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La
ville, l'automobile et les transports publics
Grâce à
la future loi sur la qualité de l'air, il sera bientôt
obligatoire de mesurer la pollution sur tout le territoire. Mais,
malgré son préambule très ambitieux - "
Chacun a droit à respirer un air qui ne nuise pas à
sa santé " - la future loi ne constitue qu'une première
étape, car elle ne donne pas vraiment les moyens d'atteindre
l'objectif visé.
Le Groupement des Autorités Responsables de Transport
(GART) estime que l'amélioration de la qualité
de l'air et, plus généralement, de la qualité
de vie en ville, passe obligatoirement par un développement
sans précédent des transports publics et des autres
modes favorables à l'environnement compensant une réduction
simultanée, planifiée, progressive et fiscalement
encouragée de la circulation automobile.
Intervenir
seulement en cas de pics de pollution...
Malgré
des indéniables avancées, notamment l'obligation
pour les grandes agglomérations de se doter d'un plan
de déplacements urbains (PDU), le projet de loi ne permet
que de stabiliser les situations de pollution extrême.
Selon l'article 12 du projet de loi, en cas de dépassement
des seuils d'alerte, des mesures peuvent être prises, après
consultation des maires intéressés, qui "
comportent un dispositif de restriction ou de suspension des
activités concourant aux pointes de pollution, y compris,
le cas échéant, de la circulation des véhicules,
et de réduction des émissions des sources fixes
et mobiles. "
...ou intervenir
sur le fond par une réduction de la circulation automobile
? 
En revanche, le projet
de loi ne prévoit pas de s'attaquer de manière
durable à la montée inexorable de la motorisation
des ménages qui conduit automatiquement, toutes les études
le prouvent, à l'accroissement de l'usage automobile.
Un usage automobile qui accroit la pollution générale,
tout en grignotant petit à petit notre espace vital en
ville et en rase campagne, empêchant ainsi aux autres modes
de s'approprier les espaces existants ou seulement d'y être
efficaces (bus, vélo).
Un changement
radical
Le projet
de loi fait finalement l'impasse sur le principe du pollueur-payeur
et ne propose aucun financement complémentaire pour permettre
le développement des transports publics. Or, sans financement
spécifique (écotaxe, TIPP...), les autorités
responsables de transport et les entreprises ne pourront assumer
seules l'effort d'équipement sans précédent
qui leur est implicitement demandé par la loi, et plus
particulièrement dans le cadre des Plans de Déplacements
Urbains.
Attention ! Sans anticiper aujourd'hui, des solutions beaucoup
plus radicales devront être adoptées dans le futur.
C'est ce que montre le Professeur Monheim dans une étude
récente*. Il estime qu'il faut de toute façon aller
bien au-delà de simples mesures de développement
des transports publics et de modération de l'usage automobile.
Au-delà de celle-ci, il propose de réduire le volume
de circulation et de stationnement automobiles en ville de 80
% et, plus fondamentalement, de passer d'une société
fondée sur la motorisation de masse - pour ses déplacements
et une bonne partie de son économie - à une société
fondée sur une mobilité sans voiture.
Réorienter
le système financier et fiscal 
Il s'agit d'employer
pour cela le formidable outil d'incitation économique
que constitue le transfert massif de tous les fonds publics et
industriels et des fonds consacrés par les ménages
à l'automobile vers les modes alternatifs : transports
publics, vélo, marche à pied. C'est ainsi qu'il
propose de trouver les milliards de francs effectivement nécessaires
pour transformer le système de transport public existant
" en un système de grande qualité, de grande
capacité et à grande fréquence utilisé
par tous les habitants pour l'ensemble de leurs déplacements
". Pour le Professeur Monheim, cela coûtera toujours
moins cher que la poursuite de l'adaptation de la ville et de
la campagne à la voiture sur tout le territoire.
En démontant systématiquement le système
national financier et fiscal centré sur l'automobile et
la route, en le réorientant vers les transports publics
on réussira, estime-t-il, " à dégager
de nouvelles ressources pour permettre aux ménages, aux
entreprises et aux investisseurs de couvrir les dépenses
d'infrastructure et d'exploitation des transports publics, en
complément des recettes actuelles. (...) C'est ainsi que
les transporteurs et l'industrie pourront gagner de l'argent
et que le marché des transports publics pourra devenir
florissant ".
Une politique
innovante est nécessaire
Un tel changement
de société sera forcément politique et passe
par un débat public sur toutes les nuisances entraînées
par l'usage massif de la voiture pour la santé des citoyens,
l'environnement et la qualité de vie en ville. C'est d'autant
plus nécessaire, que les problèmes sanitaires et
écologiques posés actuellement en Europe par la
circulation motorisée ne constituent qu'un aimable avant-goût
de ce qui nous attend lorsque l'Afrique, l'Amérique du
Sud, l'Asie et les pays de l'Est seront aussi motorisés
que leurs homologues de l'Ouest et d'Amérique du Nord.
L'innovation ne se trouve pas dans la voiture ou la route intelligente
ou des énergies " plus propres ". L'étude
allemande souligne qu'elle doit venir des collectivités
locales, des groupements d'élus et d'exploitants, des
associations et autres experts en environnement pour changer
les mentalités en profondeur et préparer un autre
modèle de mobilité.
Le GART estime que notre avenir mérite bien un tel débat
et se propose de contribuer, par son action, au développement
d'une vision prospective, ouverte et réellement innovante
centrée sur un service public de transports de qualité,
en ville comme en milieu rural.
" Innover
pour réduire le trafic automobile ", Professeur Heiner
Monheim, traduit de l'allemand pour le GART, le STP, le CERTU
et le Club des villes cyclables. Tous droits de publication et
d'édition réservés Amarcande/Pr. H. Monheim.
Sur la pollution et
sa mesure, voir " Diesel, faut-il l'interdire en ville ?
", dossier publié par Sciences et Avenir dans son
numéro de mai 1996, pages 36-53.
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