Novembre 1997

 DES IDEES AUX SOLUTIONS

Synthèse d'une enquête GART en partenariat avec Grenoble, Mulhouse, Orléans, ADEME, DRAST (PREDIT), EDF, Renault, RATP, réalisée par Marc Gilles & associés.


Des idées aux solutions

 

LES TRANSPORTS URBAINS DE DEMAIN VUS PAR LES FEMMES ET LES HOMMES DE 9 VILLES D'EUROPE

Les espaces du voyage n'auront pas grand chose à voir demain avec ce qu'ils sont aujourd'hui. L'abribus, qui n'abrite pas, devra devenir "une station légère", intelligente. Qualité de ville : TC et automobilistes sont d'accord pour ce combat.

Objectif de l'enquête confiée par le GART et ses partenaires à Marc Gilles & Associés : identifier, pour les transports de surface, les problèmes rencontrés par celles et ceux qui se déplacent quotidiennement dans les grandes villes et leur périphérie (200 000 à 600 000 habitants), afin de déboucher sur des solutions pratiques permettant d'améliorer la qualité et la fréquentation des transports publics. Soit des solutions expérimentées déjà dans quelques-unes des 9 villes européennes ayant fait l'objet de l'enquête - Grenoble, Mulhouse et Orléans en France, Bologne et Brescia en Italie, Fribourg et Nuremberg en Allemagne, Göteborg en Suède, Nottingham en Grande-Bretagne - soit des solutions qui restent à inventer et à développer.
Au total ont été réalisées : 540 interviews qualitatives, soit 60 dans chacune des neuf villes européennes, et 300 interviews quali-quantitatives dans chacune des trois villes françaises (soit un échantillon de 900 personnes, représentatif des usagers des TC des agglomérations de cette taille).

 

Attentes prioritaires up.gif (120 octets)
L'espace de l'attente : le voyageur, tant français qu'européen, souhaite prioritairement que l'arrêt, l'abribus évoluent vers un concept de "station légère", protectrice et accueillante, offrant des services associés et une information en temps réel.
Station debout et accès aux véhicules : leur amélioration est considérée comme la deuxième priorité.
Sécurité, rôle du personnel : l'insécurité des transports publics n'est pas un sentiment partagé et vécu de façon aussi aiguë qu'on le pense et l'écrit souvent. La présence d'une deuxième personne dans le bus ou le tram, fortement souhaitée, ne se limite pas, aux yeux de la clientèle, à un rôle de sécurisation.
Correspondances, intermodalité : les difficultés rencontrées sur ce plan occasionnent une perte importante de fréquentation pour les TC. C'est en revanche un gisement significatif d'utilisateurs nouveaux à condition :

  • de déployer sous différentes formes une information offensive,
  • de proposer des services pointus tels que la "correspondance garantie".

Qualité de ville : les citadins pensent clairement que les transports urbains ont un rôle important à jouer dans l'amélioration de la qualité de vie en ville. Pour que cela ne reste pas une idée mais s'inscrive dans la réalité, ils aspirent à deux types d'initiatives :

  • le développement de transports urbains de surface très innovants : bus électrique ou autres super tramways,
  • des moyens de dissuader l'utilisation de l'automobile : par une offre commerciale spécifique "automobilistes" qui n'existe pas aujourd'hui, par des "park and ride" bien marketés et, ces deux conditions étant réunies, par la contrainte en appoint.

La vision des femmes
Puisque les deux tiers des voyageurs sont des voyageuses, les femmes ont fait l'objet d'une analyse spécifique, de manière à mieux connaître leur regard sur les transports urbains. Ce serait une erreur de réduire leurs insatisfactions à des problèmes de poussettes, de paquets ou de sécurité comme on le fait très souvent. Répondre aux souhaits de cette clientèle stratégique en termes de qualité de l'offre, de plus grande convivialité, d'habitabilité des véhicules et des espaces d'attente, c'est se préparer à réunir à coup sûr les conditions d'une meilleure et plus forte utilisation des transports publics urbains par tous les publics.

 

VOYAGEURS : UN AUTRE REGARD up.gif (120 octets)

En transport public le voyageur n'est pas encore considéré comme un client
Ce qui apparaît comme la préoccupation de tous dans ce domaine - espaces d'attente insatisfaisants, station debout vécue comme une micro-agression permanente, accès "parcours du combattant" - est exprimé avec une force toute particulière par les femmes qui jugent ces points sensiblement plus importants que les problèmes "stricts" de poussettes et de paquets...
L'espace d'attente, vitrine potentielle des TC, représente le point-clef à faire évoluer en priorité tant en France qu'à l'étranger. Peu accueillants, dissuasifs parfois, les abribus sont vécus comme des lieux dénués de sens, mal intégrés à la ville. Leur manque de protection contre les intempéries et l'absence de confort de l'attente sont particulièrement pointés par les femmes.
A l'intérieur des véhicules, on ne satisfait ni les candidats à la place assise, ni les condamnés à la station debout, ni la circulation ou l'accès/sortie, ni les gens chargés... L'amélioration de la station debout et de la progression dans les véhicules est une priorité forte dans le cadre d'une réorganisation complète de l'espace intérieur.
L'accès désordonné et incertain aux véhicules, l'inconfort et le stress qui s'ensuivent constituent un facteur net de désaffection des TC. Les interviewés femmes désignent, avec près de 10 points d'écart par rapport aux hommes, les marches trop hautes, les portes pas assez larges qui se referment de façon intempestive.

La sécurité c'est important mais non déterminant
Il est erroné et surtout très réducteur de penser que la sécurité est une préoccupation première. Elle est importante, mais non dominante - pas plus chez les femmes que chez les hommes - même si le sentiment d'insécurité est plus fort dans les villes françaises observées qu'à l'étranger. Une présence humaine accrue est considérée comme sécurisante ; la réticence (sauf périodes délicates) à l'égard des vigiles (plutôt porteurs d'inquiétude) est notable ; une forte réserve existe également vis-à-vis des caméras de surveillance.

Le voyageur trouve que les TC c'est compliqué et n'utilise que ce qu'il connaît déjà...
"Prendre les TC, c'est compliqué quand on n'a pas l'habitude" est vrai pour plus de la moitié des personnes interrogées dans les 9 villes. En ce qui concerne les enfants, 47,6% des femmes pensent qu'il est vraiment difficile de se déplacer avec eux en TC, contre 37,7% des hommes... peut-être parce qu'ils en ont moins l'habitude. Avec des paquets, la plus "pro TC" des familles renonce à prendre le bus.
Les correspondances sont considérées comme un point noir important (moins en France qu'à l'étranger) et la demande pour une coordination/intermodalité garantie est très forte. Quand elle existe et qu'elle est bien annoncée (Göteborg), elle représente une source claire de fréquentation accrue. A contrario, un équipement (un parc relais, par exemple) peu valorisé reste peu utilisé. Information et marketing permanents sont indispensables à cet égard.
L'information n'est pas ressentie comme un besoin mais devrait être fortement travaillée par les exploitants - avec le marketing - pour un usage accru des bus et des trams. En effet, le voyageur n'utilise que ce qu'il connaît déjà et a beaucoup de mal à imaginer d'autres possibilités pour d'autres destinations. Partout où l'info électronique sur les temps d'attente existe, elle fait l'objet d'un vif intérêt et d'une demande d'extension. Encore faut-il qu'elle soit fiable et lisible...

Transports publics acteurs de la ville
L'image des TC : excellente pour le tramway, elle est nettement moins bonne pour l'autobus, qui est malgré tout mieux noté dans les autres villes européennes (sauf à Bologne) que dans les villes françaises. Le bus électrique reste le mode de transport "idéal" sinon idéalisé...
Rôle écologique : les TC devraient pouvoir jouer un rôle de premier plan, à condition qu'ils soient moins ou non polluants et offrent un meilleur service. Les voyageurs et même les automobilistes dans les trois villes françaises souhaitent des mesures vigoureuses, voire contraignantes, vis-à-vis de la circulation automobile de type interdiction en centre-ville (Fribourg, Bologne) ou impossibilité de traversée et rejet sur un boulevard périphérique (Göteborg).

 

DES IDEES, DES SOLUTIONS up.gif (120 octets)

Inventer une station légère "intelligente", ordonner et faciliter l'accès à bord
L'attente : évoluer vers un concept de "station légère". Véritable lieu qui protège (avec portes ou sas) et qui accueille (propre, éclairé, de formes arrondies, sièges compris), le nouvel abri doit devenir actif, vivant : accès organisé aux véhicules par marquage/guidage au sol, borne interactive/informative qui "relie" (pour prévenir en cas de problème, renseigner sur le temps d'attente, le nombre de places disponibles dans les bus, correspondances, voire : météo, promotions TC...). Bien intégrée au site, la station doit être porteuse de l'image du réseau et non du fabricant et sa fonction se prolongera vers l'extérieur : bancs, téléphone,...
L'espace intérieur du véhicule : on évoque un espace radicalement différent : multiprises, sans obstacles avec prises en creux, matériaux absorbeurs, sièges/ appuis à des hauteurs variées. Les voyageurs privilégient la circulation et la station debout autour d'îlots de sièges aménagés au milieu du véhicule. Ils maximisent les surfaces vitrées ("des baies jusqu'en haut pour voir le ciel"). Ils font du bus un moyen de promenade en ville.
L'accès : pour réduire le désordre de l'accès, les voyageurs pensent souvent qu'il faut mettre un terme à l'accès par toutes les portes (libre service) et que le titre de transport doit être validé automatiquement avant l'embarquement. Le contrôleur, très visible, devra réintégrer son rôle de garant permanent de la qualité de service et d'accueil et cessera d'apparaître comme un facteur de conflit. La régulation passe, surtout pour les femmes, par l'autodiscipline et non pas durablement par la contrainte ou la répression.

L'information au moment où l'on en a besoin
Info-ticket : connaître le meilleur trajet, les meilleures correspondances, le temps du voyage et le prix "imprimés sur un ticket".
Info micro-locale : "où on est" (quartier), "où on peut aller" avec quelles lignes.
Info-plan : forte attente dans les 9 villes pour des plans plus lisibles donnant les grandes directions, complétés par des fiches plus détaillées (par ligne, destination...).
Info active, "offensive" qui "saisisse" l'arrivant dans une gare ou dans un quartier pour qu'il emprunte les TC ; info dans les bus et les abribus sur les meilleures stratégies TC à adopter dans telle situation, telle localisation d'arrêt et à telle heure.
Info permanente : régulière à domicle (horaires, nouvelle correspondance garantie, nouveau parc VP/TC).
Info-plaisir : à Fribourg, par exemple, on favorise avec succès les déplacements familiaux en TC en Forêt noire le week-end (destination verte, prix doux).

Encourager l'usage des transports publics et réduire la place de la voiture
Améliorer inlassablement la qualité du service TC (intrinsèque) en mettant le "client" au centre du dispositif : fréquent, confortable, non polluant, visiblement "fait" pour le voyageur et pour une meilleure jouissance de la qualité de ville ; une qualité de service (circulation) impossible à atteindre sans réduction de la circulation et du stationnement automobiles.
Déclencher le choix TC chez l'automobiliste : des tarifs "intéressants" (pas forcément bas !), exprimés par un marketing intelligent en termes d'offre "produit/qualité-prix" ; parcs d'échange parfaitement conçus, valorisés par marketing-info : prix couplant parking/voyage TC, services d'entretien, dépannage.
Emettre un message "avantages" : non pas moralisateur : "vous devriez prendre les TC", mais stimulant l'envie et la nécessité, en mettant en avant la qualité du service, les "avantages" (citoyens, financiers, santé, environnement) du produit TC.

 

CHANGER LA VIE DES GENS AU QUOTIDIEN up.gif (120 octets)

Des propositions pour faciliter la vie des personnes voyageant en transport public
Dans le classement des 23 propositions suggérées (base 900) ressortent surtout l'extraordinaire aura du bus électrique (hommes 72%, femmes 70%), sorte de super tramway ; le "passage obligé" du plancher bas pour faciliter l'accès (h : 59%, f : 69%) et de l'habitabilité des véhicules (57% et 70%) pour la station debout et la déambulation sans entraves ; le besoin d'une liaison interactive - non seulement en termes de sécurité - avec le réseau au niveau de l'abribus mais aussi à l'intérieur des véhicules (borne d'appel 58% et 66% ; deuxième personne dans les bus: 59% et 66%, écrans sur les temps d'attente: 65% et 62%). Très impressionnante aussi la volonté clairement affichée de voir se limiter la circulation et le stationnement des voitures (65% et 62%).

Les plus qui peuvent changer la vie au quotidien
Enfants : sièges à hauteur des adultes debout, nacelles repliables dans les parois, crochets pour poussettes.
Courses : à Bologne les courses faites en TC seront livrées après le retour au domicile par des bus "messageries" à partir du centre commercial (projet).
Personnes à mobilité réduite : plancher bas et autres facilités d'accès, de progression dans les véhicules, d'arrimage apparaissent - surtout pour les femmes - de moins en moins comme une aide spécifique mais significatifs d'un service public pour tous ; ils sont le signe de l'attention portée aux choses de la vie.
Titres : un "ticket" beau-simple-utile, en vente partout, des automates en état de marche et moins rébarbatifs.
Offre tarifaire diversifiée : carnets de tickets modulables, tarifs en fonction de la distance, abonnements variables (selon périodes, horaires, destinations), offres promotionnelles multi-fonctions (billet + entrée au cinéma ou au stade, billet + parking gratuit).
Valorisation des abonnés : fidélisation par attribution de points (pour des cartes gratuites ou autres avantages), privilèges (coupe-files ? écouteurs ? accès à des services associés), tarifs préférentiels.

Seuls des TC plus dignes d'être aimés des femmes auront une chance d'intéresser un peu plus les hommes
Nombres : en France, sur 1 080 individus - utilisateurs fréquents, occasionnels ou très occasionnels des TC - 621 étaient des femmes ; en Allemagne, Grande-Bretagne, Suède, sur les 360 individus interrogés, 180 étaient des femmes.
Convivialité : si les femmes - plus impliquées, maîtrisant mieux le temps du transport - s'accomodent mieux des désagréments des TC (bien obligées ?), elles souhaitent y introduire plus de convivialité : plus de culture spécifique de "partage" par rapport à l'individualisme de la voiture, une plus grande fluidité relationnelle avec le personnel ("plus de conducteurs femmes"). Réduire le désordre des TC passe plus pour elles par l'autodiscipline que par la répression.
Priorités : dans les interviews, les femmes citent comme priorité essentielle l'amélioration de la station debout à l'intérieur des véhicules. Elles privilégient même ces efforts par rapport à la station assise qui reste une plus grande priorité pour les hommes (45%, réflexe de l'homme-voiture, toujours assis) que pour les femmes (38%). Autres écarts significatifs : l'accès au véhicule, à améliorer d'urgence pour les femmes: 33%, contre 26% pour les hommes, le plancher bas et les portes "pas assez larges" (10 points d'écart) se fermant de façon intempestive.
Paquets et sécurité : le problème "paquets" existe, l'écart hommes/femmes aussi mais il n'est pas prioritaire ; quant à la sécurité, il serait réducteur de penser qu'il suffit de mieux éclairer les abribus pour répondre à l'attente des femmes. La deuxième personne dans les bus emporte davantage encore leur adhésion (66%) que celle des hommes (59%).
Conclusion : un service public intelligent, qui prenne en compte la diversité des besoins d'une clientèle multiforme et riche (grands, petits, femmes, hommes, personnes à mobilité réduite, jeunes et moins jeunes) dans tous les temps et espaces du voyage, saura continuer à développer l'utilisation des TC par tous les publics et inciter davantage à l'abandon de la voiture.

Enquête GART
"Des idées aux solutions - Les transports urbains demain vus par les hommes et les femmes de neuf villes d'Europe" enquête réalisée par Marc Gilles et Associés sous la maîtrise d'ouvrage du GART, menée en partenariat avec les autorités organisatrices de transport de Grenoble, Mulhouse, Orléans, ADEME, DRAST/PREDIT, EDF, Renault, RATP, novembre 1997, synthèse réalisée par Amarcande

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