DECISION TRANSPORT n° 13

Reconvertir l'industrie automobile

avril 98


Reconvertir l'industrie automobile

Comment faire face à l'augmentation de la mobilité tout en maintenant l'emploi ? C'est tout le problème que pose aujourd'hui la reconversion de l'industrie automobile.
Sur un marché des déplacements en croissance, l'automobile assure aujourd'hui 84 % des déplacements urbains (source INSEE). Avec ses sous-traitants, l'industrie automobile fait vivre un bon million de personnes. Seulement voilà : en 10 ans les constructeurs se sont séparés du tiers de leurs effectifs. Concurrence internationale et délocalisations obligent, chaque année voit son lot de plans collectifs de licenciements, dégraissages ou autres restructurations.
Peut-on stopper l'hémorragie d'emplois ? Dans l'industrie automobile : non. Selon tous les analystes, ce mouvement est amené à se poursuivre. Inexorablement.
Restent, pour sauvegarder l'emploi, les transports publics. Ils n'assurent actuellement que 12 % des déplacements (source INSEE). Mais la filière transport public pèse plus de 450 000 emplois.
Or, principal levier de la lutte contre la pollution atmosphérique, le transport public jouit, depuis peu, dans l'opinion publique d'une faveur nouvelle. D'après une enquête de la Sofres, réalisée en octobre 1997, 89 % des Français considèrent que "les transports publics, c'est l'avenir". Pour tous, il s'agit de protéger l'environnement et d'améliorer la qualité de vie.

 

Développer la filière industrielle du transport collectif
Les attentes des français pour des transports publics de qualité sont devenues très fortes. Les élus locaux l'ont bien compris et misent sur les transports en commun pour offrir un bol d'air frais aux citadins. Il existe ainsi, d'après une enquête réalisée par le GART, en septembre 1997, pas moins de 90 projets de transports en commun en site propre en France représentant un montant global d'investissement de 90 milliards de francs sur 10 ans.
Au-delà de la satisfaction des besoins de déplacement dans des conditions acceptables pour les citoyens et de la protection de l'environnement, les élus responsables de transport sont convaincus qu'il y a là le développement d'une filière industrielle. Pour eux, il est grand temps de cesser d'opposer les filières transport en commun et automobile et d'avoir une vue d'ensemble. Il est de la responsabilité de tous les élus de reconnaître que le secteur automobile qui ne crée plus d'emplois a besoin de reconversion. Et la filière transport public peut développer l'emploi, parce que les besoins pour des transports collectifs performants existent, que la justification de ces investissements est reconnue de tous et que la France, dans ce domaine industriel, se trouve extrêmement bien placée.
Par ailleurs, une bonne partie des entreprises qui produisent les matériels de transports collectifs ou les équipements nécessaires à leur fonctionnement sont proches de l'industrie automobile, notamment des grands constructeurs de cars ou de bus. Mieux, on estime qu'un kilomètre parcouru en TC crée deux fois plus d'emplois qu'un kilomètre réalisé en voiture. La reconversion d'une partie de cette filière serait donc facilitée. Toute augmentation de la part modale des transports publics dans le marché des déplacements se révèlerait ainsi avoir une influence très positive sur l'emploi.
Enfin, dépendants de la commande publique, les emplois liés aux transports collectifs sont essentiellement situés en France et très faiblement délocalisables. Il y a donc là une réelle chance de maintenir, sinon d'augmenter, l'emploi en reconvertissant l'industrie automobile.

 

Recueillir les financements nécessaires
Bien évidemment, cette politique et ces investissements qui s'avèrent nécessaires et qui correspondent à un programme à engager sur une dizaine d'années se trouvent aujourd'hui pratiquement dans l'incapacité à recueillir des financements. Contrairement à l'automobile qui a bénéficié d'aides publiques pour le renouvellement d'une partie du matériel privé - notamment par le biais de primes - actuellement, en France, le matériel roulant pour le transport collectif n'obtient, pour sa part, aucun financement direct de l'Etat, et cela depuis 1985.
En effet, l'Etat n'intervient au niveau de l'investissement, pour la province, qu'à hauteur de 16 % en moyenne du coût total de l'investissement. Le matériel roulant ne bénéficie d'aucune subvention. Développer cette filière industrielle qui est indispensable, non seulement pour assurer le développement des agglomérations, mais aussi pour aménager le territoire avec les TER et les cars, implique des financements complémentaires.
L'Etat a régulièrement, et sous tous les gouvernements, augmenté sensiblement la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) sans faire aucun lien entre cette taxe, l'usage de l'automobile et, éventuellement, des mesures susceptibles de lutter contre la pollution, en particulier celles qui favorisent le développement des transports collectifs. Le GART déplore une telle situation. Aussi, conformément au principe pollueur-payeur, les élus responsables de transport suggèrent depuis 1980 qu'une part de la TIPP soit affectée au développement du transport public.
Favoriser la filière industrielle des transports collectifs, c'est relancer l'emploi et reconvertir l'industrie automobile. Le Groupement des Autorités Responsables de Transport compte sur votre engagement pour voter les financements nécessaires à cette priorité économique et sociale.



Repères

  • L'industrie automobile a perdu 36 % de ses emplois entre 1980 et 1994 d'après le rapport de G. Fuchs (Assemblée nationale) "Un contrat automobile pour le développement et l'emploi".
  • Emploi : 1 million de personnes sont employées dans la filière automobile, 450 000 dans la filière transport public.
  • Investissements : d'après l'INSEE, 1 milliard crée, sur 5 ans, 5 100 emplois quand il est investi dans les transports publics,
    4 600 emplois pour les chantiers de travaux publics routiers.
  • Déplacements : 1 kilomètre en transport public mobilise deux fois plus d'emplois qu'1 kilomètre en automobile.


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