impunité de la jeunesse délinquante. Nous connaissons mal la nature de la justice des mineurs. Les textes de lois relatifs à cette jeunesse délinquante - l'ordonnance de 1945 - ont aujourd'hui cinquante ans. J'ai participé à trois ou quatre tentatives importantes de réformes de ce texte sous des Gardes des Sceaux et des Premier ministre aux couleurs politiques différentes. Les différentes commissions composées d'universitaires, de praticiens, de magistrats, de policiers, d'acteurs de la société civile ont invariablement conclu que l'économie générale de ce texte était d'actualité et faisait consensus. Des toilettages, des rajouts successifs opportuns ont été et devront être réalisés, le dernier étant l'introduction de la mesure de réparation, très opérante pour les mineurs. Ainsi, la réforme fondamentale de ce texte de loi ne constitue pas une première réponse aux problèmes d'incivilités. D'autres voies sont à explorer.

Danielle Askain
Nous étudierons les pistes ultérieurement. Azouz Begag, vous êtes un témoin et un observateur permanent de cette jeunesse perdue. Elle semble n'avoir envie d'exister qu'au travers d'actes délictueux, qui ne correspondent pas aux attentes de notre société.

 

c15-15g.gif (52 octets) 4 - Témoignage d'un scientifique - Azouz Begag

Azouz Begag
J'essaie d'apporter un témoignage scientifique et non affectif. J'observe ces phénomènes d'une manière neutre et scientifique. Je voudrais vous faire part d'une anecdote. J'arrive de Djibouti, où la situation économique est dramatique. Hier, je me promenais en ville et un homme drogué a pris mon argent. Devant ma réaction, il m'a rappelé sa grande faim. J'ai été décontenancé car il avait raison : il a considéré que je pouvais lui apporter les moyens de subsister encore quelque temps. Les jeunes que l'on rencontre dans les quartiers défavorisés sont dans des situations psychologiques analogues. Notre société produit des gens qui n'ont rien à perdre. Heureusement, je crois que la majorité de ces jeunes ont encore beaucoup à gagner et se situent toujours dans des circuits d'apprentissage de la civilité et d'intégration dans le monde des citoyens. Mais une partie est dans une situation dramatique d'incivilités. Ces jeunes ne comprennent rien à la société dans laquelle ils évoluent.

Danielle Askain
D'après vous, pour quelles raisons ne comprennent-ils pas la société ? Leur cadre familial a t-il explosé ? La société ne leur apporte-t-elle pas la réponse qu'ils attendent ? L'école est-elle défaillante ?

Azouz Begag
Je parle du noyau dur de cette population de jeunes, rendu très visible par les médias qui n'ont aucun intérêt à montrer des jeunes en situation de réussite. Ces jeunes en difficulté ne comprennent pas la société car ils se trouvent en situation d'exclusion culturelle. Je prends souvent l'image suivante : ces jeunes ne connaissent pas le réseau qui conduit de la chasse d'eau au réseau souterrain d'évacuation des eaux usées ! De la même manière, ils ne cernent pas le fonctionnement du réseau de transport, pas plus que celui d'une ville ou d'un pays. J'ai habité quinze ans le quartier de la Duchère. Il y a quelques mois, un agent TCL a été agressé par un groupe de jeunes, qui souhaitait s'arrêter entre deux stations. L'agent a refusé. Ces jeunes ne comprennent pas pourquoi le conducteur ne leur rend pas service alors que cela ne lui coûte rien. Ils ne savent pas que le conducteur a des contraintes de temps et qu'il appartient à un réseau qui lui impose un ordre de conduite.
Par ailleurs, ils se comportent différemment dans l'espace public et dans la sphère privée. Leur espace privé est régi de manière stricte, rigoureuse et propre. Ils considèrent par contre que l'espace public appartenant par définition à chacun, n'appartient de fait à personne. Ils doivent réapprendre l'espace public pour comprendre que le bus est également leur propriété. Pour eux, le bus est désincarné, déshumanisé. Quand ces jeunes parlent des transports collectifs, ils emploient le pronom "ils" révélateur. Ils pensent à l'Etat, responsable de la société d'exclusion. Ainsi, lorsqu'ils se rendent en ville, ces jeunes se déplacent en bandes et ont des attitudes démonstratives et défensives. Jamais un jeune isolé, sauf drogué, ne se montrera incivil. Par contre, la bande qui se rend à la Part-Dieu le fait pour prouver qu'elle est forte et qu'elle existe à l'extérieur. La crainte que ces jeunes inspirent du fait de leur présence est la preuve qu'ils existent.

Danielle Askain
Votre constat est terrifiant. Vous dites en effet que notre peur est la seule réponse à leur existence.

Azouz Begag
Le constat n'est pas terrifiant. Le fait de recevoir notre peur en écho leur donne une impression de puissance. De même, le refus de la police de s'aventurer dans certains quartiers est une preuve de leur domination sur un territoire. Les services publics doivent contrecarrer ces tentatives d'insularisation des quartiers. La violence s'impose parfois dans certaines situations, pour lesquelles le dialogue et l'éducation, qui influent sur le moyen et long terme, ne sont pas efficients. Les clients d'un bus seront désabusés de voir un jeune refuser de payer pour son trajet. Il est inutile qu'un agent d'ambiance vienne lui expliquer qu'il serait opportun qu'il participe lui aussi à l'effort de la collectivité. Il faut être ferme et l'alternative doit être simple : soit le jeune paie, soit il ne monte pas dans le bus. Dans ce cas, la coercition s'impose.
Pour autant, il est impossible de créer une société policée sans scories. Ainsi, nous ne devons pas être terrifiés à la vue de jeunes fumant du hachisch, tagguant des bus, mettant leurs pieds sur la banquette, ou effrayant les chauffeurs ou les contrôleurs. En 1902, 1903, les paysans de France endommageaient les voitures qui perturbaient de par leur bruit les poules et les chèvres. Les situations sont presque analogues.

Danielle Askain
Le phénomène actuel est d'une ampleur plus importante. J'aimerais connaître les réactions de nos élus aux propos qui viennent d'être tenus.

 

c15-15g.gif (52 octets) 5 - Le cas de Lyon - Christian Philip

Christian Philip
Pour que la démarche globale conduite en matière de déplacements réussisse et pour que le volontarisme manifesté par le plan de déplacements urbains ne soit pas sans conséquence, il nous faut éviter qu'un certain nombre d'obstacles - dont les questions de sécurité - entravent les efforts faits par ailleurs. Jean-Marie Bockel nous a fourni pour Mulhouse un certain nombre de données.

1. Les évolutions des incivilités
Comme pour la plupart des grandes agglomérations, les évolutions constatées dans notre ville témoignent d'une aggravation des problèmes. Cependant, nous devons les relativiser au regard du nombre de déplacements quotidiens effectués sur le réseau de transport en commun. La moyenne mensuelle des incidents sur notre réseau - je parle sous le contrôle de Monsieur Chabrol(1) , qui pourra compléter ces informations - se décompose comme suit :
- faits de violence sur les agents : 6 en 1995, 15 en 1996, 20 en 1997 ;
- faits de violence sur les voyageurs : 9 en 1995, 30 en 1996, 40 en 1997 ;
- jets de projectiles : 50 en 1995 et 1996, 80 en 1997.

Ces chiffres vous donnent une certaine mesure du problème.

2. Les réponses développées
A partir de ces constatations, nous avons développé une stratégie anti-incivilités. Je vais évoquer succinctement ses différents axes, car la plupart d'entre vous connaissent déjà certaines actions engagées. Les AMIS ont été mis en place.
Ainsi, sur les lignes les plus difficiles du réseau, 150 personnes assurent une fonction de médiation et d'assistance unanimement appréciée.
Plus récemment, nous avons organisé un réseau de soirée. Il a été considéré par certains comme une diminution de l'offre, dans le but de réaliser des économies. Ce n'était pas notre intention. Constatant la faible fréquentation des bus en soirée nourrissant le sentiment d'insécurité, nous avons préféré instituer un réseau plus resserré avec des véhicules de plus petite taille. Le réseau est ainsi plus sûr et plus attractif. Les économies réalisées par le SYTRAL du fait du resserrement du réseau sont affectées à des dépenses privilégiant la sécurité (embauches de personnes pour les équipes de sécurité notamment). Ce réseau de soirée fonctionne depuis deux mois et semble donner entière satisfaction.
Nous avons développé certains équipements de sécurité sur le réseau, dont la vidéo-surveillance à titre expérimental sur certains bus. Nous avons intensifié la lutte anti-fraude, qui passe par un contrôle certes accru mais aussi par une tarification mieux adaptée - notamment pour les jeunes - n'incitant pas à la fraude. Il nous reste maintenant à mieux apprendre aux jeunes concernés à vivre leur ville, ainsi que Azouz Begag l'a évoqué.
Une politique de prévention s'impose mais nous devons poser la question de la sanction. Il faut répondre de manière civile aux incivilités commises. Si aucune réponse n'est apportée, les résultats de l'action conduite par ailleurs seront limités. Quand un mineur agresse un agent ou un usager et que, dès le lendemain, il revient sur le réseau sans avoir été inquiété, la crédibilité de l'ensemble des actions sur le réseau est mise en doute. Il s'agit plus globalement d'un problème de société. Les transports en commun sont un segment de la vie en société. Des réponses propres au réseau de transport ne peuvent être envisagées. Une réponse générale aux incivilités doit être trouvée. Comment mieux apprendre à vivre la ville à ces mineurs ? La question du recours à la sanction est aujourd'hui considérée, à tort ou à raison, comme non résolue.

Danielle Askain
Jean-Marie Camors, avez-vous des réponses à apporter au sujet de ces sanctions qu'il conviendrait de prendre et de cette éducation défaillante. Cette incivilité doit-elle être prise en charge par l'ensemble de la société ?

 

c15-15g.gif (52 octets) 6 - Les propositions de Jean-Marie Camors

Jean-Marie Camors

1. Quitter la logique d'affrontement
J'approuve la dernière partie de l'intervention de Christian Philip. En effet, il s'agit d'une part de concevoir une réponse globale et, d'autre part, de réfléchir plus en termes de réponses que de sanctions. Le terme "réponse" contient le mot "sanction" alors que ce dernier ne tient pas compte de l'ensemble des réponses à apporter. L'interrogation qui nous est faite occulte une demande de répression accrue, qui pourrait nuire à notre réflexion. Azouz Begag a évoqué la nécessité de porter un regard neutre sur la situation. Cette logique d'accroissement de la répression sous-tend une crispation du corps social sous la pression d'une exigence d'intervention progressivement plus lourde des mécanismes pénaux. Dans cette hypothèse, le corps social dans son entier s'engage dans une logique d'affrontement avec la jeunesse, qui poursuivra pourtant ultérieurement à notre place les objectifs que nous recherchons. Le corollaire de cette attitude est la perception par les jeunes d'une absence de règles. Il est donc impératif de quitter cette logique d'affrontement, afin de trouver des réponses civilisées.

2. Les pistes de réflexion
La première piste de réflexion concerne le mécanisme pénal. En effet, au-delà de cette demande de sanction accrue, il se pose la question de l'intégration de la contrainte dans l'éducation de ces jeunes. Cette contrainte est malheureusement trop souvent présente dans les mécanismes du droit pénal.
Or la justice n'a pas le monopole de la sanction. Des actes délictueux ou déviants sont commis quotidiennement, à l'école, dans les transports, dans des établissements communaux, dans des stades, dans des équipements sportifs. Cependant, en fonction du lieu et du moment où est commis le même acte, des réponses très différentes, parfois même incohérentes, sont données. Ces jeunes en ont conscience. Ainsi, une jeune primo-délinquante - non connue des services de police - poursuivie pour vol de voiture a été condamnée à huit mois de prison ferme. Sur la même période, un fraudeur notoire qui a détourné des millions au détriment du fisc est condamné à huit mois de prison avec sursis. Nos réponses à un même fait déviant doivent être cohérentes sur un même territoire.
Les CLS (Contrats Locaux de Sécurité) offrent une perspective nouvelle de coordination des réponses souhaitées tant par le corps social que par les jeunes. Le droit pénal est indispensable à toute société. Mais il déresponsabilise. Les mécanismes du droit pénal délèguent à un tiers - la justice ou un policier - le règlement du contentieux. L'individu, la victime et le corps social sont clairement séparés. Une personne incarcérée est irresponsable de son sort. Des contraintes extérieures lui sont dictées, qui planifient ses journées. Une fois sortie, elle est incapable de prendre des initiatives.
De ce point de vue, les enseignements du droit civil sont majeurs. Le droit civil garde de manière permanente la possibilité de lien, de suivi, de confrontation entre l'auteur d'un comportement déviant, la victime et la collectivité sociale. Les manifestations de ce lien sont très diverses (cf. procédures de divorces, de gardes d'enfants, d'allocations, de droit de regard, de garde conjointe). L'infractant peut être rapidement réintégré dans la société et parfois même continuer à vivre dans le même lieu. Des mécanismes doivent être inventés qui permettent d'intégrer la contrainte présente dans le droit pénal mais dont la sanction est prise en charge par l'ensemble des acteurs de la vie sociale. Certains pays anglo-saxons ont mis en place des conseils de famille, de quartier qui, en respectant la préservation de l'anonymat et les droits des gens, témoigne de l'intérêt du corps social pour ces jeunes et ce, en dépit de la gravité de leurs actes.
La réflexion sur la sanction concerne l'ensemble des acteurs, dont les transports sont un des éléments. Les procédures de réparation, de conciliation, de médiation et d'éducation doivent retenir notre attention. Ainsi que le mentionnait Azouz Begag, ces jeunes sont perdus. Les normes de fonctionnement social ne leur ont pas été inculquées par la famille et les institutions ou n'ont pas été intégrées. Dans un contexte de chômage accru et de difficultés d'insertion sociale et professionnelle pour les jeunes, les conséquences d'un casier judiciaire ou d'une mesure de prison sont autrement plus importantes et dramatiques qu'elles ne l'étaient précédemment. L'imagination et la créativité doivent servir le pouvoir. Transporteurs, élus, policiers, nous savons mettre en place des mécanismes dérogeant à la culture, à l'organi-sation administrative, politique, judiciaire de la France qui tendent à éviter l'exclusion des jeunes en difficulté. Néanmoins, la partie du droit pénal permettant de sanctionner immédiatement est nécessaire, puisqu'elle positionne la limite à ne pas franchir. L'innovation doit être recherchée dans ce cadre de la confrontation et de la permanence du lien social.

Danielle Askain
Jean-Marie Bockel, avez-vous l'impression que cet arsenal peut vous aider ? Les premières pistes de réflexion vous paraissent-elles intéressantes ?

 

c15-15g.gif (52 octets) 7 - L'avis du maire de Mulhouse - Jean-Marie Bockel

Jean-Marie Bockel

1. Des attentes très fortes et des réponses aujourd'hui inadéquates
Ces analyses ne peuvent qu'être partagées. L'analyse sociologique faite par Azouz Begag est juste et nécessaire. L'attente de nos concitoyens est réelle, immédiate, forte. Les personnes victimes de ces situations - conducteurs, usagers - attendent des réponses rapides et immédiates.
En tant que maires, nous appréhendons depuis longtemps ces questions dans leur globalité. La politique de la ville est souvent en panne. Les incivilités nous empêchent d'agir correctement sur leurs causes. Les acteurs sociaux expriment une demande très forte de respect des règles car ils ne peuvent plus travailler dans de bonnes conditions. La politique de l'emploi et de l'insertion par l'économique, à laquelle je crois beaucoup est aujourd'hui souvent mise à mal par ces comportements déviants. Parfois, cette crise des comportements est réduite à la fracture sociale. Cette vision est partielle car ces jeunes sont souvent issus de familles correctement structurées qui ont perdu leurs repères.
En matière de délinquance juvénile, nous attendons beaucoup aujourd'hui de la réussite de cette démarche partenariale des CLS. Il me semble qu'un échec de cette initiative aura pour corollaire un durcissement des réponses de la société, qui est l'attente d'un nombre croissant de citoyens. De la réussite impérieuse des CLS dépend dans une certaine mesure la sauvegarde de notre modèle républicain. Pour cela, nous devons rester ouverts à toutes les pistes, sans angélisme.
Aujourd'hui, le taux d'élucidation des diverses incivilités notamment dans les transports en commun est extrêmement faible. Je crois, contrairement aux propos précédemment tenus, que les témoins, les victimes et même les auteurs des incivilités ont le sentiment d'une grande impunité à l'égard de ces dernières. La justice des mineurs travaille efficacement. Une sanction rapide et adaptée est nécessaire. La logique de l'ordonnance de 1945 - protéger le mineur contre la société - ne doit pas être opposée au besoin actuel de protection de la société et de ses éléments faibles contre les agissements d'un certain nombre de mineurs. L'effet pédagogique d'une réponse lente est nul. La prison est rarement une bonne solution. En outre, la remise aux parents a perdu de son efficacité. Les mesures excessivement dures ne peuvent plus être comprises. Nous sommes de plus en plus les partenaires de la réparation, en collaboration avec la PJJ.
La réinsertion par l'économique permet également de retrouver sa place dans la société, et pas à la marge de celle-ci ni dans les trafics et autres économies parallèles. La réinsertion par l'économique peut être une suite à la réparation. En ce domaine, les collectivités offrent de nombreuses possibilités. A Mulhouse, notre CAC d'insertion pour les jeunes en grande difficulté et en échec scolaire est une réussite. Les agents municipaux jouent le rôle de tuteurs.

2. Une responsabilisation accrue des parents
Sujet sensible car politisé, la question de la responsabilité des adultes et des parents est primordiale. Les tenants d'une répression aveugle sont caricaturalement opposés aux partisans d'un angélisme tout aussi néfaste. Les réflexions visant à accorder une plus grande place aux réponses civiles sont intéressantes. Cependant, les mesures tendant à faire prendre conscience de leurs responsabilités aux parents méritent notre attention. Les familles ne doivent pas être caricaturées. Certes, certaines femmes seules ont parfois du mal à maîtriser leur enfant. Mais il ne s'agit pas là de la majorité des cas. Nous devons mettre parfois en jeu la responsabilité des familles.
Je voudrais aborder brièvement la question de la mise sous tutelle des allocations familiales. Elle ne constitue pas la réponse aux problèmes des incivilités mais peut faire partie d'un arsenal de réponses. Elle peut notamment s'appliquer, confor-mément au droit français, lorsque l'obligation scolaire n'est pas respectée. Dans un article récent du Monde, des personnes exerçant, dans le cadre de l'UDAF, la tutelle des allocations familiales décidée par le juge pour enfant témoignaient de l'intérêt de leur mission. Il ne s'agit pas de supprimer les allocations familiales, cas envisagé par la loi mais, à juste titre, plus rarement utilisé. Cette mesure judicieusement organisée et encadrée peut être l'occasion de maintenir un contact avec les parents et de les aider à reprendre conscience de leur autorité parentale. J'ai rencontré des parents qui ont évolué d'une situation de laisser-aller à une situation de fierté retrouvée : les intervenants de la société les ont épaulés dans leur reconquête de l'exercice de leur rôle parental. Il ne s'agit ni de punir des parents qui rencontrent des problèmes ni de se complaire dans l'énoncé de mesures non efficaces. Il s'agit simplement, dans un arsenal de réponses, dans le cadre d'une coalition de tous les éléments de la société, d'utiliser à bon escient la mise sous tutelle des allocations familiales et, plus largement, de responsabiliser les familles.

 

c15-15g.gif (52 octets) 8 - Les propositions d'Azouz Begag
Azouz Begag
Il y a quelques années, dans la ZUP de la Bourgogne à Tourcoing, j'ai rencontré un animateur social, qui travaillait dans le cadre de la réinsertion par l'économique. Il trouve un emploi à un jeune et lui précise que la rémunération mensuelle serait de 5 000 francs. Le jeune a cru qu'il s'agissait de 5 000 francs par jour. Les repères par rapport à l'effort à fournir dans une société et à l'argent gagné en proportion du travail sont absents. Je souhaitais mentionner cette anecdote afin de rendre sa valeur à la politique de l'insertion par l'économique. Je crois que le " formatage culturel " doit être à nouveau accompli. Tous les jeunes employés dans le cadre des missions d'accompagnement ou d'ambiance acceptent de travailler comme agent pendant quelques années en étant rémunérés à hauteur de 3 000 ou 4 000 francs. Mais ils rêvent tous d'intégrer définitivement la société de transport. L'idée sous-jacente est d'acquérir une garantie, un statut social en faisant partie d'une société qu'ils considèrent comme prestigieuse.
Dans cette même ZUP, le jeune Hassan a été tué par un copain armé hier. Hassan appartenait à une famille marocaine absolument intégrée. Sa famille n'était pas déstabilisée. Toutes les politiques visant à renvoyer aux parents les actes de leur progéniture sont vaines. Il nous faut étudier les phénomènes essentiels de bandes. Comment, dans un bus, un agent d'accompagnement peut-il éviter une amplification des incivilités, lorsqu'il est confronté à un groupe d'une dizaine de jeunes fumant du hachisch ou buvant de la bière et dont le leader est difficilement identifiable ?
A dix kilomètres d'ici, dans la ZUP de Rilleux-la-Pape, les jeunes ne comprennent pas pourquoi ils doivent payer lorsqu'ils prennent le bus pour seulement deux arrêts à l'intérieur de leur ZUP. Il ne comprennent pas que la politique de tarif unique est une politique de péréquation. Nous finirons par accepter l'idée, que cet acte d'incivilité - frauder dans la ZUP - sera intégrée par le réseau, qui réfléchira à une politique de tarification de proximité, de même que nous accepterons la dépénalisation du hachisch.
Il faut restaurer la notion de maison de tolérance, qui est à la base de la notion galvaudée de citoyenneté. La maison de tolérance a pour objectif d'apprendre à l'intérieur d'un espace public à prendre en considération l'existence d'autres personnes que nous devons respecter dans leurs différences. Les maisons de tolérance font partie de cette panoplie "d'être en ville" que tous les jeunes du noyau ignorent complètement. Pour eux, l'uniforme est le symbole de la répression, quand bien même il serait porté par un agent d'accompagnement à l'intérieur d'un bus ! Un talkie-walkie est un policier ! Il faut reconstituer dans ces quartiers un "kiosque de tolérance".

 

c15-15g.gif (52 octets) 9 - Questions - Réponses

Jean Delanoue - Conseiller municipal sécurité à la ville de Champagne-au-Mont-d'Or
Champagne-au-Mont-d'Or est une ville de 5 000 habitants, située à l'ouest de Lyon à proximité de la Duchère et du quartier des Sources.
Les interventions que j'ai entendues m'ont rassuré. Monsieur Begag nous a narré ses riches expériences, concluant de fait cette réunion. Monsieur Camors nous a judicieusement conseillé de ne pas nous limiter à la sanction, en nous précisant les modalités de réponses plus ouvertes. Monsieur Philip nous a présenté des statistiques, qui ne sont pas dramatiques. Il a mis en exergue les mesures adoptées pour garantir la sécurité, notamment la nuit. Un sondage a été réalisé par les TCL auprès de 800 usagers des bus. Ces derniers estiment que le ticket est trop cher et que la sécurité dans les bus en soirée n'est pas assurée. Monsieur Bockel nous a présenté les mesures de prévention appliquées à Mulhouse. Il dit que la sanction est en général tant la distribution de récompenses que celle de punitions.
Malheureusement, on préfère appliquer des sanctions plutôt que punir. La notion de sanction est galvaudée. Monsieur Begag croit que la société doit s'affirmer face aux jeunes en difficulté. Monsieur Camors en convient mais prévient des conséquences d'un casier judiciaire. Il importe donc d'expliquer à ces jeunes les finalités et les implications d'une punition.
Monsieur Begag a mis en avant l'importance primordiale des groupes. Il dit que seul, un jeune cagoulé n'effraie pas. Mais en général, on prévient tout de même la gendarmerie dont le major expérimenté est originaire de Rilleux, la Duchère étant en comparaison un sous-produit peu dangereux.
Quelle attitude adopteront les TCL lorsqu'un groupe se présentera à une station ? L'agent va-t-il exiger des jeunes qu'ils montent séparément dans des bus distincts ? Ce ne serait pas très judicieux.

Jean Pirat - Responsable du Service Transport du SAN de l'Isle d'Abeau
Je représente le réseau de la ville nouvelle de l'Isle d'Abeau, à trente kilomètres d'ici. C'est un réseau de ville moyenne.
Certes, les phénomènes de bandes existent. Mais c'est aussi l'incivilité latente et permanente des jeunes mais également des adultes en situation précaire que l'on doit combattre. Les chauffeurs sont agressés par des jeunes basanés nord-africains mais également par des adultes et de jeunes "têtes blondes". Il conviendrait de s'interroger sur le rôle de la médiatisation dans la propagation de ce type de déviance. Par ailleurs, les exactions individuelles sont courantes. A mon sens, un jeune peut intervenir hors bande. Je suis sans réponse devant ce type de comportement.

Michel Brosset - Premier adjoint de la Mairie de Rilleux-la-Pape
J'ai peu apprécié le jugement sur la situation de Rilleux, qui connaît certes de nombreux problèmes.
En prenant l'exemple du circuit d'assainissement, Monsieur Begag a rappelé l'ignorance des règles par les jeunes. Pourtant, je pense que ces derniers ont conscience de la gravité et des incidences de leurs actes. Ils défient les règles de la société. Lors d'incidents dans nos transports, ces jeunes nous font comprendre - par geste ou verbalement - que ce territoire leur appartient. Ils savent pertinemment qu'ils enfreignent la règle. Leur objectif est d'amener la société à leur abandonner ce territoire. Nous devons faire preuve de fermeté.
L'affrontement s'impose parfois pour résoudre instantanément le problème car le dialogue s'inscrit dans une démarche de moyen terme, ainsi que vous l'avez rappelé. Les incidents que l'on constate sur les réseaux de transport sont similaires à ceux que l'on observe dans les escaliers d'immeuble. Ma sollicitation permanente à l'égard de la population est qu'elle se mobilise et soit présente à nos côtés pour dialoguer et affronter ces jeunes, qui sont avides de conflits.

Didier Chabrol - Directeur Général de la Société Lyonnaise des Transports en Commun
A Lyon, nous entendons procéder à une bonne application des lois existantes. Pour les faits délictueux, nous recourons donc aux procédures classiques. Dans la mesure de leurs moyens, la police et la justice lyonnaises sont très efficaces. Parallèlement, nous voulons déclarer la paix, ce qui implique dialogue et écoute. Nous dévelop-pons beaucoup d'actions organisant des contacts avec les jeunes concernés, de façon à ce que notre société de transports ne leur paraisse plus un corps étranger. Nous essayons de prendre davantage en considération l'insertion et la formation professionnelle de ces jeunes. Cette démarche est ardue car elle soulève le problème de la qualification, que nous nous efforçons de leur apporter par des actions de formation interne ou en alternance.
Nous nous inscrivons dans la dynamique de partenariats offerte par les CLS. A Lyon, une discussion entre la collectivité, le SYTRAL, l'exploitant et les pouvoirs publics est en cours afin de définir un plan sécurité transports, qui serait un cadre pour tous les CLS lyonnais. Nous attendons beaucoup de cette démarche novatrice, qui permet-tra de mettre en commun des expériences et des moyens.

Gilles de Chanterac - Directeur à la mission centrale de sûreté - SNCF Paris
Nous nous inscrivons également dans la politique de partenariats ouverte par les CLS. Nos discussions actuelles sont l'occasion de partager nos réflexions sur les problèmes de sûreté.
Nous sommes confrontés à un problème d'adultes. De ce fait, je ne crois pas qu'il soit opportun de faire reposer la médiation uniquement sur des jeunes.

Jacques Auxiette
Il appartient aux entreprises d'assurer la fonction sécurité, de la même manière qu'elles prennent à leur charge la fonction commerciale. Les entreprises de transport ne peuvent pas se soustraire à cette responsabilité. Néanmoins, cette dernière ne relève pas de leur seule compétence. Par exemple, elle peut s'exercer conjoin-tement avec les AMIS. Cependant, il est nécessaire que les entreprises de transport disposent de leurs propres professionnels de la sécurité.

Gilles de Chanterac
A la SNCF, 1500 personnes sont affectées à des missions de sûreté. Elles représentent environ 1 % de notre personnel.
Aujourd'hui, une conception très schématique prévaut : les adultes exercent les fonctions d'autorité, les jeunes assument le rôle de médiation. Nous devons restaurer une fonction d'autorité par les adultes non exclusivement assurée par les voies judiciaire ou policière.
Comment pouvons-nous associer le corps social à l'ensemble du processus de sécurité ? Il convient de dépasser une configuration se composant des responsables - transporteurs, élus, police - et des personnes à intégrer dans la société mais dans laquelle la société serait absente. Dans le diagnostic des CLS, l'inventaire des ressources - et pas uniquement des problèmes - est essentiel.

Hugues Martin - Premier Adjoint au Maire de Bordeaux
Monsieur Begag, vous avez parlé de tolérance, vertu républicaine que je partage. Cependant, elle n'est pas permissive. Je suis un fervent détracteur de la légalisation des drogues. Vous avez évoqué l'accident de Hassan, dont les parents étaient pourtant merveilleux. La cellule familiale reste le premier repère social des jeunes. Son éclatement engendre des comportements déviants.

Azouz Begag
J'aurais pu faire l'analogie avec les familles politiques, dont certaines sont actuellement déstructurées. Les dirigeants de partis politiques ne peuvent être rendus responsables des actes individuels non conformes de leurs membres.

Hugues Martin
Ce type de réactions peut conduire à l'extrême !

Azouz Begag
Je voulais simplement préciser que les parents ne sont pas responsables des actes de leurs enfants, puisque, eux aussi, ne comprennent pas la société dans laquelle ils évoluent.

Jean-Marie Bockel
Les propos tenus sont très intéressants, y compris dans leurs contradictions. Il est impératif que nous - maires ou acteurs - trouvions des solutions. Les réponses ne se trouvent pas seulement auprès de la famille, même si cette dernière est un élément structurant de première importance. Nous rencontrons ces familles - déstructurées, séparées ou monoparentales, avec lesquelles il est nécessaire d'établir des contacts réguliers. Dans plusieurs quartiers difficiles de Mulhouse, des femmes - notamment issues de l'immigration - se mobilisent au sein d'associations.
La plupart de ces jeunes sont issus d'un cadre familial ni déstabilisé ni solide. Je suis père de famille et je sais qu'un enfant flirte toujours avec les limites, il cherche le conflit. Dans ce contexte, notre réaction est primordiale.
Dans notre débat, une des pistes importantes est d'essayer, par tous les moyens, d'aider la cellule familiale à retrouver son rôle, en faisant appel, le cas échéant, à la contrainte. Pour autant, je ne crois pas tenir des propos répressifs ou faire fi des difficultés des gens.

Christian Philip
Je partage les propos qui viennent d'être tenus. Des actions restent à imaginer. Par exemple, nous étudions la question de la tarification des petits parcours.
La paix à laquelle aspire Monsieur Chabrol est subordonnée à l'édiction de règles et, corrélativement, à l'existence de sanctions qui doivent être expliquées. Le niveau et les modalités des sanctions peuvent être discutées. Nous ne devons pas occulter le problème de la sanction.

Danielle Askain
Les règles du jeu doivent être édictées par la famille.

Christian Philip
La société dans son ensemble précise les règles du jeu.

Alain Caire - Directeur du Département Sécurité de la RATP
Vous avez succinctement évoqué la médiation pénale. 80 auteurs de graffitis ont fait l'objet de cette procédure. Aucune récidive n'a été constatée. Le jeune, en accord avec l'entreprise victime et le juge, accepte de passer quelques jours dans l'entreprise. Il va certes nettoyer des graffitis. Mais, nous le sensibilisons également au rôle de notre entreprise. La médiation pénale se distingue des Travaux d'Intérêt Général (TIG), qui sont une peine de substitution et ne sont pas réalisés au sein de l'entreprise. La médiation est une procédure en amont rapide.
La nécessité d'actions de réinsertion est impérieuse. Une cité en Ile-de-France était ignorée par les bus. En collaboration avec la justice, le Parquet et la police, les chefs de bande ont été incarcérés, certaines actions ont été effacées des casiers judiciaires. Une formation a été dispensée à ces jeunes, qui ont pu trouver un emploi. En deux ans, la cité était pacifiée. Tous nos bus la desservent. Depuis lors, moins d'une agression de bus par an est enregistrée.
Les taux d'élucidation peuvent être très élevés, si le réseau est équipé de moyens techniques efficients - caméras - nous permettant d'être rapidement informés des incidents. Sur l'ensemble des réseaux ferrés métro, RER, RATP, 80 % des agresseurs d'agents sont remis à la police. Outre des hommes, cette réussite dépend des moyens techniques.

Commandant Jacques Marre - Commandant de l'unité autoroutière de la CRS 45
A la lumière de mon expérience passée de dirigeant d'une compagnie de maintien d'ordre, je partage l'analyse de l'honorable chercheur du CNRS sur le point suivant : les zones de non-droit ne doivent pas exister. Légaliste et loyaliste, je considère que les forces de l'ordre doivent pouvoir se déplacer librement sur l'ensemble du territoire. Nous en avons les moyens. Cependant, la volonté de nous faire intervenir sur des territoires sensibles est parfois absente. Les CRS sont à l'image des pompiers devant un incendie. Ils l'éteignent et les forces territoriales reprennent ensuite leur activité.
Monsieur Philip a signalé l'importance du code civil, daté de 1804. Selon ce code, la famille a le devoir de se comporter en bon père de famille, ce qui sous-tend l'existence de valeurs traditionnelles souvent absentes. Ces vertus doivent être réinculquées.
En tant que commandant de la force publique, mon activité est régie par des textes, qui stipulent que l'autorité civile - qui m'est supérieure - me donne des ordres, que je dois exécuter en fonction des moyens mis à ma disposition. Ainsi, les CRS agissent en fonction de ces textes, dont la philosophie générale est celle de l'article 12 de la Constitution.

Azouz Begag
Les pompiers sont également la cible des jeunes, parce qu'ils portent des uniformes.

Commandant Jacques Marre
Un illustre commissaire de police féminin, Madame Trongue, a réalisé une brillante étude, distinguant huit degrés dans l'échelle de la violence. Le "caillassage" correspond à la quatrième ou cinquième graduation, l'émeute étant au summum de cette échelle. Ainsi, la police étudie ces phénomènes et sait comment le feu démarre. Par ailleurs, nous nous formons continuellement à ces questions.

De la salle
Je participe aux travaux d'une commission de déplacements urbains dans un arrondissement. Je suis confronté quotidiennement aux exactions de collégiens. Vous parlez de cellule familiale. Je rencontre souvent des directeurs de collège, qui constatent que l'enfant âgé de 13 ou 14 ans dirige la cellule familiale. Quelle doit être alors notre réaction ? Par ailleurs, le travail des officiers de police n'est souvent pas relayé par la justice, puisqu'un tiers des plaintes seulement est pris en considération.

Philippe Duchène - Correspondant sécurité routière auprès de l'inspection académique du Rhône
Dans notre débat sur l'incivilité, le rôle de l'école a été peu évoqué. La sécurité routière doit être une matière enseignée dans le cadre de l'éducation nationale, c'est-à-dire dans les établissements publics et privés sous contrat. Elle doit être enseignée sur un plan interdisciplinaire. Les problèmes d'incivilités dans les transports sont analogues à ceux rencontrés à l'école et notamment dans les collèges.
J'ai été choqué par l'exemple de Hassan développé par Monsieur Begag, qui met en avant le caractère stable de la cellule familiale de l'enfant. Généralement, les jeunes responsables d'incivilités sont issus de milieux socioculturels défavorisés ou de familles déstructurées.
Les problèmes de sécurité routière ne peuvent être dissociés de la question plus globale du comportement. Dans les établissements scolaires, des actions sont entreprises en partenariat avec les sociétés de transport en commun.

Jean Torriero - FNAUT
Je pense que le problème de l'insécurité a été appréhendé trop tard. En effet, à Lyon, les premières exactions ont été commises en 1983 et 1984 sur les lignes 7 et 16 du réseau.
Les jeunes dont on parle ont mauvaise presse et les autres ont peur. Je souhaite vous parler du cas suivant. Le parking Paris I était peu fréquenté. La raison en était simple : on y avait affecté un jeune gardien que ses amis venaient retrouver. Les gens avaient peur d'eux et ne garaient pas leur voiture dans ce parking.

Hervé Guillon - Délégué syndical à la CFDT, Animateur à la SEMITAG - Grenoble
Je rencontre des jeunes dans les écoles et dans les quartiers difficiles. Cette expérience est passionnante. Le dialogue s'instaure parfois difficilement. Les jeunes nous font part de leurs interrogations intéressantes sur le réseau de transport en commun. Ce travail s'inscrit dans une perspective de long terme.
Afin d'apaiser les esprits, la France vieillissante ne doit pas s'opposer à une jeunesse en mouvement. Les jeunes rencontrés connaissent techniquement le fonctionnement des signaux d'alarme et des bus. Nous leur faisons prendre conscience qu'eux-mêmes et leurs parents paieront indirectement le coût induit par leurs dégradations. Dans cette perspective, le débat change de teneur. Nous leur expliquons que le machiniste est aussi un homme. Par ailleurs, ces jeunes nous révèlent les incohérences du système de tarification.

Fabien Haug - Coordination DARLY
DARLY est une coordination d'associations d'usagers des transports. Elle se donne pour objectif d'augmenter la part de marché des transports en commun dans la région lyonnaise.
Les transports en commun concentrent une clientèle captive. En effet, peu d'usagers les utilisent par conviction. Se déplacer plus souvent à des fins profession-nelles en transport en commun contribuerait à créer un sentiment de sécurité et à calmer les velléités d'agitation de certains éléments.
Pour accélérer le temps de réponse aux exactions commises, il serait opportun d'équiper les agents au contact de téléphones portables.

Jean-Marie Guidez - CERTU
Ainsi que vous l'avez mentionné, des incivilités se sont produites en d'autres temps et en d'autres lieux.
Cependant, les transports en commun sont aujourd'hui fragilisés par la concurrence exacerbée de la voiture et par le climat tendu dans nos villes. Les incivilités provoquent la fuite des autres clientèles. Les responsables des transports urbains s'efforcent de convaincre les clients, souvent rebutés par l'insécurité. A terme, la clientèle des transports en commun risque de devenir essentiellement captive.

 

c15-15g.gif (52 octets) Conclusion
Jean-Marie Bockel
Je me félicite de notre débat, qui s'est essentiellement focalisé sur la jeunesse en difficulté. En effet, le problème majeur de l'incivilité des mineurs nous désespère. Cependant, il faut avoir conscience que les quartiers sensibles sont l'antithèse d'une France vieillissante. Ils sont un potentiel d'énergie extraordinaire, qu'il nous revient de mieux canaliser. Le pire n'est jamais certain. Dans cinq ou dix ans, nous aurons peut-être réussi à redonner espoir à ceux de nos concitoyens qui se réfugient dans les extrémismes. Je crois que notre société peut réorienter cette énergie.
Au-delà de leurs nécessaires réponses techniques et partenariales, les CLS n'atteindront leur objectif, que s'ils s'accompagnent d'une prise de conscience des citoyens. Ces derniers doivent se sentir concernés par cette question et agir en conséquence, en attendant les nécessaires réponses cohérentes des décideurs.

Christian Philip
A l'étranger, des résultats positifs ont d'ores et déjà été atteints. Au-delà des spécificités historiques et structurelles de nos villes, nous devons faire connaître les actions volontaristes engagées sur les différents réseaux, afin d'en tirer les conséquences. Ainsi, nos concitoyens - usagers ou potentiels infractants - prendront conscience de la volonté de la société de réagir à ces incivilités, en les réprimant certes mais également en concevant une stratégie globale de déplacements. Cette dernière fera l'objet de notre plus grande attention. De ce fait, nous ne tolérerons pas que ce problème perdure. La sécurité absolue est utopique. Il importe de redonner confiance aux usagers par des actions volontaristes. A des règles mieux définies doit s'agréger un volet sanction plus efficace.

Jean-Marie Camors
Le renoncement consensuel à une alternative guerrière impose de préserver les liens entre le corps social et la partie de notre jeunesse en difficulté dans l'élaboration de nos réponses répressives ou ouvertes. La nécessaire démarche de mutualisation de nos connaissances, de nos savoirs professionnels, de notre créativité contribuera à la réussite des CLS, quelle que soit leur forme terminale. L'importance primordiale d'un partenariat avec l'éducation nationale a été peu évoquée. Pourtant, le lien entre la société et les jeunes en difficulté ne sera maintenu qu'à la condition d'une mise en application quotidienne de la mutualisation des expériences de tous les acteurs.
La notion de temps, abordée à deux reprises, est essentielle. L'exclusion d'un individu de toutes les sphères de la société - y compris de sa famille - s'échelonne sur de nombreuses années. En quelques mois, la police, la justice, le transporteur ne pourront inverser cette dynamique de rejet. Les évolutions existent mais elles ne sont pas rectilignes.
L'appréhension pluridimensionnelle des problèmes d'incivilité, le nécessaire travail en commun des acteurs, la prise en compte du critère temps dans les différentes projections doivent être les déterminants fondamentaux de notre action.

Azouz Begag
Ces jeunes doivent pouvoir entrer au Conseil régional. Les candidats des quartiers difficiles n'ont pas été retenus. Ce sont pourtant eux qui connaissent le mieux les problèmes sociaux et les questions relatives aux incivilités.
Au cours des dix dernières années, j'ai pu constater une intime corrélation entre l'équation personnelle du chauffeur et l'intensité des difficultés qu'il rencontre sur les lignes. Dans les quartiers difficiles, certains conducteurs n'ont jamais de problèmes. Ainsi, une bonne formation des chauffeurs et des contrôleurs, en adéquation avec les nouvelles donnes sociales, est indispensable.
Je suis partisan d'une politique de discrimination positive. Je crois que les jeunes des quartiers d'origine maghrébine, antillaise, nord-africaine peuvent assumer le métier de conducteur et de contrôleur. L'exemple des jeunes de Rilleux me conforte dans cette idée.

Jacques Auxiette
Plusieurs principes guident notre action. Le droit d'accès aux transports, la liberté des déplacements relèvent de la politique de la ville et doivent être assurés. Les personnels des transports doivent prendre conscience que la non-desserte des zones sensibles est une erreur.
Dans les démarches et les propositions faites par le Ministre - nous avons contribué à les élaborer -, un rôle primordial est attribué à la prévention et à l'humanisation des espaces de transports et des espaces publics par des professionnels des entreprises et par la police notamment. De nouveaux dispositifs sont proposés. Nous devons les utiliser en inscrivant notre démarche dans le temps.
Les mesures de dissuasion sont essentielles, notamment la mise en place de techniques visant à sécuriser les personnels et les voyageurs et à identifier en temps réel les dysfonctionnements. Ces procédés facilitent le relais avec les autres institutions.
Les mesures de répression - qu'elles soient sanctions, punitions, réparations - en temps réel sont indispensables. Elles ne sont pas subordonnées à des toilettages législatifs. En effet, nous disposons juridiquement d'un ensemble de mesures nous permettant de réagir aux incivilités et, notamment, de mesures de réparation essentielles dans notre démarche.
Pour la première fois dans notre histoire sociétale, les CLS réunissent les différents partenaires - justice, police, autorités locales, Education nationale, parents, associations de quartiers - pour qu'ils abordent conjointement le problème de l'insécurité dans le respect des rôles de chacun et de la nécessaire séparation des pouvoirs. Dorénavant, la sécurité, première des libertés, sera appréhendée par la société dans son ensemble.

Danielle Askain
En l'absence de remède miracle, l'énumération des voies à explorer et des expériences d'ores et déjà engagées ainsi que la prise de conscience de tous les citoyens permettront de limiter les incivilités en particulier chez les jeunes.


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