DECISION TRANSPORT n° 10

Les collectivités investissent, l'Etat doit les soutenir


Les collectivités investissent, l'Etat doit les soutenir

Lutte contre la pollution et contre l'exclusion ; politique de la ville et aménagement du territoire... Tous ces dossiers ont un point commun : le rôle essentiel qu'y jouent le transport public et l'organisation des déplacements.
Depuis plusieurs années déjà, les collectivités locales ont placé le transport et les déplacements au coe;ur de leurs préoccupations et de leur stratégie de développement. Aujourd'hui, une étape majeure est en passe d'être franchie avec l'explosion des projets de TCSP (transport en commun en site propre). Mais elle ne pourra l'être totalement que si l'Etat soutient de façon durable les efforts et la volonté des collectivités. Il en va de l'avenir des villes.

Du refus au plébiscite
Le temps est loin où un maire "tombait" aux municipales pour avoir voulu intégrer un tramway dans sa ville ! Plus de dix ans après, force est de constater que les transports publics, et plus particulièrement les TCSP (tramway, métro, VAL, site propre pour bus), ont été plébiscités aux municipales de 1995.
La raison ? Les Français sont devenus plus sensibles aux problèmes de pollution et aspirent à une meilleure qualité de vie dans les villes. Tous ceux vivant dans des agglomérations bénéficiant d'un TCSP ont pu mesurer, concrètement, l'apport considérable des transports publics : diminution de la pollution, amélioration de la qualité de la vie, reconstitution d'un lien social entre le centre ville et les quartiers périphériques, embellissement de la ville...
Conséquence : les TCSP font aujourd'hui tâche d'huile puisque 34 agglomérations ont décidé de s'engager dans des projets d'extension ou de création de réseau*.

Pour les agglomérations de toute taille
L'analyse de ces projets, plus ou moins avancés, est riche d'enseignements.
Tout d'abord, les grandes agglomérations sont toutes au rendez-vous du TCSP. Fortes du succès de leurs premières réalisations, toutes celles déjà équipées ont choisi de poursuivre leurs investissements et d'étendre leur réseau (Nantes, Grenoble, Strasbourg, Toulouse...). Quant à celles ne disposant pas encore d'équipement, elles ont décidé de franchir le pas (Bordeaux, Rennes, Nice).
Plus révélateur, sans doute : le phénomène TCSP touche maintenant des agglomérations de taille moyenne. D'Orléans à Montpellier, de Clermont-Ferrand à Mulhouse, ce ne sont pas moins de treize agglomérations de 200 000 à 300 000 habitants qui s'inscrivent dans le mouvement. Auxquelles - fait plus marquant encore - s'ajoutent plus d'une dizaine d'agglomérations de moins de 200 000 habitants, telles que Maubeuge, Dunkerque...

Les collectivités de province prêtes à investir 57 milliards
Sans précédent par son nombre, cette vague de projets l'est également par l'importance des investissements en jeu. Pour la province, 57 milliards de francs devront être mobilisés d'ici 2005 pour mener à bien les réalisations prévues, sans compter l'Ile-de-France.
L'essentiel de l'effort nécessaire reposera sur les collectivités locales. Si elles le savent et l'acceptent, la participation de l'Etat à ces projets n'en est pas moins indispensable. Pour deux raisons au moins. D'abord, sans appui de l'Etat, certains projets ne pourront voir le jour. Ensuite, les enjeux des TCSP, en terme de lutte contre la pollution et contre l'exclusion et de politique de la ville, vont bien au-delà des frontières des agglomérations : ce sont des enjeux nationaux.
Depuis une circulaire ministérielle de 1994, l'Etat a fixé des règles de subvention selon les types de TCSP retenus (voir encadré). Sur ces bases, 513 millions de francs ont été débloqués en 1995 pour la province, 525 millions en 1996. Soit, en moyenne, une participation de 16 % au financement des projets.

Pour un engagement fort de l'Etat
Selon la grille de calcul retenue, ce sont plus de 600 millions de francs de subvention qui devraient être inscrits au budget de l'Etat pour 1997. Puis, plus d'un milliard de francs en 1998 et en 1999. Et cela uniquement pour les projets déjà définis et votés par les collectivités locales.
Au regard des investissements consacrés au domaine routier - 41 milliards de francs en 1996 -, ces subventions font pâle figure. Pourtant, selon l'INSEE, un milliard de francs investi dans les transports publics dégage un solde net de 5 100 emplois sur cinq ans, contre 4 600 emplois pour un même investissement dans la voirie urbaine. Auxquels peuvent s'ajouter tous les emplois induits chez les constructeurs de matériel notamment (voir Décision Transport n° 9, septembre 1996).
Conscients des exigences de la politique de rigueur budgétaire, les élus du GART n'en sont pas moins convaincus de la nécessité d'un engagement fort de l'Etat en faveur des transports publics. Déterminés à mettre en oe;uvre, au travers des TCSP, des projets urbains favorables à un développement harmonieux des villes, ils attendent de l'Etat qu'il affirme sa volonté de les aider dans cette tâche et qu'il respecte les règles édictées en 1994. Il en va de la cohésion des villes et de la redynamisation de l'emploi.

* "Les projets de transport en commun en site propre en France", enquête réalisée par le GART, septembre 1996

Grille de subvention
Une circulaire du ministère des Transports, en date du 28 février 1994, fixe les modes de calcul pour les subventions de l'Etat aux TCSP de province. Les taux retenus, qui ne portent que sur les infrastructures, marquent la priorité donnée aux transports de surface :

  • site propre routier : 40 %
  • section en surface des projets routiers guidés : 35 %
  • section en surface des projets ferrés guidés (tramway) : 30 %
  • section aérienne des projets guidés (métro, VAL et autres) : 25 %
  • section enterrée des projets guidés (métro, VAL et autres) : 20 %


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