|
1 - Evolution des réseaux de
transport public entre 1973 et 1995
2 - Evolution de l'offre et de la fréquentation
entre 1986 et 1995
3 -Enquête "Innovation
transports publics urbains" - Perrine Pignero
4
- Etude franco-suisse - Jean-Marie Guidez
5
- Evolution de la fréquentation : exemple du Havre - Gérard
Coudurier
6
- Evolution de la fréquentation : exemple de Dijon - Maurice
Lombard
7
- Evolution de la fréquentation : exemple de Strasbourg
- Roland Ries
8
- Questions - Réponses
Jacques Auxiette - Président du
GART
Pascale Pécheur - Secrétaire
générale du GART
Perrine Pignero - Directrice associée
de l'Institut Marc Gilles & Associés
Jean-Marie Guidez - Expert en mobilité
urbaine au CERTU
Gérard Couturier - Directeur général
de Bus Océane au Havre
Maurice Lombard - Président du
district de Dijon
Roland Ries - Premier Vice-président
de la Communauté urbaine de Strasbourg
Le débat
a été animé par Gérard Jouany, journaliste
indépendant spécialisé dans le secteur des
transports.

Gérard Jouany
Nous allons
aujourd'hui parler du transport en commun en ville, un sujet
pour le moins d'actualité. En effet, de nombreuses initiatives
sont prises dans ce domaine en ce moment. J'ai noté, par
exemple, à Paris le lancement d'une nouvelle ligne de
bus, la première depuis 1945, ce qui constitue un événement.
Notons également que Strasbourg prépare sa seconde
ligne de tramway, alors que la ville de Bordeaux vient de choisir
définitivement elle aussi le tramway. Mentionnons, en
outre, les mesures prises concernant la pollution dans l'agglomération
parisienne et qui devraient indirectement favoriser la fréquentation
des transports collectifs urbains.
Je crois que nous vivons un grand chambardement à la fois
dans nos comportements et dans nos esprits concernant les déplacements
urbains. Je vais, à ce titre, vous lire l'extrait d'un
éditorial d'Automobile Classique, mensuel luxueux.
Son titre est des plus surprenants : "Amoureux de transports".
Le rédacteur en chef écrit : "Généreuse,
la langue française accorde deux sens au mot transport
: déplacement et émotion. Quelle aubaine ! Dommage
en revanche que la même France soit si peu transportée
par ses transports en commun. Pas tous les transports en commun,
il est vrai. Sur Paris-Lyon, personne n'essaie plus de prendre
le TGV au chronomètre avec sa Mac Laren. Ces transports
collectifs-là font l'unanimité. Mais en ville,
on en est loin. Les coupables sont ces mobiles collectifs qui
se refusent au moindre effort de séduction. Je pense aux
bus à deux étages de Londres, aux tramways de San
Francisco, et je regrette les traversées de Paris le nez
en l'air à bord des bus à plate-forme qui circulaient
encore dans les années soixante-dix." Autrement dit,
offrez-nous de bons transports en commun et vous aurez des clients,
même venus de l'automobile !
Je vais maintenant vous présenter nos intervenants. Jacques
Auxiette, Président du GART, se chargera d'introduire
les débats. Pascale Pécheur, Secrétaire
générale du GART, interviendra à sa suite.
Perrine Pignero, de l'Institut Marc Gilles & Associés,
nous présentera une étude exclusive sur les demandes
des usagers en matière de déplacements urbains.
Nous écouterons ensuite Jean-Marie Guidez, chercheur au
CERTU. Nous verrons également, grâce à trois
exemples concrets, comment les transports collectifs peuvent
séduire les usagers. Nous avons, à ce titre, parmi
nous Gérard Couturier pour Le Havre, Maurice Lombard pour
Dijon, et Roland Ries pour Strasbourg.
Jacques Auxiette, les résultats actuels sont relativement
mitigés puisque les transports collectifs urbains ont
subi une baisse de fréquentation de 2 % en 1995. Au cours
des dix dernières années, la fréquentation
a pourtant augmenté de 10 %. N'y a-t-il pas là
un paradoxe ?
Jacques Auxiette
Ce constat
a effectivement justifié en grande partie notre rencontre
de ce matin. Nous allons tenter d'éclairer ces chiffres.
Ces derniers, qui correspondent à des moyennes, traduisent
en fait des situations très différentes.
Je précise en outre que le titre de cette réunion
a été retenu il y a plus de quatre mois, c'est-à-dire
à un moment où les transports publics n'étaient
pas encore sous les feux de l'actualité. Je ne vais cependant
pas modifier l'objet même des discussions de ce matin,
le rôle du GART étant d'inscrire notre réflexion
et notre légitimité dans la durée, ainsi
que de donner des arguments pour que nos adhérents et
les pouvoirs publics, si ces derniers daignent nous écouter,
puissent prendre en compte les analyses qui seront faites. Toutefois,
nous pourrons éventuellement, au cours des débats,
parler d'actualité. Dans le cas contraire, cette réunion
paraîtrait quelque peu insolite !
Malgré tout, le problème de ce matin est d'actualité.
En effet, c'est bien en menant des actions de manière
continue que nous pourrons dégager, premièrement,
des stratégies susceptibles d'être mises en oe;uvre
par les pouvoirs publics et, deuxièmement, des mesures
qualitatives qui, au-delà des investissements jugés
parfois trop lourds, augmenteront la fréquentation.
Au cours de cette réunion, nous assisterons - cela
constitue un des rôles du GART - à la présentation
de deux études analysant comment, sur une période
relativement longue, les évolutions ont été
ressenties et comment les efforts d'investissements se sont traduits
au niveau de la fréquentation. Nous verrons également
dans quelle mesure la diminution de la fréquentation est
susceptible de conduire à des crises, notamment économiques.
Notre rôle est d'être lucide par rapport à
cette dimension. Nous pourrons dès lors mener des analyses
s'inscrivant dans la durée mais également dégager
des perspectives liées à l'étude que Madame
Pignero a effectuée sur les attentes des usagers relatives
à la qualité du service rendu.
Je ne traiterai pas
maintenant des questions d'actualité, telles que les grèves
survenues dans presque toute la France. On y a apporté
des réponses qui ne me satisfont pas.
En outre, je tiens
à souligner que la prise de conscience des niveaux élevés
de pollution à Paris est riche d'enseignements. Auparavant,
l'opinion publique estimait en général que seules
Athènes et Mexico étaient concernées par
des problèmes de cette nature. Le GART, dans sa diversité,
souligne ces problèmes depuis maintenant plus de cinq
ans. Nous aurons donc éventuellement la possibilité
d'expliciter nos positions sur ces problèmes.
Gérard Jouany
Pascale Pécheur
va nous présenter deux études : la première
porte sur le versement transport en tant que levier capable d'améliorer
(ou non) les transports collectifs urbains ; la seconde concerne
l'évolution de la fréquentation au cours des dix
dernières années.
Pascale Pécheur
La première
étude que je vous présenterai porte sur l'évolution
des réseaux de transport public entre 1973, date de l'instauration
du versement transport dans les grandes villes de province, et
1995. Nous nous sommes intéressés à trois
critères essentiels : la taille de l'agglomération
; le fait d'avoir ou non un transport collectif en site propre
en 1995 ; les écarts entre les petites agglomérations
percevant le versement transport et celles qui ne le perçoivent
pas encore.
La deuxième étude tente, elle, de mesurer l'évolution
au cours des dix dernières années, réseau
par réseau, de l'offre et de la fréquentation.
1 - Evolution des réseaux
de transport public entre
1973 et 1995 
a)
Evolution du nombre de kilomètres et du nombre de voyages
Evolution de l'offre
et de l'usage par habitant entre 1973 et 1994
|
Kilomètres
par habitant |
Voyages
par habitant |
| Agglomérations
avec TCSP |
110 % |
96 % |
|
Autres agglomérations
supérieures à 300 000 habitants
|
118 % |
50 % |
| Agglomérations
de 200 000 à 300 000 habitants |
128 % |
83 % |
| Agglomérations
de 100 000 à 200 000 habitants |
298 % |
209 % |
| Agglomérations
de 30 000 à 100 000 habitants avec VT |
166 % |
131 % |
| Agglomérations
de 30 000 à 100 000 habitants sans VT |
48 % |
35 % |
Le tableau correspondant
à la première étude récapitule l'évolution
entre 1973 et 1995 du nombre de kilomètres par habitant
et du nombre de voyages par habitant. Nous dressons un certain
nombre de constats.
Une très forte progression pour les agglomérations
de 100 000 à 200 000 habitants
Ces agglomérations ont connu la plus forte augmentation
de l'offre, avec une bonne réponse de la fréquentation.
Cette évolution leur a permis de rejoindre la catégorie
des villes de 200 000 à 300 000 habitants en termes d'offre
kilométrique.
Une progression modérée de l'offre et de la
fréquentation pour les villes moyennes ne percevant pas
le versement transport
Ces villes ont vu leur fréquentation répondre
de manière moindre à l'offre comparativement à
celles percevant le versement transport.
Une forte augmentation de l'offre dans les agglomérations
de plus de 300 000 habitants n'ayant pas encore en 1995 de réseaux
de transport collectif en sites propres (TCSP) avec un faible
impact sur la fréquentation
L'augmentation de l'offre dans ces villes a été
de 118 % pendant la période d'étude, plus
importante même que pour les villes possédant un
TCSP. Mais l'augmentation de la fréquentation a été,
elle, comparativement moins importante.
b.
Evolution de la productivité 
A présent, je
vais vous donner quelques éléments, toujours dans
le cadre de cette même étude sur la période
1973-1995, concernant la productivité. Nous avons mesuré
comment avaient évolué le parc de véhicules,
le personnel roulant et le nombre de voyages. Un certain nombre
de points peuvent être soulignés.
Evolution
du nombre de voyages, du parc de véhicules et du personnel
roulant entre 1973 et 1995
|
Nombre
de voyages |
Parc de
véhicules |
Personnel
roulant |
| Agglomérations
avec TCSP |
96
% |
70
% |
51
% |
| Autres
agglomérations supérieures à 300 000
habitants |
49
% |
93
% |
75
% |
| Agglomérations
de 200 000 à 300 000 habitants |
102
% |
89
% |
78
% |
| Agglomérations
de 100 000 à 200 000 habitants |
191
% |
186
% |
212
% |
| Agglomérations
de 30 000 à 100 000 habitants avec VT |
226
% |
214
% |
270
% |
| Agglomérations
de 30 000 à 100 000 habitants sans VT |
128
% |
139
% |
96
% |
Une évolution
relativement favorable pour les agglomérations avec TCSP
Ces villes
sont caractérisées par une forte augmentation du
nombre de voyages, du parc de véhicules et du personnel
roulant, ce qui est relativement cohérent. Cependant,
nous observons une moindre augmentation du personnel roulant
postérieurement à la mise en place du TCS
Des évolutions
contrastées pour les grandes agglomérations ne
possédant pas encore de TCSP
Ces villes
connaissent une forte augmentation du parc de véhicules
et du personnel roulant mais leur ratio de fréquentation
demeure à la traine.
c.
Coût d'exploitation 
Coût
au kilomètre, coût au voyage selon les groupes d'agglomérations
et nombre de voyages par habitant
| |
Coût
(en F) d'exploitation
au km |
Coût
(en F) d'exploitation
par voyage |
Nombre
de voyages par habitant |
| Agglomérations
avec TCSP |
18,4 |
5,9 |
143 |
| Autres
agglomérations supérieures à 300 000
habitants |
23,6 |
7,6 |
87 |
| Agglomérations
de 200 000 à 300 000 habitants |
19,5 |
5,4 |
109 |
| Agglomérations
de 100 000 à 200 000 habitants |
16,8 |
6,0 |
86 |
| Agglomérations
de 30 000 à 100 000 habitants avec VT |
16,8 |
7,7 |
50 |
| Agglomérations
de 30 000 à 100 000 habitants sans VT |
15 |
5,4 |
39 |
Examinons à
présent un dernier tableau pour cette première
étude. Nous avons calculé pour 1995 le coût
d'exploitation au kilomètre et le coût d'exploitation
par voyage dans différentes strates d'agglomérations.
Nous constatons que, dans les agglomérations sans TCSP
de plus de 300 000 habitants, le coût d'exploitation
au kilomètre et le coût d'exploitation par voyage
sont très élevés.
Si les agglomérations avec TCSP ont connu une forte progression
de la fréquentation liée à une augmentation
de l'offre, elles ont, en outre, relativement bien maîtrisé
leurs coûts d'exploitation. Mais cela ne signifie pas que
leur transport collectif leur coûte peu, dans la mesure
où les investissements ne sont pas pris en compte dans
ces chiffres.
2 - Evolution de l'offre
et de la fréquentation
entre 1986 et 1995 
Après avoir
présenté des moyennes, intéressons-nous
aux différentes agglomérations. Nous avons observé
les évolutions par réseau durant la période
1986-1995.
Au niveau national, en 1995, la fréquentation a baissé
de 2 % et l'offre a augmenté de 0,7 %. Ces résultats
masquent de très fortes disparités puisqu'à
cette date environ 25 % des réseaux ont vu leur fréquentation
augmenter, alors que 75 % l'ont vu diminuer.
Tableau : évolution
sur dix ans des kilomètres offerts et de la fréquentation
| Bons
réseaux |
87/86 |
88/87 |
89/88 |
90/89 |
91/90 |
92/91 |
93/92 |
94/93 |
95/94 |
95/86 |
| Evol.
KM |
1,4% |
2,2% |
2,1% |
2,2% |
4,2% |
4,8% |
1,5% |
4,1% |
9,1% |
36,2% |
| Evol.
VOYA |
4,0% |
1,7% |
0,4% |
2,4% |
3,1% |
-4,6%* |
6,0% |
5,9% |
6,0% |
26,9%
|
| Bons
rés. sauf en 1995 |
87/86 |
88/87 |
89/88 |
90/89 |
91/90 |
92/91 |
93/92 |
94/93 |
95/94 |
95/86 |
| Evol.
KM |
1,1% |
0,4% |
5,3% |
1,8% |
4,1% |
2,1% |
3,9% |
2,4% |
-0,6% |
22,2% |
| Evol.
VOYA |
1,5% |
3,3% |
-1,2% |
4,3% |
1,2% |
1,1% |
4,1% |
0,9% |
-3,3% |
12,2%
|
| Moins
bons réseaux |
87/86 |
88/87 |
89/88 |
90/89 |
91/90 |
92/91 |
93/92 |
94/93 |
95/94 |
95/86 |
| Evol.
KM |
0,8% |
2,8% |
2,2% |
1,4% |
1,4% |
0,2% |
1,5% |
2,0% |
-2,7% |
10,1% |
| Evol.
VOYA |
4,9% |
3,8% |
1,8% |
1,6% |
-0,7% |
-1,4% |
-0,9% |
-2,0% |
-4,8% |
1,8%
|
| Total
101 réseaux |
87/86 |
88/87 |
89/88 |
90/89 |
91/90 |
92/91 |
93/92 |
94/93 |
95/94 |
95/86 |
| Evol.
KM |
1,0% |
1,9% |
3,2% |
1,7% |
2,9% |
1,9% |
2,3% |
2,6% |
0,7% |
19,8% |
| Evol.
VOYA |
3,5% |
3,2% |
0,5% |
2,6% |
0,8% |
-1,3% |
2,3% |
0,8% |
-1,8% |
10,9% |
* L'année 1992
est marquée dans les "bons réseaux" par
une rupture méthodologique dans la mesure de la fréquentation
d'un gros réseau (passage à la monétique)

Nous avons dès
lors essayé de répertorier les réseaux performants,
c'est-à-dire ceux ayant eu une bonne augmentation de leur
fréquentation ces cinq dernières années.
Nous avons également déterminé, pour ces
réseaux, l'augmentation moyenne du kilométrage
et du nombre de voyages.
Nous avons ensuite étudié les réseaux dont
l'évolution de la fréquentation était favorable
sauf en 1995. Nous avons dès lors fait un constat surprenant
: leur offre baisse en 1995.
Enfin, nous avons étudié la catégorie des
moins bons réseaux, c'est-à-dire ceux qui voient
depuis plusieurs années leur fréquentation
diminuer. Nous n'avions pas été alertés
de cette situation au niveau national. Nous observons néanmoins
depuis 1991 une baisse de la fréquentation dans quarante
agglomérations, alors que 32 agglomérations se
situent dans la catégorie des "bons réseaux
sauf en 1995" et 25 dans celle des "bons réseaux".
Ces résultats sont basés sur un échantillon
permettant d'avoir des séries statistiques relativement
fiables, sachant qu'ont été soustraits de l'échantillon
les réseaux ayant des évolutions de l'offre et
de la fréquentation variant fortement d'une année
à l'autre favorablement ou défavorablement.
Il est intéressant, en outre, de noter que 40 % des réseaux
se portent relativement mal depuis quelques années. Ce
qui les a conduit à une baisse de leur offre en 1995,
de près de 3 %. L'augmentation globale de l'offre kilométrique
est ainsi relativement faible sur l'ensemble de l'échantillon,
alors même que dans le même temps étaient
mis en service de nouveaux réseaux de TCSP.
Nous pouvons retenir également qu'à peu près
dix points d'écart séparent l'évolution
de l'offre de celle de la fréquentation, et ce quelles
que soient les strates d'agglomé-ration. A une augmentation
de l'offre, représentant un coût, correspond ainsi
un accroissement moindre des recettes commerciales. Pour parvenir
à combler ce déficit, il s'agira sans doute de
prendre d'autres mesures qu'une simple augmentation de l'offre,
comme, par exemple, agir sur l'usage de la voiture en ville.

Evolution de l'offre
et de la fréquentation sur les réseaux les "moins
bons" sur 86-95
Examinons maintenant
les graphiques où sont présentées l'évolution
de l'offre sur 10 ans, atteignant un maximum 150 % sur l'axe
des abscisses, et celle de la fréquentation sur l'axe
des ordonnées, ayant également un maximum de 150
%. Il est tout d'abord inquiétant de constater que certaines
agglomérations, classées dans la catégorie
des moins bons réseaux, ont vu, au cours des dix dernières
années, leur offre augmenter et leur fréquentation
diminuer. Dans cette catégorie, nous trouvons vingt-deux
agglomérations de plus de 100 000 habitants, dont à
peu près 50 % ont des projets de TCSP qui ne verront pas
le jour avant trois à six ans. Nous pouvons donc nous
attendre à la poursuite de la baisse de la fréquentation
au niveau national compte tenu du poids statistique de ces agglomérations.


Evolution de la
fréquentation et de l'offre des réseaux "bons
sauf en 1995" sur 86-9
Concernant les villes
classées dans la catégorie des "bons réseaux
sauf en 1995", leurs résultats négatifs peuvent
s'expliquer, d'une part, par les grèves de la SNCF, qui
ont perturbé les transports collectifs locaux du fait
des correspondances entre les TER et les réseaux urbains,
et, d'autre part, par d'autres éléments comme la
mauvaise conjoncture économique. Lorsque nous regardons
les évolutions année après année
de ces réseaux, nous constatons que certains ont connu
une très forte augmentation de l'offre et de la fréquentation,
mais cette évolution n'est pas encore bien maîtrisée.
Nous trouvons ce type de réseaux tant dans les grandes
que dans les petites agglomérations.
Evolution de l'offre
et de la fréquentation dans les "bons réseaux"
sur la période 86-95
Pour ce qui est des
"bons réseaux", leurs résultats sont
relativement homogènes, ce qui signifie qu'ils semblent
avoir bien géré l'augmentation de l'offre, la fréquentation
y ayant bien répondu. Sans citer de noms, nous pouvons
estimer qu'en général, dans ces agglomérations,
la politique est maîtrisée non seulement au niveau
des transports publics mais également au niveau de la
circulation, du stationnement et de l'urbanisme.

Gérard Jouany
Ne peut-on
pas, malgré tout, disposer de ces noms ? Beaucoup
de nos confrères de la presse régionale et locale
seraient, en effet, très intéressés par
ces informations.
Pascale Pécheur
Je vais vous
citer quelques bons réseaux, mais leurs représentants
sont de toute façon présents à cette tribune.
Nous avons bien entendu Strasbourg et Dijon, même si dans
cette dernière une baisse de la fréquentation commence
à se faire jour alors que les résultats dans le
passé étaient très bons. Le Havre se comporte
aussi très bien. Mentionnons également les réseaux
ayant inauguré récemment des lignes de TCSP comme
Rouen ou Toulouse. Nous avons enfin Lorient, Saint-Nazaire et
Chambéry.
Dans les moins bons réseaux, nous trouvons essentiellement
les agglomérations de plus de 300 000 habitants dont
les projets de TCSP, malgré leur ancienneté, n'ont
pas encore abouti. Nous pouvons citer, par exemple, Bordeaux,
dont les ratios se détériorent dangereusement.
Nous trouvons également, et cela est plus surprenant,
des grandes agglomérations possédant des TCSP mais
n'ayant pas depuis quatre ou cinq ans créé de nouvelles
lignes ou prolongé de façon significative le réseau
existant. Dans ces villes, la fréquentation commence à
diminuer légèrement.
Jacques Auxiette
Il ne s'agit
pas de montrer du doigt telle ville ou telle équipe municipale.
Ces résultats sont des constats objectifs, qui rejoignent
la transparence de la fonction publique. Cela nous permet ainsi
de noter que, parfois, des investissements importants n'ont pas
correspondu à une augmentation de la fréquentation.
Chacun doit, en fait, pouvoir tenir compte de ces éléments
pour pouvoir mieux évaluer, s'il le souhaite, les éventuelles
conséquences de ses choix.
Gérard Jouany
Il est vrai
que nous préférons entendre quelques noms. D'autant
plus que cette enquête est une véritable photographie
de la situation et est, à ce titre, très intéressante.
Pour que précisément certains des moins bons réseaux
deviennent de bons réseaux, il faut examiner l'étude
que va nous présenter Perrine Pignero. Commanditée
entre autres par le GART, cette recherche a trait à l'innovation
et aux attentes des usagers en matière de transport public
urbain.
3 - Enquête "Innovation transports publics urbains" - Perrine Pignero 
Perrine Pignero
1
- Objectifs et méthodologie
Cette étude
a été menée dans le cadre du PREDIT avec
l'ADEME, la DRAST, EDF, le GART, la RATP et l'UTP. Son objectif
central était, d'une part, de déterminer si l'innovation
constitue ou non un levier important pour l'augmentation de la
fréquentation des transports publics urbains et, d'autre
part, d'identifier quels sont les types d'innovations répondant
le mieux aux attentes du public. Enfin, nous déterminerons
si certains segments de clientèle sont plus sensibles
à l'innovation et, si oui, à quelles catégories
d'innovations.
Cette étude est encore en cours d'exploitation finale
; vous en avez aujourd'hui la primauté. Je vais tenter
de vous livrer les grandes lignes de réflexion qui en
émergent.
La méthodologie suivie comporte trois volets, dont seuls
les deux premiers ont été entièrement exploités.
Le premier a consisté à procéder à
un cadrage de la problématique avec une quarantaine d'experts
et de professionnels : chercheurs, urbanistes, autorités
organisa-trices, réseaux et constructeurs.
Le second nous a amenés à explorer de façon
qualitative le vécu, les perceptions et les attentes du
public utilisant les transports publics de façon assidue
ou occasionnelle. Nous avons interrogé environ 80 usagers
dans six villes de France. Nous avons essayé d'être
aussi non directif que possible et de leur faire reconstituer
les différentes étapes de leurs déplacements.
Nous leur avons ainsi demandé d'exprimer de manière
spontanée ce qui se déroulait bien ou moins bien
pendant leurs voyages et ce qu'ils aimeraient voir mettre en
oe;uvre pour améliorer les réseaux urbains.
Ces deux premières étapes devaient nous permettre
de répertorier les pistes d'innovation, petites ou grandes,
dans le domaine des transports publics urbains.
Ces pistes ont été exploitées - il
s'agit du troisième volet de l'étude - dans le
cadre d'une enquête beaucoup plus quantitative, réalisée
auprès de 1 000 usagers fréquents, occasionnels
ou très occasionnels des transports publics, dans cinq
sites très différents en termes de configurations
d'offre de transport. Il s'agissait de Paris et de la région
parisienne, de Bordeaux, de Lyon, de Strasbourg et de Toulouse,
avec 200 entretiens par site répartis entre le centre-ville,
la petite et la moyenne couronne.
2
- Résultats : deux champs d'innovation à examiner
en priorité
Il émerge
de cette enquête les résultats suivants. Globalement,
en termes d'attentes, une grande priorité est accordée
à deux champs d'innovation qui touchent surtout à
la qualité du service.
La
maîtrise du temps de déplacement et sa valorisation
Cette attente,
qui peut sembler banale, est fondamentale pour les personnes
interrogées, tant dans leurs réponses spontanées
que lorsque nous leur demandons de classer des caractéristiques.
La
requalification de l'espace du voyage
Cette attente,
liée à la précédente, est également
très importante.
a)
La maîtrise du temps de déplacement et sa valorisation
Concernant
la maîtrise du temps de déplacement, la principale
préoccupation des usagers porte sur le respect des horaires,
ce qui concorde avec les résultats du baromètre
STP qui vient de paraître. 65 % des personnes interrogées
considèrent, en effet, qu'il s'agit d'une exigence très
importante.
Les usagers ont en outre conscience que les voies réservées
représentent un atout majeur pour pouvoir mieux maîtriser
les horaires. Mais
ils attendent également des signes qui montrent que les
organisateurs du transport public se préoccupent de cet
aspect. Ainsi, les informations sur les temps d'attente, même
si elles ne peuvent remplacer la ponctualité, prouvent
néanmoins que des tentatives sont faites pour maîtriser
toujours mieux le temps de déplacement.
Au niveau de la valorisation du temps d'attente, qui revêt
de multiples aspects, nous pouvons donner l'exemple caractéristique
de l'abribus. Ce dernier constitue, en effet, un progrès
extraordinaire : il apporte un service visible et significatif
dans la ville. Mais beaucoup de progrès restent à
réaliser. Il constitue, d'une certaine façon, le
symbole de l'attente qui donne, psychologiquement, l'impression
de mal maîtriser le temps de déplacement. L'abribus
est ainsi, dans l'esprit des usagers, un lieu hybride, situé
ni dans la ville ni dans les transports publics et vécu
de façon désagréable. Nous montrons en effet
aux autres, lorsque nous l'utilisons, que nous sommes en train
d'attendre.
Pour ce qui est de la requalification de l'espace du voyage,
nous avons une multitude de micro-attentes liées aux nombreuses
micro-agressions subies par le voyageurs. On peut citer, par
exemple, la brutalité des portes, les bruits, les secousses,
la température, les odeurs, la malpropreté ou les
micro-chocs divers. Tous ces désagréments sont
autant de points d'appui pour améliorer l'offre de façon
sensible aux yeux des usagers.
La multi-fonctionnalité du temps de voyage est un deuxième
aspect important. Elle se situe, elle, davantage au niveau de
l'innovation que de la remise à niveau ; y sont sensibles
certaines cibles stratégiques comme les jeunes. Il est
vrai qu'aujourd'hui, nous pouvons lire dans les transports publics,
ce qui n'est pas possible en voiture, mais encore faut-il pouvoir
disposer d'une place assise. Nous pouvons également écouter
de la musique. Mais demain nous pourrions, par exemple, téléphoner,
écrire et utiliser le temps de déplacement pour
faire autre chose que simplement se déplacer.
b)
La requalification de l'espace du voyage
Deux autres
points, relatifs à la requalification de l'espace du voyage,
doivent également être soulignés.
La
présence humaine dans les transports publics
Cette présence
constitue une attente extrêmement forte. Il s'agit non
seulement d'une attente destinée à contrôler,
voire à sanctionner, mais aussi de celle se traduisant
par une impression générale de sécurisation
et des services nombreux comme, par exemple, délivrer
des informations ou aider à porter des paquets.
Le
design
Le design
est toujours le grand absent dans les enquêtes de ce type
: les usagers le considèrent rarement explicitement comme
une véritable attente. Nous avons ainsi généralement le
sentiment, à la lecture des résultats d'enquêtes,
que le design est secondaire. En vérité, nous nous
apercevons que, lorsque nous mettons en corrélation les
critères de satisfaction avec la satisfaction effective
relative à tel ou tel réseau, le design joue un
rôle important à partir du moment où il constitue
le signe extérieur d'une fonctionnalité avancée.
Le tramway de Strasbourg en est l'exemple type. Mais il est vrai
aussi que le design peut vieillir assez rapidement.
c)
D'autres champs d'investigation
D'autres champs
d'innovation paraissent également importants.
La
recherche de la qualité de l'environnement urbain
Les citadins
sont très sensibles aux problèmes de pollution.
Dans le domaine des transports publics urbains également,
il y a une forte attente vis-à-vis des véhicules
non polluants : 59 % des usagers considèrent cet aspect
comme très important. Mais il n'est pas question uniquement
des énergies non polluantes telles que l'électricité
ou le gaz. Il faut également évoquer les signes
qui prouvent que les organisateurs et transporteurs se préoccupent
de la pollution : arrêter le moteur lorsqu'il est inutile
qu'il tourne ; incorporer des filtres ou l'équivalent
de pots catalytiques.
Une recherche doit être effectuée sur ces aspects,
à l'instar de ce qui a été fait dans l'automobile.
Les résultats de cette recherche doivent être portés
à la connaissance du public. Il faut également
parler du bus électrique, qui est porteur d'un imaginaire
très positif auprès des usagers. Lorsque nous leur
prononçons simplement ces deux mots, sans leur donner
les avantages du bus électrique, ils énoncent,
en effet, spontanément des caractéristiques qui
correspondent à leurs principales attentes :
la non-pollution, la souplesse, le silence et une certaine forme
de modernité. Ce type de véhicule peut ainsi représenter
l'image de la nouvelle génération de bus.
La
recherche de la complémentarité des modes de transport
Les usagers
ne connaissent pas le terme "intermodalité"
mais ils sont néanmoins sensibles à ce qui va favoriser
notamment la complémentarité entre le transport
public et l'automobile. Je pense, par exemple, aux parkings d'échanges
aux abords des villes permettant de garer sa voiture pour emprunter
les transports publics.
L'offre
tarifaire
Les usagers
ont besoin d'une offre plus large qu'aujourd'hui. Ils veulent
pouvoir choisir entre non pas des tarifs mais des produits tarifaires,
comme c'est le cas, par exemple, dans la distribution. Il nous
semble qu'actuellement le choix, pour certains segments de clientèle,
se limite au paiement ou au non-paiement.
La
technologie avancée intégrée au quotidien
des transports publics
Cet axe d'innovation
ne semble pas être une priorité pour l'ensemble
de la population. Il joue, en revanche, un rôle très
important auprès de certains segments de clientèle,
comme les jeunes ou les automobilistes. Ces technologies peuvent
être les titres de transport "mains libres" ou
multi-services, le téléphone à bord, les
horaires de poche électroniques en temps réel ou
les ordinateurs intermodaux.
Gérard Jouany
Avez-vous
communiqué cette enquête à Jean-Claude Decaux
? Il doit repenser entièrement son système :
si l'abribus est pour les usagers synonyme d'attente, il est,
pour lui, synonyme de publicité, d'où une certaine
contradiction à régler.
Jacques Auxiette
Il nous a
présenté récemment ce qu'il considère
comme une innovation, à savoir la possibilité d'avoir
dans sa poche un petit appareil indiquant l'heure d'arrivée
du prochain bus. Je lui ai dit que sa logique industrielle a
consisté à envisager l'utilisation de l'abribus
en fonction des besoins de la filière publicité.
Elle n'a pas vraiment consisté à réfléchir
au transport public, même si l'abribus a contribué
à l'intégration du design dans le paysage urbain.
Gérard Jouany
Certains essais
sont réalisés à Paris sur la ligne 47 :
sont affichés à l'arrêt du bus et dans le
bus le temps d'attente et le délai avant d'arriver à
destination.
Jacques Auxiette
Cela existe
également en province depuis un certain temps.
Gérard Jouany
Grâce
à l'étude de Madame Pignero, nous discernons mieux
les attentes des usagers. Jean-Marie Guidez, expert en mobilité
urbaine, va à présent nous montrer quelles sont
les tendances lourdes concernant l'urbanisme et les comportements
humains.
Jean-Marie Guidez
Je me félicite
que nous puissions à présent faire preuve de transparence
et présenter des chiffres relatifs à la mobilité
et aux parts de marchés. Il y a quelques années,
nous avions réalisé une enquête à
Lyon où nous avions découvert une perte de deux
points de part de marché après l'ouverture de la
ligne D, ligne ayant exigé des investissements importants.
Il fut ainsi une époque, et pas seulement à Lyon,
où nous n'aurions pas pu révéler publiquement
de tels résultats. On privilégiait alors la politique
de l'autruche : les grands messes annonçaient que tout
allait bien. A Lyon, lors du changement des équipes politiques
notamment, cette perte de deux points de part de marché
a été intégrée. Elle constitue à
présent la base de départ du PDU. En somme, cela
revient ainsi à transformer une faiblesse en force.
Il faut se féliciter que l'attitude générale
(celle qui s'impose aujourd'hui) soit moins frileuse. Le PDU
de Lyon a ainsi annoncé un objectif très ambitieux
pour la part de marché de la voiture qui doit passer de
77 % à 75 %. Parvenir à ce résultat sera
très délicat dans la mesure où nous avons
déjà rapidement perdu deux points de part de marché
dans le secteur des transports collectifs.
Nous pouvons nous demander, en outre, si nous assistons à
une grande inflexion des opinions et des comportements. En prenant
à nouveau l'exemple de Lyon, nous voyons que certains
projets progressent mais qu'il reste beaucoup à faire.
Le jour de l'inauguration d'une très belle et complète
exposition sur le PDU de Lyon organisée sur la place Bellecour,
la plupart des autorités présentes, bien qu'ayant
tenu des discours nettement favorables à la limitation
de la voiture et aux modes alternatifs, avaient garé leurs
automobiles au milieu de la place. Alors que la mairie de Lyon
se trouve seulement à un kilomètre de là,
au bout d'une ligne de métro et d'une rue piétonne.
Ce comportement a donc constitué un symbole politique
fort. Il montre que même si les discours sont excellents
en France, les personnes censées donner l'exemple ne le
font pas.
Gérard Jouany
Valéry
Giscard d'Estaing a pris une seule fois le métro dans
sa vie.
4 - Etude
franco-suisse - Jean-Marie
Guidez 
Jean-Marie Guidez
Un premier
ministre l'ayant pris récemment a considéré
qu'il y faisait chaud...
1
- Méthodologie
Tout le monde
est d'accord pour dire que la tendance générale
n'est pas très favorable aux transports publics. Pour
savoir si, néanmoins, les comportements s'infléchissent,
nous pouvons nous baser sur deux études.
L'étude franco-suisse, maintenant fort connue, a consisté
à comparer trois villes suisses et trois villes françaises.
Elle nous a amenés à constater que les Suisses,
qui ont autant de voitures que nous, les utilisent moins dans
les centre-villes où ils empruntent trois fois plus les
transports collectifs. Ce phénomène tient, certes,
au fait que leur offre de transports publics urbains est nettement
meilleure que la nôtre, mais surtout qu'il est quasiment
impossible de stationner ou de circuler à Zurich ou à
Berne. Cela montre les limites du développement basé
uniquement sur l'offre, politique pourtant menée en France
depuis dix ans. Nous voyons que la rentabilité sociale
est tributaire d'une limitation de la circulation des voitures.
En l'absence d'une telle limitation, les milliards investis dans
les tramways ou les métros ne feront, au mieux, que maintenir
leurs parts de marché. Les élus ne semblent pas
encore être conscients de ce paradoxe. Comment faire accepter
socialement en France ces limitations de la circulation automobile
?
L'étude SOFRES, commandée par le GART, l'ADEME,
le CERTU et l'UTP a consisté à analyser, pour la
quatrième fois, l'opinion des Français sur les
transports urbains. Pour la première fois, des élus
ont également été interrogés, soit
200 maires de villes de province. Nous nous sommes inspirés
d'une enquête connue menée en Allemagne. Nous avons
ainsi demandé aux usagers et aux élus ce qu'ils
pensaient et aux élus ce qu'ils estimaient que les usagers
pensaient.
2
- Résultats
Nous constatons
diverses évolutions au niveau des opinions des personnes
interrogées.
Une
progression importante du problème des transports urbains
Les problèmes
relatifs aux transports et à la circulation, après
être restés stables dans les enquêtes de 1991,
1992 et 1993, sont considérés à présent
comme étant nettement plus importants. Ils rejoignent
l'éducation et dépassent le cadre de vie.
Une
montée en puissance du problème de la pollution
La pollution
est considérée, davantage par les usagers que par
les élus, comme une préoccupation majeure. Sur
les autres problèmes, les élus ont des opinions
très proches de celles des usagers.
Des
résultats contrastés concernant l'efficacité
perçue de la limitation de la circulation
72 % des administrés
et 68 % des élus estiment qu'il est efficace de limiter
fortement le stationnement ou la circulation en centre-ville
; ce résultat est constant depuis dix ans. Par contre,
seuls 27 % des élus estiment que les usagers perçoivent
les limitations des automobiles en ville comme efficaces.
Un
appui plus fort en faveur des transports en commun au détriment
de la voiture
Auparavant,
une grande majorité des usagers considérait la
voiture comme étant plus attractive que les transports
en commun. Cette proportion s'est inversée pour la première
fois en octobre 1996. Ces résultats, de par leur caractère
surprenant, ont provoqué à l'époque un grand
débat interne entre les commanditaires de l'étude.
On a alors décidé de ne pas diffuser ces résultats
avant de prouver leur véracité.
Il y a sans doute des changements majeurs dans les discours et
les esprits, mais pas encore dans les comportements quotidiens,
sauf dans des villes comme Strasbourg où sont consentis
de gros investissements. Ceci milite pour la mise en place d'une
politique volontariste claire, à l'image de ce qui est
fait en Suisse, d'autant plus que les problèmes liés
aux transports sont de plus en plus aigus.
Gérard Jouany
Monsieur Auxiette,
que pensez-vous des mesures actuelles destinées à
limiter la circulation automobile à Paris ?
Jacques Auxiette
Nous avons
des difficultés en France à anticiper les problèmes
et à conduire des politiques à long terme. Souvent,
nous ne réagissons qu'au travers de plans d'urgence. Or
c'est bien dans la continuité que des politiques peuvent
être menées, notamment dans les domaines que nous
avons exposés.
Jean-Marie Guidez
Ne peut-on
pas d'ailleurs estimer que l'approche politique des femmes -
je pense notamment à Mesdames Trautman et Lepage - se
caractérise justement par la ténacité et
la durée ?
Gérard Jouany
Nous allons
à présent vous présenter des exemples concrets
destinés à identifier les leviers sur lesquels
il est possible d'agir pour améliorer la fréquentation
des transports collectifs urbains. Je passe la parole à
Gérard Couturier, Directeur général de Bus
Océane, qui va nous présenter les initiatives prises
au Havre concernant la qualité de service, la desserte
de la périphérie, les tarifs et la sécurité.
5 - Evolution de la fréquentation
: exemple du Havre - Gérard Coudurier 
Gérard Couturier
1
- Les résultats obtenus par les transports en commun au
Havre
Je n'ai pas
vraiment de recettes à donner pour faire évoluer
la clientèle. Si certains résultats sont le fruit
du travail de nos équipes, d'autres sont dus à
la géographie ou au hasard. Je pense notamment au fait
que la population havraise est proportionnellement plus jeune
qu'ailleurs.
Au niveau de l'évolution de la fréquentation, nous
avions 23,3 millions de voyages en 1995, contre 21,7 en 1990,
soit une progression proche de 2 % par an. Dans le même
temps la circulation automobile au Havre a augmenté de
3 % par an, comme dans de nombreuses autres villes. Nous
avons, en outre, un indicateur de performance relativement stable
: 60 % de la population desservie est cliente, c'est-à-dire
emprunte le bus au moins une fois par mois.
2
- Maillage du réseau, fréquence de passage et amplitude
du service
La ligne directrice
de nos actions a consisté à tisser un maillage
dense du réseau avec une fréquence de passage soutenue.
Ce travail a été facilité par le fait que,
Le Havre s'inscrivant dans un quart de cercle entre la mer et
la Seine, nous avons une surface de périphérie
moindre que dans une ville d'organisation circulaire traditionnelle.
Ainsi, la quasi-totalité de la population desservie se
trouve à présent à moins de 300 mètres
d'un arrêt.
La fréquence du service est en moyenne d'un passage d'autobus
toutes les huit minutes, avec un maximum de quinze minutes pour
les lignes les plus secondaires, contre six minutes pour les
plus centrales. Les itinéraires très étendus
entre périphérie et centre-ville, qui représentent
l'essentiel des déplacements, sont couverts à une
vitesse commerciale moyenne supérieure à 19 km/h.
Les résultats sont comparables sur l'ensemble du réseau.
Il est vrai que nous avons de larges avenues facilitant la circulation
rapide. Les grands ensembles de périphérie sont
ainsi à moins de 25 minutes de transport du centre-ville.
Mais il est vrai aussi que nous avons peu de problèmes
de stationnement, ce qui constitue un frein à notre activité.
Un autre élément décisif a été
l'augmentation de l'amplitude du service, qui commence vers cinq
heures et se termine entre minuit ou une heure du matin. Nous
avons récemment développé des services de
nuit, qui auparavant n'existaient pas dans notre ville à
causes des problèmes de sécurité. Enfin,
nous avons mieux pris en compte les liaisons de périphérie
à périphérie, notamment pour les besoins
scolaires. Nous avons au préalable réalisé
des études en partenariat avec des personnes chargées
du développement social des quartiers.
3
- Identification et ciblage des segments de clientèle
Nous avons
également essayé d'avoir des dispositions plus
adaptées à chaque segment de clientèle.
Nous pouvons à ce titre donner deux exemples.
La
desserte des zones industrielles
Cette desserte
est récente. Les horaires sont adaptés aux prises
de service. Nous avons mis en place une tarification inspirée
du système de Carte Orange de la zone parisienne. Nous
offrons également des abonnements globaux d'entreprise,
au plus grand bénéfice des salariés, qui
peuvent ainsi effectuer des déplacements en dehors de
leur trajet de travail, et des sociétés.
La
desserte des établissements scolaires
Nous étions
auparavant en concurrence avec la cantine. Les établissements
scolaires avaient tendance à réduire l'interclasse
de midi. Les familles devaient alors mettre en balance le prix
de la cantine avec celui de l'abonnement. Nous avons développé
des services directs entre les gros établissements et
la périphérie dense, ce qui s'est avéré
très rentable, les bus étant systématiquement
complets.
Au niveau commercial et marketing, nous avons souhaité
développer les formules d'abonnement. Aujourd'hui, 65
% des voyages sont effectués sous un mode de tarification
abonnement et 35 % sous un mode de tarification ticket. Cette
proportion était inverse il y a huit ans. Je crois qu'il
s'agit d'une clé du développement de la mobilité.
Nous avons également une tarification sociale, avec un
abonnement à 50 francs - le moins cher - pour
les personnes percevant le RMI ou recherchant un emploi. Le prix
commercial standard de l'abonnement est fixé à
200 francs. Nous avons recherché, dans tous les cas, à
mettre en place une tarification adaptée à chaque
segment de clientèle.
Un autre élément marketing a consisté à
cibler l'information par quartier, en distribuant au moins une
fois par an dans toutes les boîtes aux lettres des renseignements
précis sur les lignes desservant chaque îlot et
sur la manière d'utiliser l'autobus.
Au niveau des mesures d'accompagnement, des sites réservés
aux autobus, inaccessibles aux voitures, ont été
mis en place en centre-ville, ce qui assure une très grande
vitesse commerciale et une très bonne régularité
du service. Nous avons également développé,
pour pallier les problèmes de sécurité,
des moyens de prévention et d'insertion en collaboration
avec d'autres partenaires. Nous avons enfin encouragé
la formation du personnel en contact.
Toutes ces mesures ont été soutenues par une politique
de communication active. Nous avons créé un slogan,
"art de vie, art de ville", de manière à
resituer notre action à l'intérieur de la ville.
Gérard Jouany
Un autre exemple
va nous être présenté par Maurice Lombard,
Président du district de Dijon. Je crois que vous préparez
des actions pour le long terme ?
6 - Evolution de la fréquentation
: exemple de Dijon - Maurice Lombard 
Maurice Lombard
1
- Les initiatives prises à Dijon
Nous avons
effectivement misé sur la continuité. Le développement
de notre réseau a commencé en 1975, date à
laquelle le district de Dijon fut créé et décida
de gérer un réseau de transport en passant un contrat
de gérance avec un exploitant. Le district demeurait cependant
responsable du service fourni et des résultats financiers.
Nous avons dès lors pris plusieurs initiatives
La
réservation de la rue principale aux bus et aux piétons
Cette mesure
a permis d'augmenter de manière considérable la
vitesse commerciale mais a également suscité un
choc psychologique dans l'opinion, malgré l'opposition
initiale des commerçants qui depuis s'y sont ralliés
Une
extension du réseau
Cette amélioration
a été rendue possible par le versement transport.
Elle s'est traduite par une augmentation des lignes, des fréquences
et de l'amplitude via la création d'un service
le dimanche matin et la nuit. Le réseau utilise, en outre,
douze kilomètres de sites propres. Nous avons réalisé
un axe nord-sud réalisé en 1993 et traversons le
campus universitaire. En outre, des fosses placées aux
deux extrémités du trajet visent à dissuader
les automobilistes.
La
création d'un nouveau quartier prévoyant, dès
l'origine, la conception du transport public prioritaire
Cela s'est
traduit par la création d'un site propre, qui dessert
en particulier une zone commerciale nouvelle et la couverture
d'une zone de 50 000 m2 d'un seul tenant.
2
- L'évolution de la fréquentation
Grâce
à ces différentes mesures, la fréquentation
a augmenté de manière très importante entre
1975 et 1984, puis de manière plus lente depuis 1985,
pour aboutir au chiffre actuel de 165 voyages par an et par habitant.
Les fréquences sont presque partout inférieures
à dix minutes, parfois de l'ordre de six minutes, et de
quatre minutes et demi aux heures de pointe dans certains quartiers.
Le problème qui se pose à nous est l'arrêt
soudain de la fréquentation. Ce phénomène
s'est produit dans les années 1994 et 1995 avec des progressions
à peine supérieures à zéro. En 1996,
nous avons enregistré une régression de - 2,3 %.
Plusieurs raisons expliquent cette évolution.
Des
changements démographiques
La proportion
de jeunes dans la ville diminue, tout comme dans d'autres agglomérations.
Or les jeunes sont des clients importants du réseau de
transport. Les personnes âgées conduisent, en outre,
des voitures beaucoup plus tard qu'auparavant, même si
aucune statistique n'a été réalisée
sur ce phénomène.
Le
développement des zones de commerce dans les périphéries
Ces zones
proposent des parkings extrêmement attractifs pour une
partie de la clientèle. Nous constatons, parallèlement
à la diminution de la fréquentation du transport
public, une baisse du chiffre d'affaires des commerçants
du centre-ville, ces deux phénomènes étant
étroitement liés. Seule la ligne desservant la
zone commerciale, dont nous avons parlé précédemment,
enregistrent une hausse de sa fréquentation. Il y a d'ailleurs
des phénomènes spectaculaires le samedi après-midi
: les voitures sont engluées dans les embouteillages pendant
que les bus de cette ligne passent à 40 km/h dans leur
site propre !
Paradoxalement, la hausse des tarifs, légèrement
supérieure au taux d'inflation, n'a pas réellement
contribué à la baisse de la fréquentation,
même si les usagers s'en plaignent. Le ticket ne coûte,
en effet, en moyenne que 3,45 francs sur le réseau de
Dijon. Il faut en outre souligner que la diminution la plus importante
concerne, en 1996, la clientèle qui ne paie pas. Je pense
notamment aux chômeurs, qui bénéficient de
48 voyages gratuits par mois. Le nombre de leurs voyages a diminué
de 450 000 en 1996. Les personnes âgées, répondant
à certains critères, ont également demandé
moins de tickets de transports gratuits. Ces deux catégories
ont utilisé au total 790 000 voyages gratuits en
moins, ce qui correspond grosso modo au chiffre de la
baisse totale de la fréquentation que nous enregistrons.
Gérard Jouany
Pourriez-vous
nous parler de l'enquête que vous lancez actuellement pour
déterminer
qui vous allez transporter ?
Maurice Lombard
Cette enquête,
menée il y a déjà dix ans, sera réalisée
par téléphone sur un échantillon représentant
environ 10 % de la population. Elle portera sur les destinations
et les moyens de transport utilisés sur l'ensemble de
l'agglomération. Nous serons ainsi éventuellement
amenés à réviser notre conception du réseau,
en particulier pour les dessertes de périphérie
à périphérie. Je signale au passage que
l'une de nos lignes effectuant ce type de trajet est déjà
confiée à une société autre que celle
gérant notre réseau. Cela permet notamment de moduler
les risques de grève.
7 - Evolution de la fréquentation
: exemple de Strasbourg - Roland Ries 
Gérard Jouany
Roland Ries
va à présent nous parler de l'instrument puissant
dont dispose Strasbourg et que toute la France connaît
: son tramway.
Roland Ries
1
- Le tramway, un des aspects de la politique de transport de
Strasbourg
En fait, nous
avons tellement parlé de notre tramway que je ne souhaite
pas à nouveau en discuter, d'autant plus qu'il ne constitue
pas l'essentiel de ce qui a été fait à Strasbourg,
contrairement à ce que l'on pourrait supposer. Il s'agit
certes d'une vitrine. Mais nous avons essayé avec Catherine
Trautman de mettre en oe;uvre une politique globale de mobilité
cohérente, dont les différentes mesures ne s'annulent
pas entre elles. Le tramway n'est ainsi qu'un élément
dans l'augmentation de l'offre de transport public. Au niveau
kilométrique, cette augmentation a été d'environ
30 % entre 1992 et 1996, le bus et le tramway ayant contribué
respectivement pour 20 % et 10 % dans cette augmentation.
2
- Une politique de discrimination positive en faveur des transports
publics
En réalité,
l'amélioration de l'offre, en quantité et en qualité,
est une condition nécessaire mais non suffisante pour
le développement de la fréquentation. Des mesures
de discrimination positive en faveur des transports publics sont
également indispensables, afin d'orienter les citoyens
vers leur utilisation.
a)
La limitation de la circulation automobile
Elle doit
intervenir au moins dans la partie finale du parcours, celle
qui engendre notamment pollution et congestions. A Strasbourg
a été mis en oe;uvre un plan de circulation par
boucles de desserte. Si, initialement, l'opposition des commerçants
a été forte, celle de la population et de l'opposition
l'a curieusement été beaucoup moins.
b)
La politique du stationnement
Augmenter
l'offre de stationnement attire de nouveaux véhicules
et provoque des problèmes de pollution et de gestion de
la voirie. Pour éviter ce phénomène, nous
avons décidé de stabiliser l'offre de stationnement
en hyper-centre ; à terme, nous la réduirons.
Cela semble aberrant dans un premier temps pour la population,
qui considère que la réponse aux problèmes
de mobilité urbaine réside dans l'augmentation
de l'offre de stationnement. Dans un second temps, la population
réagit bien à ces mesures, à partir du moment
où elles sont expliquées et appliquées.
Il s'agit, en outre, de privilégier le stationnement des
résidents aux centre-villes par une tarification adaptée.
Nous mettons ainsi en place actuellement un abonnement mensuel
de 120 francs très préférentiel. Il faut,
enfin, favoriser le stationnement de courte durée et lutter
contre le stationnement domicile-travail.
c)
Le développement du transport public intermodal
Le transport
public doit être en mesure de capter une partie des automobilistes
dans leur trajet terminal. D'où l'idée de développer
des parkings-relais, qui fonctionnent très bien à
Strasbourg, à la différence d'autre villes françaises.
Avec cette formule, l'automobiliste gare sa voiture dans un parking
gardé aux portes de Strasbourg et bénéficie
d'un ticket aller-retour par passager jusqu'au centre-ville pour
un prix forfaitaire de 14 francs, quelle que soit la durée
du stationnement et le nombre de passagers. Ce chiffre doit être
comparé à la tarification horaire du parking au
centre-ville de Strasbourg qui est comprise entre 9 et 10 francs.
Pour que ces parkings-relais soient efficaces, il faut donc une
tarification adaptée et qu'ils soient situés à
proximité des grandes voies de circulation, ce qui est
le cas dans notre agglomération.
d)
Le développement du transport public intermodal périurbain
Nous sommes
sur ce point dans une phase de réflexion. Il y a, en effet,
beaucoup à faire dans ce domaine, pour que les personnes
provenant de l'extérieur de la communauté urbaine
de Strasbourg choisissent, sur toute la longueur de leur trajet,
le transport public. Nous avons ainsi pour projet de mettre à
la disposition du transport public urbain des voies de la SNCF,
sur le modèle très séduisant de Karlsruhe
qui a permis une augmentation considérable de l'usage
des transports publics.
Pour conclure, je dirai que, pour assurer un développement
durable des transports publics, la notion de libre-choix du mode
de transport devra être examinée de très
près. Ce libre-choix est souhaitable. Mais lorsqu'il aboutit
à des crises ou à des situations ingérables
pour les collectivités, il peut être remis en cause.
Dès lors, il faut prendre des mesures concrètes
favorisant le transport public. L'opinion commence d'ailleurs
à prendre conscience de cette nécessité.
8 - Questions
- Réponses

Gérard Jouany
Maintenant
place au débat.
Charles Descours
Je suis Sénateur
de l'Isère et je voudrais préciser que les investissements
en matière de transport public, dans une perspective de
rentabilité, ont été réalisés
là où le potentiel de fréquentation était
le plus fort. Aujourd'hui, nous investissons en vue de développer
les lignes périphériques, c'est-à-dire là
où le taux de fréquentation est en fait beaucoup
moins élevé. Jusqu'en 1992, la croissance de l'offre
de transport public correspondait à une hausse encore
plus importante de la fréquentation, ce qui n'est plus
le cas ces dernières années. Il est dès
lors difficile de solliciter des financements auprès des
collectivités locales, les investissements se révélant
de moins en moins rentables.
Jean Guillot
Je travaille
au ministère des Transports et je voudrais poser une question
à Perrine Pignero. Selon vous, la sécurité
dans les transports publics, sujet que vous n'avez pas abordé
dans votre présentation, est-elle un vrai problème
?
Perrine Pignero
C'est un problème
très important, surtout pour les segments de population
qui y sont très exposés. Cependant, il n'est pas
perçu dans notre échantillon global comme un champ
dans lequel les transports publics doivent innover.
Jacques Auxiette
J'ai cependant
retenu de votre étude la dimension de la présence
humaine. Les usagers veulent, comme partout, se sentir en situation
de sécurité. Ceci constitue un besoin fondamental,
reconnu par la Déclaration des droits de l'homme, et qui
n'a pas à l'origine de connotation idéologique
ou sécuritaire. Nous avons là un gisement pour
des créations d'emplois de proximité.
Maurice Lombard
Une part de
la sécurité peut être assurée par
une très bonne liaison avec les services de police. Leurs
interventions, suite à des agressions de chauffeurs, sont
réalisées dans un délai compris entre trois
et dix minutes.
Yves Geffrin
Travaillant
à la Direction de la Recherche du Ministère des
Transports, je signale que l'étude présentée
par Pascale Pécheur confirme nos propres observations
selon lesquelles les villes, en matière de transport public,
ont des trajectoires très différentes. Dans le
passé, avec la croissance économique et démographique,
toutes les agglomérations gagnaient. A présent,
certaines connaissent une situation de décroissance dont
nous ne n'appréhendons pas les limites. Or ces villes
sont toujours exclues des recherches et des débats. Il
est donc urgent de réfléchir sur leurs problèmes.
Gérard Jouany
Ces villes
peuvent donc s'adresser à vous. Je souhaitais à
présent, pour conclure, demander l'opinion de Jacques
Auxiette sur les dernières grèves dans les transports
publics urbains.
Jacques Auxiette
Nous avons
ce matin apporté des éléments de réponse
concrets pour permettre à chacun de décider au
niveau local. Il y a, en outre, à ce niveau, depuis peu,
une véritable prise de conscience de l'enjeu majeur que
constitue le transport public. Il ne faudrait pas néanmoins
qu'il soit perçu comme la solution à tous les problèmes
urbains et sociétaux que nous connaissons actuellement.
Curieusement, tout concourt actuellement à développer
la filière des transports publics, qu'il s'agisse de l'aménagement
du territoire, de la compétitivité des villes,
de la lutte contre l'exclusion, de la politique industrielle,
du développement économique, de la création
d'emplois, de la protection de l'environnement, de l'écologie
urbaine ou de la santé publique. Ces préoccupations
sont "transpolitiques" et dispersées sur l'ensemble
du territoire.
J'ajoute que la filière automobile connaît une crise
industrielle majeure, masquée par les récentes
primes gouvernementales.
Suite à ce constat, je suis déçu que les
grèves aient abouti à des négociations corporatistes
traitées localement, alors que l'ensemble des enjeux identifiés
précédemment pouvaient permettre de donner à
l'ensemble de la filière, y compris aux salariés,
des perspectives liées à l'emploi. Nous avons manqué
cette opportunité, la liaison entre l'aménagement
du temps de travail et la création d'emplois - une priorité
selon moi - n'ayant pas été prise en compte.
Les échéances à venir devraient néanmoins
nous permettre de poser aux interlocuteurs politiques des questions
très précises et d'engager les collectivités
locales dans la réflexion stratégique préalable
à l'élaboration du XIIe Plan concernant toutes
les dimensions de la filière des transports publics urbains.
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